Irak: Où est passée la cargaison du C-130 belge?
Les treize tonnes d'aide alimentaire fournies par la Belgique aux chrétiens d'Irak n'ont pas été distribuées immédiatement dans le Kurdistan irakien, où elles sont arrivées le 29 août à bord d'un C-130 de l'armée belge.
- Publié le 12-09-2014 à 23h04
- Mis à jour le 12-09-2014 à 23h05

Si la générosité belge est appréciée ici et que la nourriture est utile, des questions se posent néanmoins sur l'efficacité de l'opération.
Les treize tonnes d'aide alimentaire fournies par la Belgique aux chrétiens d'Irak n'ont pas été distribuées immédiatement dans le Kurdistan irakien, où elles sont arrivées le 29 août à bord d'un C-130 de l'armée belge. Après deux jours de formalités douanières à l'aéroport, elles ont été transférées dans un entrepôt de Caritas Catholica Irak, où elles sont actuellement distribuées vers les nombreux centres de réfugiés de la capitale du Kurdistan irakien.
Dans le seul quartier d'Ainkawa, à Erbil, où François Hollande s'est arrêté vendredi, près de 40 000 réfugiés s'entassent dans des écoles, des immeubles en construction et des parvis d'églises. En temps normal, ce quartier à majorité chrétienne héberge 35 000 habitants. Pour ne pas devoir déloger les personnes déplacées, le gouverneur de la province a postposé d'un mois la rentrée des classes.
Caritas distribue des vivres à tous, musulmans y compris, lesquels représentent 80 % de ses destinataires en Irak.
Efficace ?
Vendredi, une distribution avait lieu dans une école d'Ainkawa, accélérée par la présence à Erbil du député Georges Dallemagne (CDH) et de deux membres du comité belge de soutien aux chrétiens d'Orient, Benhur Ergen (communauté syriaque) et Benham Shany Mansour (communauté chaldéenne), qui sont à l'origine de cette initiative.
Si la générosité belge est appréciée ici et que la nourriture est utile, des questions se posent néanmoins sur l'efficacité de l'opération. Le comité avait récolté près de treize tonnes de vivres dans les paroisses belges, acheminés en Irak après bien des tergiversations du gouvernement belge, en affaires courantes. Le Budget ayant exigé que l'opération soit neutre financièrement, il avait fallu racler les fonds de tiroir pour payer la note de 112 000 euros que représentait le seul acheminement par C-130. Les Affaires étrangères (39 000 euros), la Défense (38 000 euros) et l'Intérieur, sur la ligne "Diversité, interculturalité et égalité des chances" (35 000 euros), ont mis la main à la poche.
Le directeur de Caritas Irak, Nabil Nissan ne cache pas qu'il aurait été plus sage d'envoyer de l'argent pour acheter des vivres en Irak. "Les réfugiés ont besoin de riz, de farine, de lentilles, d'huile, de pâtes… Mais nous pouvons l'acheter ici car le coût du transport est important" , dit-il.
Des colonnes de camions alimentent le Kurdistan à partir de la Turquie, l'Irak produisant peu de produits frais, comme des fruits et légumes. Mais le commerce fonctionne normalement et les magasins sont parfaitement approvisionnés.
Vendredi, les réfugiés accueillaient l'aide belge avec le sourire, mais confirmaient les dires de Caritas. "J'ai besoin de l'aide belge, dit Raida Georges, une mère de six enfants originaire de la ville chrétienne de Qaraqosh, désormais aux mains de l'Etat islamique. Vous nous apportez les aliments élémentaires de la cuisine irakienne. Mais mon mari, qui travaillait au gouvernement, est sans emploi et sans revenus depuis deux mois. Nous avons besoin d'argent."
"Nous n'avons pas besoin de nour riture, mais de sortir d'ici , tranche un enseignant de Mossoul, qui n'a plus rien, ni maison ni voiture. Nous sommes prêts à aller n'importe où, sauf en Irak !"
Argent et autonomie
Chaque famille recevait vendredi un sac avec des pâtes, du riz, de la farine, du sel, des boîtes de conserve et du matériel d'hygiène. "Une aide humanitaire a besoin de symboles , commente Georges Dallemagne, mais aussi d'efficacité. L'idéal, pour la suite, serait une opération du genre de ce qui a déjà été fait dans les grands magasins en Belgique, où on paie un paquet de farine à la caisse mais, en réalité, l'argent est versé à un fonds spécial. L'argent donne de l'autonomie aux réfugiés."