Commerces, gares, quartiers rénovés : pourquoi les jeunes reviennent en ville
Le dossier de La Libre Immo | Que ce soit à Namur même ou à Jambes, Erpent ou Bouge, ils sont attirés par l'accès aisé aux lieux de vie et aux commerces.
- Publié le 23-01-2026 à 10h46
- Mis à jour le 23-01-2026 à 11h02

Namur, ville bourgeoise qui se couche tôt, l'étiquette colle à la capitale wallonne. Et la période du Covid avait encore accentué ce sentiment, alors que de nombreux habitants cherchaient à n'importe quel prix à abandonner le centre-ville pour se retrouver à la campagne et profiter d'un peu de verdure, et éviter le confinement dans un environnement urbain.
C'était un phénomène général à toutes les grandes villes du pays. "Mais maintenant que la vie a retrouvé son cours normal, avec la fin ou la diminution du télétravail, on assiste au phénomène inverse, en particulier de la part des jeunes (ménages), surtout à Liège et Namur, moins à Charleroi", souligne Renaud Grégoire, notaire à Wanze et porte-parole de notaire.be. "Bien sûr, la baisse des droits d'enregistrement est un élément essentiel pour expliquer ce marché en bonne forme. C'était l'élément incitant les jeunes à revenir et à investir."
Pour lui, Namur a toujours eu un côté jeune bourgeois, de par la présence de l'université. "C'est un public qui aime bouger mais qui cherche à avoir de bonnes connections, avec une offre de transports publics importante. Namur, comme Jambes, disposent de gares et le réseau des Tec y est assez performant. C'est un public sans voiture, qui veut des commerces de proximité. La campagne, c'était bien un temps mais la vie sociale se joue quand même en ville."

Ce qui explique aussi ce retour en ville, c'est que de nombreux immeubles ont été rénovés. "C'était une obligation de les remettre aux normes. Mais l'après-Covid avait vu l'emballement du prix des matériaux, conjugué à la hausse des taux d'intérêt, ce qui avait sérieusement donné un coup de frein à la dynamique, poursuit le notaire Grégoire. Désormais, tout le monde est bien conscient que les taux d'intérêt très faibles appartiennent au passé et qu'il faudra admettre qu'ils soient à 3,5 - 4%. Quant au prix des matières premières, il s'est stabilisé et le marché a désormais digéré cet élément. On est revenu à l'adage qui veut qu'acheter pour soi est toujours le bon moment."
De surcroît, la réduction des taux à 3 % des droits d'enregistrement dès janvier 2025 pour l'acquisition d'une résidence principale a réellement boosté le marché. "Cela a augmenté le pouvoir d'achat des candidats acquéreurs, en particulier des jeunes. C'est un phénomène général, pas forcément propre à Namur : là où cela a été le plus flagrant, c'est dans le Brabant wallon où l'activité du marché a connu une hausse de 20% l'an dernier, alors que l'augmentation des biens n'a été que de 4%. À Namur, cette hausse de l'activité est de l'ordre de 12 ou 13%."
Tous ces éléments font que les biens de caractère, déjà rénovés, ainsi que les constructions des années 90 et plus récentes, ont connu un regain d'intérêt.
La politique urbaine menée à Namur ces dernières années sous l'impulsion des équipes de Maxime Prévot n'est pas non plus pour rien dans le dynamisme qui caractérise le marché immobilier local, estime Renaud Grégoire.
La politique urbaine menée à Namur ces dernières années sous l'impulsion des équipes de Maxime Prévot n'est pas non plus pour rien dans le dynamisme qui caractérise le marché immobilier local, estime Renaud Grégoire. "Que ce soit à la confluence autour du Grognon, mais aussi l'ancien site de BNP près de la gare en plein centre-ville. Dans ce dernier cas, les biens se sont envolés comme des petits pains, surtout qu'il agissait d'une démolition reconstruction avec, de ce fait, des ventes à 6% de TVA appliquée au neuf."
Pour le notaire Grégoire, le dynamisme commercial observé rue de l'Ange est un signe que le centre urbain fonctionne bien. Ce que son confrère De Paul, établi à Bouge, conteste quelque peu : "Ailleurs dans le centre, il existe quand même pas mal d'espaces commerciaux vides. Le contexte est très difficile pour le moment."
Mais là où le notaire namurois rejoint son confrère hutois, c'est dans la constatation que le marché local est très bon, car stable. "Nous avons eu de grosses promotions comme à la rue des Carmes avec cet îlot comprenant notamment 71 appartements, mais aussi des commerces, un hall omnisports ou encore un espace public végétalisé, à la place de l'ancien siège de la BNP. Mais on a observé aussi plusieurs plus petits chantiers de rénovation."
Mais pour Me De Paul, si le dynamisme observé chez les investisseurs concerne le haut de gamme comme aux Carmes, le bas de gamme compte encore beaucoup pour les gens avec peu de moyens. "Et à Namur, il n'est pas rare de voir des biens de 65m² vendus entre 80 et 100 000 euros dans d'anciennes maisons unifamiliales découpées de longue date en appartements, ce qui n'est évidemment plus autorisé aujourd'hui. Tout bien découpé après 1994 doit être remis en maison unifamiliale à Namur. Il faut dire qu'on observait parfois jusqu'à 15 boîtes aux lettres à l'entrée de ce qui devait être un bien occupé par une seule famille."
À Salzinnes aussi, si beaucoup de nouvelles promotions ont lieu, on constate que des studios de 45 m² ont été vendus pour à peine 100 000 euros. Ce n'est pas idéal pour relancer économiquement un quartier.
Par contre, l'attrait des deux rivières est indéniable dans le succès de la promotion immobilière que connaît Namur. "Namur, comme Jambes est bourgeoise et compte de nombreux fonctionnaires, et la crise s'y fait moins ressentir qu'ailleurs en Wallonie. Cela explique ce marché stable, avec un rendement immobilier intéressant pour les promoteurs. Les biens immobiliers partent très bien quand la promotion est sérieuse et on observe que des particuliers se lancent dans ce domaine. On n'est plus dans la frénésie d'achat observée durant le Covid. Les candidats acquéreurs prennent désormais le temps d'analyser les produits proposés et veulent de la qualité. Mais ils veulent pouvoir s'installer tout de suite, ce qui signifie que le bien aura été rénové auparavant."
Pour terminer, le notaire De Paul souligne que le dynamisme du marché namurois s'observe tant à Namur qu'à Jambes, Bouge et Erpent où dans ces quartiers-là, la proximité des commerces joue un grand rôle. "Les gens ne sont plus obligés d'avoir une voiture pour se déplacer. Jambes, en particulier, devrait connaître une sérieuse plus-value avec le projet que Thomas & Piron entreprend sur le site des anciennes casernes du Génie. Ce sera magnifique."
Sur près de 8 hectares, ce projet prévoit pas moins de 425 logements ainsi que 2500 m² de services. Ce sont les architectes des bureaux Urban Platform et BAEB (Bureau d'Architectes Emmanuel Bouffioux) qui en ont dessiné les plans. Le site fera la part belle aux espaces verts. Acheté en 2021 pour 25,5 millions d'euros, ces anciennes casernes ont été désignées à réaménager fin mai 2025. Au coeur de Jambes, à moins de deux kilomètres de celui de Namur, c'est un nouveau village dans la ville qui va faire son apparition.

Urban Platform et BAEB sont déjà présent à Namur sur la Cité des métiers et le projet Rogier qui comprendra, outre des services, des logements publics et privés. BAEB a également dessiné l'immeuble de bureaux Combattants, situé entre pont et voies ferrées.
