Le rocher refuse la co-souveraineté

"Nul ne pourra ignorer le résultat de ce référendum." Peter Caruana, chef du gouvernement de la colonie britannique de Gibraltar, adopte un ton qui se veut intransigeant au moment où quelque 20000 personnes sont appelées, ce jeudi, à se prononcer sur l'avenir du rocher. Le résultat ne fait pas l'ombre d'un doute: une très large majorité des habitants devraient refuser tout projet de co-souveraineté entre l'Espagne et le Royaume-Uni.

Olivier Mouton
Le rocher refuse la co-souveraineté
©EPA

Nul ne pourra ignorer le résultat de ce référendum.´ Peter Caruana, chef du gouvernement de la colonie britannique de Gibraltar, adopte un ton qui se veut intransigeant au moment où quelque 20000 personnes sont appelées, ce jeudi, à se prononcer sur l'avenir du rocher. Le résultat ne fait pas l'ombre d'un doute: une très large majorité des habitants devraient refuser tout projet de co-souveraineté entre l'Espagne et le Royaume-Uni.

Ce référendum a un précédent dans l'histoire. En 1967, 99 pc des votants avaient déjà exprimé leur refus d'un passage sous tutelle espagnole: 12.138 pour, 44 contre. Une nuance d'importance: l'Espagne était alors sous la coupe de la dictature du général Franco.

Des avantages financiers

Les années passent, les régimes changent et les habitants de Gibraltar restent fidèles à leur appartenance britannique. Et pour cause: ce rocher de 6,5 km2 est un îlot de propspérité où il n'y a pas de TVA, où l'essence coûte moins cher, où les cigarettes sont à moitié prix, où le niveau de vie est supérieur de 178 pc à la province limitrophe de Cadix... Le rêve secret du gouvernement local, c'est de devenir un territoire autonome rattaché au Royaume-Uni à l'instar de l'île de Man par exemple. En clair: Gibraltar veut développer un seul statut, celui de paradis fiscal préservé de toute ingérence espagnole.

En toile de fond, on trouve des rancoeurs issues du temps où les ponts étaient complètement rompus avec Madrid, entre 1969 et 1982. L'isolement de cette colonie britannique en Espagne a, certes, encore ses inconvénients: l'aéroport est sous-utilisé, de longues files sont régulièrement constatées à la frontière, les téléphones portables ne peuvent toucher le continent proche, l'eau doit être déssalée... Mais à vrai dire, ils ne pèsent guère. Et n'incitent certainement pas les"llanitos´, comme on les appelle, à se rapprocher du géant voisin.

La ministre espagnole des Affaires étrangères, Ana Palacio, n'en a cure: elle a déjà considéré cette consultation populaire "sans valeur juridique aucune´. Et de préciser non sans ironie qu'elle est "largement virtuelle puisqu'elle porte sur le résultat hypothétique d'un accord entre le Royaume-Uni et l'Espagne´.

Négociations interrompues

Un accord? Les négociations sont désormais à l'arrêt entre les deux pays. Précisément depuis l'arrivée de la ministre Palacio aux Affaires étrangères en Espagne, d'ailleurs. Avant cela, un statut de co-souveraineté était envisagé, mais les discussions n'ont pu aboutir pour deux raisons fondamentales. D'une part, les Britanniques voulaient conserver le contrôle de leur base militaire installée sur le rocher. D'autre part, les Espagnols réclamaient une co-souveraineté limitée dans le temps, avec l'espoir d'obtenir une souveraineté pleine et entière un jour ou l'autre, tandis que les Britanniques exigeaient un statut définitif.

La dernière rencontre remonte au 27 septembre dernier. Désormais, il apparaît selon certaines sources espagnoles que toute nouvelle réunion ne pourrait que sceller un accord ou un désaccord. Le Premier ministre britannique Tony Blair a quant à lui affirmé mercredi qu'un accord de co-souveraineté "est dans l'intérêt des habitants de Gibraltar´. Encore faut-il que ceux-ci le désirent. Pour l'heure, on est loin du compte. La confirmation en est attendue ce jeudi. Le blocage semble complet.

© La Libre Belgique 2002

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