"Les Diesel d'occasion deviennent invendables !" (TÉMOIGNAGE)
Témoignage d'un vendeur au bord de la panique. Et il n'est pas le seul…
- Publié le 25-10-2018 à 07h25
- Mis à jour le 25-10-2018 à 08h20

Témoignage d'un vendeur au bord de la panique. Et il n'est pas le seul… Dirk Van de Vijver possède le garage VDV à Sterrebeek, en bordure de Bruxelles, depuis 1983. Son truc, c'est l'occasion. Il possède un parc modeste mais qui a toujours bien tourné, car, comme il dit, "je ne vends que de bonnes occasions, parce que je ne veux pas avoir de problème avec mes clients".
Au fil des ans, il s'est spécialisé dans le diesel parce que le marché le voulait ainsi, qu'il s'agissait du plus grand nombre de voitures disponibles. Mais le vent a tourné…
"C'est simple, avec tout ce qui s'est passé, le dieselgate, mais aussi les prix de ce carburant qui est devenu plus élevé que l'essence, les restrictions pour l'entrée dans le centre de Bruxelles (et Anvers), les gens ont pris le diesel en grippe, explique notre vendeur. Quand ils viennent chez moi, ils n'ont qu'un mot à la bouche : essence. Or des voitures à essence, on n'en trouve pas pour l'occasion. Ou alors très chères."
Et c'est là que ça bloque. Car, sur son parking, Dirk n'a que des diesel à vendre. Plus beaucoup d'ailleurs, et pas forcément les plus récents. "Mais même les récents ne se vendent plus, confie-t-il, ou alors pour une peau de chagrin. Mais de manière générale, les gens n'en veulent plus. À Bruxelles, ils sont obnubilés par les interdictions qui leur pendront inévitablement au nez pour aller éventuellement travailler dans le centre. J'ai beau leur dire qu'avec une Euro 5, ils peuvent rouler, même dans les 19 communes, jusqu'en 2025, cela ne les convainc pas."
Voilà qui n'est pas si étonnant finalement si l'on consulte les statistiques.
Un rapide coup d'œil sur celles de la Febiac nous apprend que le Belge, en 2017, conservait sa voiture pendant 8 ans, 11 mois et 16 jours.
Au fil des ans, ce laps de temps n'a fait que s'allonger : il a augmenté en effet de plus d'un an en l'espace de dix ans (7 ans 10 mois et 23 jours en 2008), et même de plus de dix-huit mois en l'espace de vingt ans (7 ans 4 mois et 21 jours en 1999).

"En attendant, la situation est devenue catastrophique pour les vendeurs d'occasion comme moi, assène notre interlocuteur. Et je peux vous assurer que je ne suis pas seul dans le cas. Il n'y a que les grosses machines, comme Cardoen, qui arrivent encore à s'en sortir. De même que les concessionnaires officiels (qui se retrouvent eux aussi avec d'énormes stocks de voitures diesel, en reprise pour l'achat d'une (essence) neuve) qui peuvent compter sur le réseau de la marque pour écouler ces autos à l'étranger. De notre côté, c'est nettement plus difficile, car même les marchés de l'Est se montrent plus frileux envers le diesel. Il reste l'Afrique, mais là aussi, certains marchés, comme le Maroc, mettent des restrictions aux diesel. En Afrique noire, on peut éventuellement écouler quelques autos, mais les prix sont mauvais. Avant, c'étaient les véhicules tr ès anciens qui partaient là-bas."
Les véhicules âgés de quatre ou cinq ans sont bien trop chers, à moins de les vendre au rabais. "Nous, pour avoir le luxe de mettre une voiture en vente sur notre parking, il faut avoir réglé le prix à l'avance, conclut notre vendeur. L'argent doit être versé sur le compte du vendeur pour qu'il nous la livre. Résultat, on se retrouve aujourd'hui avec un stock de voitures invendables…"
Désormais, Dirk envisage très sérieusement de fermer boutique.
Tout ça après trente-cinq ans de métier et sans même avoir atteint l'âge de la pension…
