Nouvelles sanctions européennes contre la Syrie

L'Union européenne a adopté lundi de nouvelles sanctions contre la Syrie de Bachar al-Assad en gelant les fonds de 28 nouveaux partisans du président syrien. Le conflit risque par ailleurs des débordements alors que la crise s'est aggravée entre la Syrie et la Turquie.

AFP
Nouvelles sanctions européennes contre la Syrie
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L'Union européenne a adopté lundi de nouvelles sanctions contre la Syrie de Bachar al-Assad en gelant les fonds de 28 nouveaux partisans du président syrien, également interdits de visa, et de deux sociétés.

Cette décision, prise par les ministres européens des Affaires étrangères réunis à Luxembourg, porte à 181 le nombre de personnes proches du régime et à 54 le nombre de sociétés ou administrations placées sur les listes noires de l'UE, a-t-on appris de source diplomatique.

L'identité des personnes et sociétés sanctionnées lundi ne sera pas révélée avant leur publication mardi au Journal Officiel de l'UE. Les deux nouvelles sociétés désignées sont soupçonnées d'avoir acheté des armes ou du matériel pouvant servir à la répression, a précisé une source diplomatique.

Par ailleurs, l'UE va interdire à ses ressortissants d'acheter des armes à la Syrie, de les transporter vers les pays tiers ou encore de fournir des services d'assurances à de tels transports. Le but de la mesure est de priver le régime d'éventuelles sources de financement.

A ce jour, l'UE a décrété des embargos sur les armes et le pétrole, ainsi qu'une série de sanctions commerciales et financières, le gel des avoirs de sociétés et administrations et de membres du régime ou leurs proches, également interdits de visa.

Dimanche soir, les ministres européens ont eu un long échange avec leur homologue russe Sergueï Lavrov, en particulier sur le dossier syrien, sans parvenir à un quelconque progrès.

"Nous avons discuté la Syrie sous toutes ses dimensions la nuit dernière avec M. Lavrov. Je ne peux pas dire que nous ayons fait un quelconque progrès", a déclaré lundi le Britannique William Hague à son arrivée à la réunion des ministres européens à Luxembourg.

"Comme cela a été le cas durant de nombreux mois avec la Russie, nous ne sommes pas parvenus à un quelconque accord", a-t-il ajouté. Selon un diplomate européen, le dîner qui a duré plus de trois heures et demie a été par moment "très dur". Le ministre russe a vivement critiqué l'attitude des Européens face à la Syrie et leurs sanctions autonomes contre le régime du président syrien Bachar al-Assad.

"Le danger d'un embrasement grandit. Et personne, y compris la Russie, n'y a intérêt", a averti le ministre allemand Guido Westerwelle. "Il est nécessaire de convaincre ceux qui continuent à protéger le régime d'Assad que le danger d'un embrasement grandit, que le danger d'une guerre par procuration grandit", a-t-il insisté.

Le ministre français Laurent Fabius a lui aussi prôné la "désescalade, parce que rien ne serait pire que d'ajouter au drame syrien en plus un conflit entre les Syriens et les Turcs", alliés des 27 dans le cadre de l'Otan.

Attaques rebelles tous azimuts

Au lendemain d'une nouvelle journée de violences sanglantes au cours de laquelle 150 personnes, en majorité des civils, ont péri dimanche selon l'OSDH, insurgés et soldats continuent de se battre sur trois fronts principaux: province de Damas, Alep (nord) et Idleb (nord-ouest). A l'entrée nord d'Alep, autrefois le poumon économique du pays mais dévasté par de trois mois de bataille acharnée, les rebelles ont multiplié leurs offensives, tuant huit soldats dans une attaque contre un barrage, selon l'OSDH, qui s'appuie sur un large réseau de militants et de médecins sur place.

L'armée syrienne, forte de sa puissance aérienne, mène une contre-attaque au sud d'Alep et dans la région voisine d'Idleb pour reprendre des positions clés conquises par les insurgés, et tente de repousser une offensive rebelle contre la base militaire de Wadi Deif, la plus importante d'Idleb.

