Cessez-le-feu entre Israël et le Hamas: qui a "gagné"?
Le cessez-le-feu de longue durée conclu cette semaine entre Israël et le Hamas n'a toujours pas été violé, de quoi faire renaître l'espoir. Mais, dans ces négociations, qui a gagné et perdu quoi? Analyse .
- Publié le 27-08-2014 à 20h17
- Mis à jour le 28-08-2014 à 10h56
Les magasins ont rouvert, les bateaux des pêcheurs sont ressortis du port et les Gazaouis recommencent à faire des projets: depuis que le cessez-le-feu est entré en vigueur dans la bande de Gaza, ses habitants respirent de nouveau.
Mais dans ce territoire exigu qui a connu trois guerres entre Israéliens et Palestiniens en l'espace de six ans, beaucoup préfèrent ne pas se réjouir trop vite.
S'il s'enthousiasme en lançant "la victoire est à nous", Ehab Abou Jalal nuance aussitôt: avant de penser à l'avenir, "il faut que le cessez-le-feu dure". "On en a assez de la guerre, aucun peuple n'a enduré tout ce que nous avons enduré à cause de la guerre", explique-t-il.
S'il est réellement mis en place, les points de passages entre Israël et la bande de Gaza devraient être rouverts, permettant aux 1,8 millions de Gazaouis bloqués entre l'Egypte, Israël et la Méditerranée de se fournir en produits indisponibles depuis la mise en place en 2006 du blocus israélien.
Ce qu'Israël a gagné
Sécurité et solidarité La sécurité (et sérénité ?) retrouvée de la population israélienne que les tirs de roquettes du Hamas et d'autres groupes armés de Gaza menacent, de crise en crise, toujours plus loin - Tel Aviv et son aéroport international Ben Gourion, distant du nord de Gaza de 70 kilomètres, ont été ciblés à de nombreuses reprises.
Un affaiblissement militaire du Hamas et des autres groupes palestiniens radicaux. Quelque 4 000 roquettes tirées en direction d'Israël ont sévèrement entamé les capacités de nuisance du Hamas. Mais, d'après les spécialistes, les stocks restants sont au moins aussi importants... La destruction par Tsahal d'une quarantaine de tunnels secrets entre l'enclave palestinienne et l'Etat hébreu, outre qu'ils ne permettront plus le passage de "terroristes" palestiniens en Israël, empêchera aussi l'acheminement d'une partie du matériel visant à l'élaboration des roquettes et autres systèmes de tir. Par contre, la démilitarisation complète de la bande de Gaza, principale revendication d'Israël, reste très hypothétique.
Une plus grande solidarité de la population. Vu le contexte de guerre, de nombreux Israéliens ont fait bloc derrière leur gouvernement, y compris ceux qui ne sont pas forcément d'accord avec celui-ci en temps de paix.
Ce que le Hamas a gagné
Estime et politique
Un succès d'estime indéniable, vu depuis les pays arabes (et plus largement musulmans), pour avoir incarné et défendu la cause des Palestiniens, de Gaza en particulier.
Une remise en selle politique . Le Hamas, exsangue financièrement (malgré le soutien de Doha) et isolé politiquement avant le conflit, s'était vu contraint de signer un accord dit de "réconciliation" avec l'OLP. Celui-ci avait débouché sur la mise en place d'un gouvernement de consensus national qui devait prendre le gouvernail de la bande de Gaza. Reste à voir quels fruits portera cet accord, toujours à appliquer. D'ores et déjà, le Hamas - de même que le Jihad islamique - s'est retrouvé au Caire pour négocier, conjointement avec l'OLP, la fin du conflit.
Le desserrement sélectif des blocus israélien et égyptien de la bande de Gaza. Depuis mardi soir, l'ensemble des points de passage avec Israël et l'Egypte sont ouverts aux marchandises civiles et humanitaires. Produits alimentaires, sanitaires et matériaux de construction passent. La levée totale et inconditionnelle des blocus de l'enclave, principale revendication palestinienne, doit encore faire l'objet de négociations.
La levée des restrictions sur la pêche imposées par Israël, dont l'extension du domaine de pêche.
Ce qu'Israël a perdu
Bilan humain
Son plus gros bilan humain, militaire et civil, depuis la fin de l'occupation de la bande de Gaza (2005) : 64 soldats de Tsahal et 6 civils (dont un enfant) ont été tués.
Israël essuie une réprobation internationale croissante. La puissance militaire d'Israël, son pouvoir de destruction massive, le caractère déséquilibré des moyens déployés en comparaison avec ceux des groupes armés palestiniens ont largement contribué à cette opprobre international. D'autant que cette force de frappe a largement débordé les stricts objectifs militaires adverses, malgré l'application de nombreuses techniques de prévention, tout en touchant énormement de civils palestiniens. Cette réprobation à l'endroit du "plus fort" est l'une des conséquences automatiques des conflits asymétriques. Elle apparaît d'autant plus évidente lorsqu'une armée ultramoderne et surpuissante se heurte à une résistance, acharnée et longue, d'un groupe bien armé et très motivé.
Ce que le Hamas a perdu
Capacités militaires
Les pertes humaines provoquées par le conflit sont énormes : 2 143 morts, dont une majorité de civils et un quart d'enfants (d'après les services de santé et l'Onu).
Ses capacités de nuisance armée en ont pris un fameux coup. Ses stocks de roquettes, ses infrastructures militaires (lanceurs, tunnels…) s'en trouvent bien réduits. Et plusieurs centaines d'activistes, dont d'importants chefs militaires, sont morts dans les frappes d'Israël.
Virtuellement, une partie de sa base populaire (dont il est difficile d'évaluer le niveau), excédée par les risques que l'organisation lui a fait courir. L'intensité de sa guérilla, en plein cœur d'un environnement urbain avec une des plus fortes densités de population au monde, a suscité des critiques, souvent à demi-mots, au sein de la population gazaouie, qui n'a pas d'autre choix que de partager le "champ de bataille" avec les groupes armés.
Une indignation internationale . Son radicalisme artificier a choqué dans le monde, quand bien même l'on peut concevoir qu'il s'agisse d'une manière - désespérée, mais surtout criminelle - de se faire entendre.
La bande de Gaza est dévastée . La destruction de quartiers entiers de nombreuses localités visées par les raids israéliens : 55 000 bâtiments sont détruits ou endommagés.