De la Belgique à Torrevieja, il vend des biens et du soleil : "Les prix ont commencé à flamber"
Libre Immo | Le portrait. Kevin Centorame , agent immobilier en Espagne, permet à ses clients belges d'investir au soleil, dans un marché qui a beaucoup évolué ces dernières années.

- Publié le 23-06-2025 à 12h40

Costa Brava, Costa del Sol, Costa Blanca ou encore Costa Dorada. Autant de noms synonymes de vacances qui rassemblent tous les ans des milliers de touristes belges. Parfois, ce séjour dans l'un ou l'autre de ces endroits se transforme en investissement. Chaque année, les Belges font en effet partie des plus gros acheteurs étrangers en Espagne. Immobilier plus accessible, pouvoir d'achat sur place ou soleil toute l'année sont autant de raisons qui poussent à s'expatrier, ou à s'offrir un pied-à-terre avec une volonté de rentabilité.
Sur leur chemin immobilier, certains d'entre eux ont rencontré Kevin Centorame qui, il y a près de dix ans, a quitté Thulin, village hennuyer situé à la frontière française, pour se lancer comme courtier à Orihuela Costa, à côté de Torrevieja, dans la province d'Alicante. "Je suis arrivé là par hasard, sourit-il. Je venais régulièrement passer mes vacances au sud d'Alicante et, à la longue, l'idée de changer de vie et de m'expatrier au soleil s'est imposée."
En Belgique, je ne m'étais jamais intéressé à l'immobilier. Et je pense que si j'étais resté, ça ne m'aurait jamais attiré."
Une reconversion arrivée par hasard
La bascule s'est faite presque naturellement, à la faveur d'un ami qui projetait d'acheter un bien et l'a mis en contact avec un agent local. "Il m'a demandé d'aller visiter deux biens pour lui, de donner mes impressions… Et de fil en aiguille, je me suis retrouvé à bosser ici dans l'immobilier. À l'époque, je n'avais aucune expérience dans ce domaine. En Belgique, je ne m'étais jamais intéressé à l'immobilier. Et je pense que si j'étais resté, ça ne m'aurait jamais attiré", confie-t-il.
Mais en Espagne, le contexte est tout autre. "Il y avait très peu d'agents immobiliers belges sur place. Je me suis dit qu'être francophone ici, c'était un vrai atout. Et puis, ce qui m'a frappé, c'est que je voyais des panneaux 'à vendre' partout !" Il débute donc l'aventure avec Fabrice, un compatriote originaire de La Louvière rencontré sur place. Très vite, son ancien réseau de journaliste lui sert de tremplin, lui qui travaillait pour la Dernière Heure au bureau de Mons. "Grâce à mon premier métier, j'avais un bon carnet d'adresses. Mon premier client m'a amené d'autres clients. Le bouche-à-oreille a fait le reste", se souvient-il.
À son arrivée en 2015, on sentait encore les effets de la crise de 2008, et Kevin profite d'un marché en pleine reprise. "À ce moment-là, tout était à -50 %, lance-t-il. En Belgique, avec 120 000 euros, on ne savait rien acheter. Ici, on trouvait des appartements quasi neufs à 60 000 ou 70 000 euros."
La machine se met en route, et il aide de nombreux Belges à investir. Mais c'est avec la crise du Covid que l'activité explose. "En Belgique, beaucoup ont déprimé. Ceux qui avaient un peu de moyens ont commencé à rêver d'ailleurs."
Comme en Belgique, le prix des biens a augmenté
Un deuxième boom s'enclenche, nourri par une demande croissante, mais aussi par la quête d'une meilleure qualité de vie. "Ceux qui ont investi pendant ou juste après le Covid ont encore fait de belles affaires. Mais ensuite, les prix ont commencé à flamber car la demande était énorme. Et puis, la guerre en Ukraine a joué aussi un rôle. Beaucoup d'Ukrainiens avec des moyens sont venus acheter tout ce qui était disponible immédiatement. Ils ne pouvaient pas attendre un an de construction pour un logement neuf. À cela s'ajoutent les Polonais, les Scandinaves… Tous ces gens avec un bon pouvoir d'achat ont fait grimper les prix. Aujourd'hui, les prix restent attractifs, mais ils ne cessent d'augmenter. On est passé de 150 000 euros en moyenne à 200 000 ou 220 000 euros."
Alors, acheter en Espagne en 2025, est-ce toujours intéressant ? Kevin Centorame n'hésite pas. "Oui, je pense. D'abord, je ne vous apprends rien en disant que les prix grimpent aussi en Belgique. Pour le même budget – et souvent moins cher –, vous trouvez ici un bien mieux fini… Et surtout, le soleil. Ça, on ne peut pas le délocaliser, sourit-il. On vend du rêve, des vacances. Si on n'avait pas le soleil, ce serait une autre histoire."
Les clients belges sont donc toujours là, mais ils sont moins nombreux. "Il y a dix ans, j'avais deux à trois fois plus de demandes. Les contacts arrivent surtout au printemps et après l'été. Il y a ceux qui veulent acheter avant les vacances, pour en profiter. Et puis il y a ceux qui tombent amoureux du coin en été et rappellent dès leur retour en Belgique."
À côté de la vente, Kevin s'est aussi lancé dans la location. Il gère une trentaine de biens dans la région. "Là, c'est complet jusqu'à début septembre, et la demande ne faiblit pas. Cela permet de stabiliser l'activité tout au long de l'année."
Mais le succès attire aussi la concurrence. "Il y a eu un afflux énorme d'agents, notamment des Belges et des Français, mais tout le monde ne respectait pas les règles, regrette-t-il. Il faut savoir que jusqu'il y a deux ans, il ne fallait pas d'accès à la profession pour exercer dans l'immobilier en Espagne. Pour encadrer le métier, le pays a récemment introduit une certification obligatoire, l'équivalent de l'IPI belge."
Toujours basé à dix kilomètres de Torrevieja, Kevin ne manque pas de projets. "Je diversifie mes activités : j'ouvre une pizzeria dans deux semaines", glisse-t-il, enthousiaste. Mais pas question de quitter l'immobilier pour autant. "Ce métier m'a totalement conquis. Je continue d'aider les Belges à réaliser leur rêve au soleil !"
