"Le secteur est en crise, et les problèmes vont augmenter : climat, exigences réglementaires… Ceux qui n'innoveront pas disparaîtront"
Le dossier de La Libre Immo | L'"EightySeven Day" se tient le 18 septembre prochain. Un rendez-vous qui veut être profondément immobilier tout en chamboulant les codes du secteur.

- Publié le 12-09-2025 à 09h16
- Mis à jour le 12-09-2025 à 09h18

Les médias ont peut-être trop rapidement associé le nouvel événement 87 Day (18 septembre prochain, de 8 à 20 heures), à l'ex-salon de la rentrée Realty, comme s'il venait simplement occuper la place vacante de l'ancien rendez-vous.
Pour son initiateur, Idriss Goossens, fondateur et CEO d'EightySeven (ex-PropTech Lab), la comparaison ne tient pas. "Les grandes foires de l'immobilier professionnel, les Mipim, Realty et autres Expo Real, sont des événements qui produisent des conversations. On y montre ses forces, ses muscles, ses produits. On y fait du relationnel mais cela ne crée pas d'opportunités concrètes. Nous, notre ambition, c'est que ce 87 Day soit le jour où des décisions seront prises, où des collaborations naîtront, où des opportunités réelles se concrétiseront. Même si cela exige que les participants montrent leurs faiblesses, évoquent leurs questionnements."
Les professionnels de l'immobilier ne doivent pas penser à leur survie aujourd'hui mais à leur vie après-demain"
D'où ce format innovant, cette nouvelle méthodologie qui bannit les stands et les grandes conférences au profit de rendez-vous pilotés, préparés en amont pour éviter les présentations inutiles et maximiser l'impact. "Avec Jeremy Thomas, mon coorganisateur, on veut rassembler les bonnes personnes dans une même pièce pendant deux heures et demie pour qu'il en sorte des solutions tangibles ; les obliger à se dévoiler, à répondre honnêtement à des questions précises, ajoute-t-il. Les professionnels de l'immobilier ne doivent pas penser à leur survie aujourd'hui mais à leur vie après-demain. Et, dans ce cheminement, les start-up ont un rôle clé : elles peuvent résoudre des problèmes que la chaîne de valeur traditionnelle sous-estime. On souhaite que cet événement puisse débloquer l'intelligence collective, avoir un vrai impact. Car en situation de crise, la réponse est dans l'intelligence collective."
Politiques : un signal pas assez fort
Plus de 500 participants sont attendus : 250 corporate, 200 start-up, des investisseurs et des représentants politiques. "La Belgique est un petit marché – 180 PropTech seulement alors que Londres en abrite 900 et l'Europe 3 500 – mais nos grands groupes sont internationaux. Le top 10 des acteurs immobiliers belges est actif, de front, en Belgique, au Luxembourg, en Pologne et au Portugal. Avec un seul client, on touche quatre pays. C'est pourquoi le 87 Day est international", détaille Idriss Goossens.

