La Belgique est confrontée "au plus grand défi immobilier depuis la Seconde Guerre mondiale"
La Belgique doit rénover plus de 5 millions de logements en moins de 25 ans.

- Publié le 05-02-2026 à 17h11
- Mis à jour le 05-02-2026 à 17h42

La Belgique est confrontée "au plus grand défi de construction et de rénovation depuis la Seconde Guerre mondiale". Niko Demeester, CEO d'Embuild, la fédération belge de la construction, n'y va pas par quatre chemins en évoquant les chantiers énormes qui attendent notre pays pour permettre à ses habitants "de vivre, travailler, se déplacer et se soigner dans de bonnes conditions". Explications.
1. Un parc de logements vétuste
En Belgique, les logements sont particulièrement vétustes car, pour la plupart, ont été (re)construits après la Seconde Guerre mondiale. "Les logements ont en moyenne 75 ans. On note une grande disparité entre la Flandre (en moyenne 60 ans), Bruxelles et la Wallonie (en moyenne 90 ans)", souligne Niko Demeester. Et ces logements ne sont, en grande partie, plus adaptés aux desideratas de leurs occupants. "On ne pense et on n'aménage pas, en 2026, une cuisine, une chambre à coucher ou une salle de bains comme on le faisait il y a 50 ans".
"Notre pays a besoin de près de 900 000 logements supplémentaires d'ici à 2050 : 600 000 en Flandre, 280 000 en Wallonie et 6 000 à Bruxelles".
2. Des défis à rencontrer
En termes de logements, d'autres défis attendent notre pays. Notamment parce que le vieillissement de la population va frapper de plein fouet dans les décennies à venir. "Entre aujourd'hui et 2050, notre pays ne comptera pas moins de 800 000 habitants supplémentaires. Et le nombre de personnes âgées de 65 ans et plus augmentera d'un tiers, signale Embuild. Sans oublier le fait que le nombre de familles monoparentales et de personnes vivant seules est amené à augmenter, tout comme celui des personnes âgées vivant plus longtemps dans leur maison. Et la demande de résidences secondaires est aussi en augmentation".
Conséquence, selon Niko Demeester : "Notre pays a besoin de près de 900 000 logements supplémentaires d'ici à 2050 : 600 000 en Flandre, 280 000 en Wallonie et 6 000 à Bruxelles".
3. Les obligations de rénovation énergétique
Actuellement, en cas d'achat, le nouveau propriétaire d'une "passoire énergétique" (PEB E, F ou G) a 5 ou 6 ans pour rénover son bien et l'amener à un PEB D. Mais si un certain flou règne encore sur les étapes à franchir avant d'atteindre l'objectif européen – la neutralité climatique en 2050 -, il est clair que les obligations de rénovation énergétique seront de plus en plus marquées avec le temps. Embuild les a calculées pour les trois régions : en Wallonie (1,8 million de logements), seuls 3 % des logements répondent déjà aux normes énergétiques de 2050 ; à Bruxelles (600 000 logements), 5% sont aux normes; et en Flandre 7% des 3,3 millions de logements répondent déjà à ces normes énergétiques. "Sur les 5,7 millions de logements que compte la Belgique, environ 2,5 % seront démolis et reconstruits d'ici là. Il faut donc en rénover 92 % dans les 25 ans à venir, soit 5,2 millions", indique Niko Demeester.
4. Un rythme de rénovation à multiplier par dix en Wallonie
Or, quel est le rythme de rénovation actuel ? Beaucoup trop lent, selon Embuild. "Aujourd'hui, en Belgique on rénove 0,8 % de logements par an, par an (environ 40 000 logements), alors qu'on devrait atteindre les 4 % par an (205 000), a calculé la fédération de la construction. Et la situation est particulièrement problématique en Wallonie : "Le rythme de rénovation est à peine 0,4 % par an au sud du pays et devrait donc être dix fois plus élevé. À Bruxelles, le rythme de rénovation devrait être multiplié par cinq et en Flandre, par quatre".
5. Routes, maisons de repos, écoles… Les autres chantiers
Les défis à venir ne s'arrêtent pas au logement mais concernent aussi les bâtiments publics qui doivent faire l'objet d'une large rénovation.
C'est notamment le cas des écoles, dont 95 % doivent être rénovées, selon Embuild, la proportion étant la même en Flandre et en Fédération Wallonie-Bruxelles. Mais au moins le nombre d'écoles pourra rester stable en Belgique car "le nombre de jeunes âgés de 3 à 25 ans est plutôt orienté à la baisse", selon la fédération. Il faudra, par contre, près de 500 maisons de repos et de soins supplémentaires, sachant que 95 % des quelque 1 520 institutions existantes devront être rénovées pour répondre aux normes énergétiques d'ici à 2050.
Outre la rénovation des infrastructures existantes, il faudra aussi neuf prisons supplémentaires (six et Flandre, trois en Wallonie), estiment les experts d'Embuild, ainsi que sept nouveaux hôpitaux.
Près de nouvelles 500 maisons de repos, sept hôpitaux et neuf prisons supplémentaires, 30 % des autoroutes et routes régionales et 675 ponts et tunnels à remplacer ou rénover en profondeur...
Mais c'est sans doute pour rénover les infrastructures routières que le chantier s'annonce le plus colossal. "Ces infrastructures souffrent également d'un large retard. La Belgique compte 15 032 kilomètres d'autoroutes et de routes régionales, dont 30 à 35 % doivent être remplacées ou rénovées, les besoins étant plus élevés en Wallonie". Sans oublier les 675 ponts et tunnels qui ont également besoin d'être remplacés ou d'une rénovation structurelle, en particulier dans la Région bruxelloise où la situation est particulièrement critique.
6. La main-d'œuvre est-elle disponible ?
Reste une question : les entreprises de construction (et d'installation) sont-elles prêtes pour faire face à un tel "chantier" ? Une interrogation légitime quand on connaît les (longs) délais imposés aux propriétaires qui se lancent dans la rénovation de leur habitation. "C'est effectivement un énorme défi mais aussi d'une occasion d'améliorer notre économie et préparer notre société pour l'avenir. Mais nous serons prêts, assure Niko Demeester. Nous pensons que nous pouvons améliorer très fortement la productivité et nos procédures dans notre secteur, grâce à l'automatisation, le recours à l'intelligence artificielle… Rénover immeuble par immeuble, voire quartier par quartier plutôt qu'appartement par appartement, permettrait d'être plus efficace et plus économe".
Mais le CEO d'Embuild prévient : "Nous sommes prêts à faire les investissements nécessaires, en personnel, en matériels. Mais pour investir pour les 10 ou 20 ans à venir dans des matériaux de construction, de nouvelles machines, etc., nous avons besoin de constance, sur le plan politique et en termes de réglementations. Ce qui n'est pas le cas pour le moment. Regardez, par exemple ce qui s'est passé à Bruxelles avec l'arrêt brutal des primes à la rénovation, puis avec le retour de la moitié de budget Renolution, grâce au Parlement. Et nous attendons aussi que soient octroyés beaucoup plus vite des permis de bâtir, une demande qui figure clairement parmi les priorités pour le secteur de la construction".
