En Iran, la course vers le sommet

Dans trente jours, le peuple iranien élira son septième président et successeur du populiste et contesté Mahmoud Ahmadinejad. La République islamique est en pleine tourmente : tensions politiques, crises économique et financière, conflit syrien voisin

Vincent Braun
En Iran, la course vers le sommet
©AP

Un raz-de-marée. Les cinq jours d'enregistrement des candidatures pour l'élection présidentielle du 14 juin prochain ont finalement poussé 686 personnes, dont 30 femmes, à concourir à la présidence de l'Iran. Un succès incontestable que la République islamique aura certainement à cœur de présenter comme un gage de vitalité démocratique. Il n'en est rien. Seul quelques noms seulement passeront l'écueil du Conseil des gardiens de la Constitution, qui doit se prononcer au plus tard le 23 mai. Cet organe composé de six religieux et de six juristes, contrôle et valide les lois et les candidatures aux mandats électifs. Il y a quatre ans, il avait autorisé quatre des 475 candidats enregistrés.

La République islamique tient absolument à ne pas voir se répéter cette année les manifestations et la contestation, parfois violente, qui avaient suivi la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad au printemps 2009. Les risques sont minimes cette année. Le camp réformateur est décimé. Le candidat progressiste malheureux de la précédente présidentielle, l'ancien Premier ministre Mir Hossein Moussavi, que certains donnaient vainqueur, est en résidence surveillée depuis deux ans. Il ne s'est pas déclaré candidat.

Des réactions de joie

Les réformistes pourront peut-être compter sur l'ayatollah Ali Akbar Hachemi Rafsanjani, un conservateur pragmatique jugé modéré par certains, qui opère une tentative de retour remarquée sur l'avant-scène politique. L'ancien Président dispose du soutien de son successeur, le "réformateur" Mohammad Khatami. Mais M. Rafsanjani (voir ci-contre) n'est plus dans les bonnes grâces de l'aile conservatrice du pouvoir, pour avoir à la fois apporté son soutien - même discret - à Moussavi, relayé les "doutes" d'une partie de l'opinion publique sur la régularité de la réélection d'Ahmadinejad, et critiqué la répression de la contestation qui s'ensuivit.

Sa candidature, au dernier jour prévu pour l'enregistrement, samedi dernier, a déclenché des réactions de joie dans la foule massée devant le ministère de l'Intérieur, où avaient lieu les inscriptions.

"Je suis venu pour servir, c'est le droit des gens de me choisir ou pas", a déclaré l'ancien Président, qui dirige aujourd'hui le Conseil de discernement, la plus haute autorité d'arbitrage politique.

M. Rafsanjani a longuement hésité, après avoir été encouragé ces dernières semaines, de même que Mohammad Khatami, par des personnalités et des médias réformateurs. Au début du mois, le ministre des Renseignements avait mis en garde MM. Rafasanjani et Khatami contre une éventuelle candidature, en précisant que le pouvoir n'avait pas oublié leur rôle dans le mouvement de contestation du printemps 2009

Le clan des conservateurs est, quant à lui, bien garni. On retrouve les anciens ministres des Affaires étrangères Ali Akbar Velayati et Manouchehr Mottaki, ainsi que l'ancien commandant en chef des Gardiens de la révolution Mohsen Rezaï - déjà candidat il y a quatre ans. Y figurent également l'actuel maire de Téhéran Mohammad Baqer Qalibaf et l'ancien président du Parlement Gholam-Ali Hadq Adel.

Quant à Esfandiar Rahim Mashaei , le "poulain" du président sortant Mahmoud Ahmadinejad, il joue la carte du nationalisme iranien. Mais il est depuis longtemps considéré comme indésirable par le camp conservateur qui l'accuse de "déviationnisme".

La tâche du prochain président s'annonce ardue dans un pays de 78 millions d'habitants, grand comme presque trois fois la France. Un pays qui continue de s'affirmer comme une puissance régionale, mais qui connaît une crise économique et monétaire qu'accroissent les sanctions internationales relatives à son dossier nucléaire suspect.

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