Du côté du politique, si tous les niveaux de pouvoir sont représentés (un ministre régional, cinq bourgmestres, des échevins, des parlementaires et des conseillers de ministres fédéraux), ils ne sont pas bien nombreux. Pas suffisamment en tous les cas face à l'enjeu de l'événement. Ils se sont d'ailleurs fait tirer l'oreille via une carte blanche envoyée à la presse et en direct aux élus pour les inciter à se déplacer. "Il était difficile d'entendre qu'ils avaient d'autres occupations, insiste le CEO de EightySeven. Car ce n'est pas pour écouter une conférence en passant qu'ils doivent se déplacer mais pour participer, trouver des solutions. La concertation public-privé doit commencer dès le début d'un projet, pas à la fin."
Quatre piliers et trois formats
L'événement repose sur un modèle inédit, structuré autour de quatre axes : transactionnel (favoriser les rencontres à haut potentiel), collaboratif (travailler en petits groupes sur des problématiques concrètes), résolution de problèmes (s'attaquer à des enjeux que personne ne peut résoudre seul) et énergisant (insuffler un nouveau souffle à un secteur souvent perçu comme lent à se transformer).
En pratique, la journée tournera autour de plusieurs formats de rendez-vous à finalité pratique. À commencer par les "task forces", qui réuniront dix professionnels (responsables publics, start-up, investisseurs, promoteurs, urbanistes, experts légaux…) autour de douze thèmes (crise du logement, mobilité, partenariats public-privé, modernisation des bureaux, IA…). "Les discussions à huis clos produiront des plans d'action, des road maps et cartographies des parties prenantes et des actions concrètes dont les idées clés seront présentées en fin de journée par chacun des douze groupes." L'ensemble sera analysé via l'IA pour produire des rapports, des infographies et des synthèses envoyés aux politiques et médias. Les douze sujets sont, par ailleurs, complémentaires. De quoi faire rêver Idriss Goossens à "un gigantesque road map pour la ville de demain".
Deuxième format, cette fois ouvert à tous les participants : les "Reverse Pitches" au cours desquels un représentant de sept métiers de l'immobilier – architectes, entrepreneurs, promoteurs… – exposera, non ses succès, mais ses problèmes et faiblesses d'entreprise. Les start-up présentes auront alors l'occasion de proposer des solutions concrètes, dans une logique de cocréation.
Troisième format, également ouvert à tous : les tables rondes par classe d'actifs conduites par un CEO représentatif du secteur (bureaux, résidentiel, santé, retail, hôtellerie). Celui-ci disposera de dix minutes pour présenter les changements dans son secteur et de vingt minutes pour répondre aux questions, favorisant des échanges honnêtes et transparents. "On veut insuffler de la fraîcheur dans le secteur", ajoute Idriss Goossens.
Trois grands formats donc, auxquels s'ajouteront néanmoins quelques conférences, pitchs de levée de fonds et speed datings pour les acteurs politiques. Non sans être parfaitement organisés. "Ce 87 Day n'est pas un coup d'essai pour nous. On est accoutumé à ce genre d'événement, même si, ici, il est très challengeant."
Un événement de crise ?
"L'innovation n'est pas optionnelle, c'est une question de survie, insiste Idriss Goossens. Le secteur est en crise, en pleine transformation et les problèmes vont augmenter : climat, exigences réglementaires… Ceux qui n'innoveront pas disparaîtront. Une crise, c'est comme la F1 : celui qui accélère à la sortie du virage dépasse les autres."
Le 87 Day veut donc forcer les acteurs à sortir de leur zone de confort, à travailler ensemble dans des formats nouveaux, à placer le client au centre des projets et à passer d'un focus produit à une véritable connexion avec les besoins réels.
Pourquoi 87 ?
Si l'événement s'appelle "87 Day", c'est parce qu'il marque le grand jour d'EightySeven, nouveau nom du réseau PropTech Lab. Fondée en 2017 par Idriss Goossens, la communauté belge réunit aujourd'hui 300 sociétés membres (dont deux tiers de start-up) et se connecte à plus de 800 leaders et acteurs disruptifs en Europe."Le terme proptech prêtait à confusion, explique-t-il. Beaucoup d'acteurs pensaient que ce réseau de start-up de l'immobilier et de la construction ne leur était pas destiné alors qu'il vise à rassembler toutes les innovations générées pour et par le secteur. Nous voulions un nom plus large, sans barrières."
Ce sera donc EightySeven; en référence aux 87 % de notre vie passés dans des immeubles. "L'immobilier et la construction forment le plus grand secteur au monde. Certes l'un des plus polluants et des moins digitalisés mais surtout le plus humain puisqu'il touche 87 % de la vie des gens : logement, travail, mobilité, espaces publics. À titre de comparaison, le digital – Google, Amazon et consorts – n'en impacte que 12 %."
Un chiffre qui "change tout" et donne à la marque son identité : un peu mystérieuse et très englobante.