L'opposition armée s'était emparée la 9 octobre de la ville stratégique de Maaret al-Noomane située sur la route reliant Damas à Alep, et a pu freiner l'acheminement des renforts militaires vers la métropole du Nord.

Le blocage de son approvisionnement affaiblit l'armée qui peine déjà à faire face sur tous les fronts dans le pays. De plus selon des analystes, les troupes sont démoralisées après 19 mois de révolte, minées par les défections et privées de renforts.

Au coeur d'Alep, l'armée a néanmoins repris dimanche le contrôle total de la mosquée historique des Omeyyades, selon une source militaire et une ONG. Human Rights Watch (HRW) a en outre accusé l'aviation du régime, couramment utilisée dans le conflit, d'avoir largué des bombes à sous-munitions.

Crise ouverte avec Ankara

Et le conflit risque de déborder. Anciens alliés, Ankara et Damas ont vu leurs relations s'envenimer après la mort de cinq civils turcs tués le 3 octobre par un obus syrien tombé dans un village turc à la frontière. La crise s'est encore aggravée après l'interception le 10 octobre par Ankara d'un avion de ligne syrien transportant, selon les autorités turques, des armes russes. Damas a démenti mais Moscou a reconnu que cet avion transportait du "matériel pour des stations radar" tout à fait "légal".

Plus de 100.000 réfugiés en Turquie

Le nombre de Syriens ayant fui la guerre civile dans leur pays et réfugiés en Turquie a dépassé les 100.000, a-t-on annoncé lundi de source officielle turque. Au total, 100.363 réfugiés sont officiellement logés dans 13 camps dispersés dans des provinces du sud-est de la Turquie, frontalière avec la Syrie, a indiqué la Direction des situations d'urgence (Afad) du Premier ministre dans un communiqué. Le chiffre annoncé par les autorités est celui des personnes officiellement enregistrées auprès des autorités. Mais plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de Syriens entrés en Turquie n'ont pas été recensés par les autorités et sont notamment logés chez des proches.

Le gouvernement islamo-conservateur turc, qui a rompu avec le régime du président syrien Bachar al-Assad, avait fixé cet été à 100.000 le nombre maximal de réfugiés qu'il était disposé à accueillir. Mais il a précisé ultérieurement qu'il pourrait franchir cette limite si la communauté internationale lui venait en aide.

Le ministre turc des Affaires européennes, Egemen Bagis, a appelé l'Union européenne à accueillir des réfugiés syriens, dans un entretien au quotidien allemand Die Welt paru lundi.

Pour tenter d'endiguer ce flot des réfugiés, Ankara a appelé le Conseil de sécurité de l'ONU à créer des zones-tampons sous protection en territoire syrien. Mais son appel est jusque-là resté lettre morte.

Brahimi en Irak avec une "proposition de l'Iran"

Lors de la quatrième étape de sa tournée auprès des puissances régionales influentes dans le dossier, le médiateur Lakhdar Brahimi discutera lundi avec les dirigeants irakiens des moyens de mettre fin au conflit, après avoir reçu une proposition "détaillée" de l'Iran, principal allié de Damas dans la région. Le ministre iranien des Affaires étrangères Ali Akbar Salehi, qui a remis cette "proposition informelle" à l'émissaire, pas détaillé le contenu de cette proposition. Le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a dénoncé "la terreur en Syrie" et "les tentatives de casser" le pays, en allusion aux pays occidentaux. Évoquant l'ensemble des propositions faites par divers pays, M. Brahimi a dit espérer "que toutes ces idées s'organiseront au sein d'un projet capable de mettre fin au cauchemar du peuple syrien".

Il avait souligné auparavant "l'urgence de trouver un moyen d'arrêter le bain de sang" en Syrie, où le conflit a fauché la vie De son côté, le Conseil national syrien (CNS), principale instance de l'opposition en exil, va tenter lors d'une réunion lundi au Qatar de surmonter ses divisions et son incapacité à imposer sa crédibilité.

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