Édito: la longue ligne rouge du sang versé

Les Etats-Unis n'en finissent plus d'aller à reculons dans le conflit syrien. Barack Obama avait promis que si le régime de Bachar al Assad en venait à recourir aux armes chimiques cela conduirait à un changement des règles du jeu.

Vincent Braun

Les Etats-Unis n'en finissent plus d'aller à reculons dans le conflit syrien. Barack Obama avait promis que si le régime de Bachar al Assad en venait à recourir aux armes chimiques - la fameuse "ligne rouge" à ne pas franchir - cela conduirait à un changement des règles du jeu. Et voilà qu'en confirmant ce franchissement, après des mois d'atermoiements, le Président semble renier sa parole. S'il fait un pas vers les rebelles, son annonce apparaît pour le moins timorée, le Président n'osant pas appeler un chat un chat.

Car en annonçant que les Etats-Unis vont livrer "une assistance militaire directe" aux rebelles, il ne dit pas exactement ce qu'il va livrer. Or, on le devine, et des informateurs le prétendent : il s'agit bien d'armes létales. Et encore, pas de systèmes anti-chars ou anti-aériens, pourtant nécessaires pour empêcher l'armée régulière de reprendre des bastions rebelles grâce à son artillerie lourde, ses avions et ses hélicoptères armés.

Sans doute une aide militaire aux rebelles peut-elle influencer le cours du conflit. Cela n'empêchera pas la ligne rouge, la vraie, celle du sang versé, de s'étirer encore longtemps. En vingt-sept mois, le soulèvement syrien à fait près de 100 000 morts. Mais c'est peut-être cela qui est recherché. Tant que le conflit dure, toutes les parties s'épuisent. Y compris celles associées, tels les Pasdarans iraniens.

Il ne faut pas perdre de vue : l'objectif réel n'est pas la chute du régime syrien. La Syrie n'est que le domino qui peut faire tomber le régime des mollahs à Téhéran, qui la soutient financièrement et militairement. Mais l'Iran, confronté à une crise économique sans précédent et de plus en plus asphyxié par les sanctions internationales, pourrait s'épuiser plus vite encore en continuant à entretenir son réseau d'amis chiites.

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