Une app de "prêt" à la consommation sans intérêt fait fureur mais inquiète: "Souffrez plus tard"
L'entreprise Klarna, qui propose des prêts à la consommation sans intérêts, a déjà conquis près de deux millions de Belges.

- Publié le 19-03-2025 à 12h02
- Mis à jour le 19-03-2025 à 13h45

"Pas d'argent ? Une solution : Klarna !" Sur les réseaux sociaux, ce slogan est populaire. De nombreuses vidéos y montrent des jeunes exhibant des achats qu'ils n'ont pas encore payés. L'application Klarna propose en effet de vous permettre d'acheter des produits et de les payer dans les trente jours suivants. Pas d'intérêts à payer, juste des amendes en cas de retard de paiement. Avec son slogan "Achetez maintenant, payez plus tard", elle base donc son business model sur le fait d'inciter les consommateurs à s'endetter.
Plus de 30 000 magasins en ligne ou en physique ont déjà opté pour Klarna. Tandis que son modèle commercial consiste donc à facturer aux commerçants partenaires des frais fixes par transaction et un pourcentage des ventes, soit environ 5 % aux États-Unis.
Arrivée en Belgique en 2020, Klarna compte déjà plus de 1,7 millions d'utilisateurs actifs dans notre pays.
En tout, ce service compte plus de 93 millions d'utilisateurs dans le monde entier, et ce, pour une présence dans 26 pays. Arrivée en Belgique en 2020, elle compte déjà plus de 1,7 million d'utilisateurs actifs dans notre pays, affirme De Standaard.
S'endetter à tout prix
Ce système de "Achetez maintenant, payez plus tard !" (BNPL) rencontre un succès fulgurant et touche principalement les jeunes générations. Le SPF Économie le confirme : l'année dernière, dix-sept pourcents des utilisateurs de ces services sont entrés en contact avec une agence de recouvrement, dont 29 % étaient âgés de moins de 24 ans. "C'est comme ça que ça devient rapidement 'achetez maintenant, souffrez plus tard'", regrette, auprès de nos confrères de De Standaard, Wietske Van Gils, employée budget et assistance à la dette pour steunpunt Mens en Samenleving (SAM).
Pour elle, le modèle de rémunération de Klarna "repose sur les personnes vulnérables qui paient en retard." Elle poursuit : "Ce sont souvent des petites sommes. Une paire de chaussettes de sept euros peut entraîner une amende de vingt euros. Pour des achats plus importants, les coûts deviennent encore plus élevés. Et, puis, Klarna travaille avec un système de points par achat afin d'encourager les consommateurs à dépenser plus. Le processus d'achat est tellement simple que vous ne pensez presque pas avant d'acheter quoi que ce soit."
Contactée, Klarna affirme par le biais de son responsable communication Joel Hedin "ne pas encourager les gens à s'endetter", affirmant proposer en Belgique "un produit BNPL complètement sans intérêt." Avant d'ajouter : "Nous offrons une forme plus équitable et durable de crédit à court terme sans intérêt, contrairement aux cartes de crédit traditionnelles et à certains services BNPL qui profitent des intérêts et des frais de retard."
Klarna travaille avec un système de points par achat afin d'encourager les consommateurs à dépenser plus."
Notons que Klarna n'insiste pas sur les contrôles de la solvabilité de ses utilisateurs, qui quand ils ont lieu, "ne sont pas visibles par les autres banques ou prêteurs et n'ont aucune incidence sur votre score de solvabilité." Mais elle confirme tout de même "restreindre les services en cas de paiement manqué, garantissant ainsi une dépense responsable."
Pour Jorn Dobbelaere, consultant budget et dettes à la ville d'Anvers interrogé par De Standaard, cette situation est problématique. "On subit une absence de législation. Klarna ne facture pas d'intérêts; et, donc, son service n'est pas soumis aux règles du crédit à la consommation. Cela signifie que la société n'a pas à afficher des messages tels que 'emprunter de l'argent coûte aussi de l'argent'", affirme-t-il. Avant de déplorer : "Quelqu'un qui a une dépendance à l'achat et qui est déjà endetté à 10 000 euros pourrait continuer à acheter via Klarna."
Les choses pourraient néanmoins changer. Le SPF Économie affirme, par exemple, que "la directive sur le crédit à la consommation a été récemment révisée, faisant entrer les applications 'achetez maintenant, payez plus tard' dans son champ d'application." Il sera donc interdit de faire de la publicité pour ces applications et une évaluation de la solvabilité devrait toujours être effectuée lors de l'utilisation de ce type de services. Mais cette législation n'entrera en vigueur qu'à partir du 20 novembre 2026.
Bientôt à Wall Street
Depuis l'année dernière, Klarna a connu une croissance de 24 % de son chiffre d'affaires, atteignant 2,81 milliards de dollars, contre 2,28 milliards l'année précédente. L'entreprise affiche un bénéfice net de 21 millions de dollars, un redressement spectaculaire après une perte de 244 millions de dollars un an plus tôt. Ces montants ont de quoi nourrir les ambitions de cette société basée à Stockholm. Car, après avoir signé un contrat de taille avec le géant américain Walmart pour devenir son principal partenaire de prêts à la consommation, l'entreprise a déposé la semaine dernière sa demande d'IPO (initial public offering) pour être cotée à Wall Street.
À travers cette opération, qui pourrait être l'une des plus importantes de l'année pour une société financière, Klarna cherche à lever au moins un milliard de dollars et vise une valorisation de plus de quinze milliards de dollars, selon Bloomberg.