Comment revitaliser une ville ? "Nous ne vendons pas simplement du bâti mais des projets"
Libre Immo | Le portrait. À la tête de l'Agence de rénovation et de revitalisation immobilière et sociale (Arris), Véronique Dailly évoque les défis carolos.

- Publié le 16-12-2024 à 14h43

En Wallonie, on évoque souvent les nombreux projets immobiliers, concrets ou non, qui sont liés à la réhabilitation des friches industrielles situées en zones périurbaines. On parle là de centaines d'hectares disponibles pour des projets polyvalents.
Mais ces friches ne représentent qu'une partie du défi de la revitalisation immobilière. Au cœur des villes, le passé industriel et architectural a lui aussi laissé des traces qu'il faut pouvoir réhabiliter. Une mission difficile qui demande bien souvent un coup de pouce public.
"Reconstruire la ville sur la ville"
À Charleroi, l'Agence de rénovation et de revitalisation immobilière et sociale (Arris) en a fait sa mission principale. Nous avons pu en savoir plus grâce à sa directrice, Véronique Dailly. "Arris, c'est une régie communale créée par la Ville de Charleroi pour couvrir spécifiquement des projets qui visent à reconstruire la ville sur la ville, entame-t-elle. Dans le grand Charleroi, on retrouve beaucoup de bâtiments vides ou abandonnés qui ne répondent plus aux besoins actuels de la ville. Notre rôle est de les racheter afin de concevoir des projets qui visent à recréer des espaces de vie, donner de l'impulsion et lancer une stratégie de développement urbain. Nous sommes en quelque sorte le bras armé de la Ville pour mener à bien ces projets au niveau immobilier."
Nous ne proposons pas des projets clé sur porte mais clé sur plan. Notre rôle est de défricher le terrain pour les investisseurs et leur proposer un projet concret."
"Attirer à nouveau des investisseurs privés"
On retrouve derrière cette évocation différents défis qui touchent toutes les grandes villes, comme la réhabilitation de cellules commerciales vides ou encore le besoin d'offrir des logements abordables en centre-ville. "Le but est vraiment de réinvestir en milieu urbain à forte densité, en redonnant des espaces conviviaux et mixtes, avec du logement mais aussi de l'activité commerciale, avance-t-elle. On doit aussi penser à attirer à nouveau des investisseurs privés. Je prends l'exemple d'un bâtiment que nous avons racheté à proximité du Palais des Beaux-Arts, qui a lui-même été rénové récemment. Dans cette zone d'activités culturelles, le projet a permis d'ouvrir quatre gîtes urbains. Chaque projet est différent et doit répondre à des besoins spécifiques."
Attention, le rôle de la régie n'est pas de suivre les projets de A à Z, du rachat à la commercialisation de logements, par exemple, mais de rendre des projets viables et intéressants pour des promoteurs. "Nous ne proposons pas des projets clé sur porte mais clé sur plan, sourit Véronique Dailly. Notre rôle est de défricher le terrain pour les investisseurs et leur proposer un projet concret. Nous allons, par exemple, nous occuper de la dépollution d'un site, de l'obtention des permis de construire, du passage des ingénieurs en stabilité, des géomètres ou encore de l'inventaire amiante. En outre, nous faisons le lien avec d'autres acteurs publics, comme l'agence immobilière sociale de Charleroi, notamment. Nous ne vendons pas simplement du bâti mais des projets, en résumé."
Compétences techniques et juridiques
Mais comment arrive-t-on à la tête d'une régie si spécifique et qui demande des connaissances variées, de l'immobilier à l'étude des sols ? "Au départ, j'ai une formation de bio ingénieure mais j'ai toujours travaillé dans le domaine de l'aménagement du territoire et de l'urbanisme, aussi bien dans des sociétés publiques que privées, répond la directrice d'Arris. J'ai, par la suite, effectué des formations complémentaires en gestion administrative des entreprises et en droit environnemental et immobilier. Je suis, en fait, allée de compétences techniques vers des compétences juridiques. Au niveau pratique, j'ai exploré des matières comme la certification énergétique des bâtiments, qui est une question devenue incontournable ces dernières années." Et quand, à sa naissance, Arris recherchait une directrice, le poste était presque sur-mesure pour elle. "Je suis originaire de la région de Charleroi et cette offre d'emploi faisait écho à tout ce que j'avais appris dans mon parcours professionnel. J'ai très vite eu la chance d'intégrer ce poste en 2020."
Aujourd'hui, plusieurs projets sont dans les cartons de la régie, qui vont de la réhabilitation d'une place communale à Gosselies, à la rénovation d'un espace de garages. À cela, s'ajoutent des projets qui visent à donner une nouvelle vie à des maisons situées dans des endroits stratégiques, notamment autour des gares du grand Charleroi. "Nous pouvons compter sur une équipe pluridisciplinaire, conclut Véronique Dailly, avec des personnes formées aux métiers de l'immobilier, de l'administration, de l'urbanisme ou de métiers plus techniques, dans l'ingénierie."
