Les "refuzniks", ces soldats israéliens contre la politique d'Israël
Une quarantaine de soldats israéliens ont refusé de "continuer à servir ce système qui porte atteinte aux droits de millions de personnes" dans une lettre publiée vendredi. Si elle est authentique, il s'agit de l'une des plus importantes expressions d'objection de conscience depuis longtemps en Israël. Découvrez leur lettre dans l'article.
- Publié le 12-09-2014 à 12h58
- Mis à jour le 12-09-2014 à 14h15
Si elle est authentique, la lettre, dont les extraits sont parus dans le quotidien à grand tirage Yediot Aharonot, est l'une des plus importantes expressions d'objection de conscience depuis longtemps en Israël.
Les 43 signataires, hommes et femmes, ont servi dans l'unité 8200, le service de renseignement militaire le plus honoré, explique le journal. Spécialisée dans la cyberdéfense, l'unité 8200 est souvent comparée à la NSA (National Security Agency) américaine. Réservistes, les 43 soldats peuvent y être rappelés à tout moment.
Mais ces soldats, dont le nom n'est pas divulgué par le journal, ne veulent plus "continuer à servir ce système qui porte atteinte aux droits de millions de personnes", dit leur lettre envoyée au Premier ministre et au chef d'état-major.
Aucun témoignage de ces "refuzniks" (terme désignant des Israéliens refusant de servir) n'est lié à la guerre menée en juillet et août dans la bande de Gaza.
Dans leur lettre, les 43 soldats évoquent leur rôle capital dans les opérations d'éliminations ciblées pratiquées par l'armée. Une femme parle de l'erreur d'identification qu'elle a commise et qui a conduit selon elle à la mort d'un enfant. D'autres s'émeuvent d'avoir à écouter les conversations les plus intimes de Palestiniens.
Libé a fourni une traduction française de la lettre:
"Nous, anciens combattants de l'Unité 8200, soldats réservistes par le passé et aujourd'hui, déclarons refuser de participer aux actions contre les Palestiniens et refuser de continuer à servir comme outils dans l'affermissement du contrôle militaire sur les Territoires occupés.
"Il est généralement admis que la conscription dans les renseignements militaires échappe aux dilemmes moraux et contribue uniquement à la réduction de la violence et des dommages envers des personnes innocentes. Néanmoins, notre service militaire nous a démontré que le renseignement est une partie intégrale de l'occupation militaire israélienne sur les territoires.
"La population palestinienne sous régime militaire est complètement exposée à l'espionnage et la surveillance des services de renseignement israéliens. Alors qu'il existe des limitations drastiques de la surveillance des citoyens israéliens, les Palestiniens ne bénéficient pas de cette protection. Il n'existe pas de distinction entre les Palestiniens qui sont ou qui ne sont pas impliqués dans des violences. L'information qui est recueillie et conservée fait du tort à des personnes innocentes. Elle est utilisée dans le but d'une persécution politique et pour créer des divisions au sein de la société palestinienne en recrutant des collaborateurs et en entraînant des parties de la société palestinienne contre elle-même. Dans de nombreux cas, les services de renseignement empêchent les accusés de recevoir un procès équitable dans les tribunaux militaires, alors que les preuves les concernant ne sont pas révélées. Le renseignement autorise un contrôle continu sur des millions d'individus à travers une surveillance approfondie et intrusive et envahit la plupart des secteurs de la vie d'un individu. Ce qui ne permet pas aux gens de mener des vies normales et incite à plus de violence, nous distançant toujours davantage de la fin du conflit.
"Des millions de Palestiniens vivent sous le régime militaire israélien depuis plus de quarante-sept ans. Ce régime nie leurs droits fondamentaux et exproprie de larges étendues de terre pour les colonies juives qui sont soumises à des systèmes légaux séparés et différents et à l'application de lois différentes. Cette réalité n'est pas un résultat inévitable des efforts de l'Etat pour se protéger mais plutôt le résultat d'un choix. L'expansion des colonies n'a rien à voir avec la sécurité nationale. De même en est-il des restrictions à la construction et au développement, à l'exploitation économique de la Cisjordanie, à la punition collective des habitants de la bande de Gaza, et du tracé actuel de la barrière de séparation.
"Au vu de tout cela, nous avons conclu qu'en tant que personnes ayant servi dans l'Unité 8200, nous devons assumer la responsabilité de notre participation à cette situation et qu'il est de notre devoir moral d'agir. Nous ne pouvons pas continuer à servir le système en bonne conscience, en niant les droits de millions de personnes. A cet effet, ceux d'entre nous qui sont réservistes refusent de prendre part aux actions de l'Etat contre les Palestiniens. Nous appelons tous les soldats servant dans les unités de renseignement, passé et présent, de même que tous les citoyens d'Israël, à dénoncer ces injustices et à prendre des actions pour y mettre fin. Nous croyons que l'avenir d'Israël en dépend."
Les 43 objecteurs de conscience encourent des peines de prison.
