Le bilan économique au coeur du scrutin

AFP

La persistance de niveaux alarmants du chômage et de la pauvreté risque de peser lourd dans le scrutin législatif du 27 septembre au Maroc, le bilan socio-économique du gouvernement "d'alternance" de 1998 restant très en deça des immenses attentes qu'il avait fait naître.

La classe politique redoute une large désaffection de l'électorat et un faible taux de participation lors de ce scrutin destiné à renouveler les 325 députés de la Chambre des représentants.

Abderrahmane Youssoufi, Premier ministre et chef de l'Union socialiste des forces populaires (USFP), revendique des résultats qu'il juge importants malgré les difficultés et les "résistances au changement" que son gouvernement de coalition a dû affronter.

Mais la réduction de la dette extérieure, ramenée à 14,1 milliards de dollars (19,1 milliards de dollars en 1998), la percée de la téléphonie mobile, l'aide aux campagnes frappées par la sécheresse et la progression de la scolarisation n'ont pas empêché de vives critiques contre le bilan de l'équipe sortante.

Le taux de chômage global qui, selon les chiffres officiels, a été réduit à 12,5% en 2001 contre 13,9% en 1999, se maintient, dans les villes, aux environs de 21% de la population active.

Les diplômés chômeurs, qui se comptent par dizaines de milliers, organisent régulièrement des sit-in de protestation contre la politique sociale du gouvernement, notamment devant le siège du Parlement au centre de Rabat.

"La pauvreté est croissante au Maroc où quelque 19% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté", avait estimé en juillet dernier la Commission économique pour l'Afrique (CEA) des Nations Unies. "Les pressions sociales créent une menace significative pour la transition politique en cours" dans le royaume, a-t-elle averti.

Le gouvernement n'a pas su éviter "la fameuse crise cardiaque", un de ses objectifs majeurs, puisque celle-ci "est toujours devant nous", a estimé Najib Akesbi, un économiste qui a quitté l'Union socialiste des forces populaires (USFP) de M. Youssoufi pour animer un groupe d'opposition.

M. Akesbi relève qui si la dette extérieure du royaume a bien été réduite, comme le gouvernement l'assure, le corollaire en a été l'augmentation de la dette intérieure qui a atteint en 2001, selon lui, un "niveau record" de 340 milliards de dirhams (34 milliards d'euros environ). Un chiffre que le gouvernement "préfère taire", assure-t-il.

Le chef de l'Istiqlal (nationaliste) Abbès El Fassi - pourtant actuel ministre de l'Emploi - a déploré publiquement que le gouvernement n'ait pas adopté une "politique claire des salaires qui ait pour souci de limiter les écarts (sociaux) criants".

Le gouvernement de M. Youssoufi rappelle que le Maroc a souffert de l'augmentation des prix mondiaux des hydrocarbures et d'une grave sécheresse. Il revendique la limitation des dégâts dans les campagnes et le freinage de l'exode rural, grâce aux importantes sommes allouées aux divers programmes nationaux de lutte contre les effets de la sécheresse.

Le taux de croissance de l'économie, qui a atteint 6,5% en 2001, devrait rester soutenu à 4,5% en 2002, année qui a connu des résultats agricoles "moyens", a estimé le ministère des Finances.

L'équipe de M. Youssoufi fait aussi valoir une augmentation de 10% des recettes touristiques au premier semestre 2002 (900 millions d'euros), malgré la crise mondiale du secteur née des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. En 2001, ces recettes avaient atteint un chiffre record de 2,78 milliards d'euros.

Une autre point positif concerne la progression des transferts financiers des Marocains résidant à l'étranger vers le royaume. Ils ont atteint 2 milliards d'euros au cours des 7 premiers mois de 2002, un montant en progression de 54% par rapport à la même période de l'exercice précédent.

Mais ces réalisations et les bons chiffres macro-économiques proclamés risquent de ne pas convaincre les couches les plus défavorisées qui attendaient, d'un gouvernement dirigé par les socialistes, une amélioration palpable de leur niveau de vie et une forte réduction du chômage.

D'autres lecteurs ont également lu

Les + consultés

Vous êtes hors-ligne
Connexion rétablie...