Ebola en Espagne: dans la ville de l'infirmière contaminée, colère, méfiance et inquiétude
Ça se calme un peu, mais il y a deux jours le plus petit mouvement dans les couloirs semait la panique, pas seulement parmi les patients et leurs familles, mais aussi parmi tout le personnel de l'hôpital", nous dit Teresa Albina, qui a accompagné son père (91 ans) dans ses démarches d'admission hospitalière. C'était la veille de la déclaration du premier cas d'Ebola surgi en Espagne. Reportage.
- Publié le 10-10-2014 à 15h41
- Mis à jour le 10-10-2014 à 16h39

Ça se calme un peu, mais il y a deux jours le plus petit mouvement dans les couloirs semait la panique, pas seulement parmi les patients et leurs familles, mais aussi parmi tout le personnel de l'hôpital", nous dit Teresa Albina, qui a accompagné son père (91 ans) dans ses démarches d'admission hospitalière. C'était la veille de la déclaration du premier cas d'Ebola surgi en Espagne. Monsieur Albina est admis dans l'hôpital d'Alcorcón, la même banlieue sud de Madrid où habite Teresa Romero, l'infirmière infectée par le virus d'Ebola, qui était considérée hier soir comme en danger grave de mort. C'est l'hôpital qui l'a traitée en premier lieu avant de la renvoyer à Madrid, au Carlos III, le centre hospitalier de référence pour ces cas de fièvre hémorragique.
Les deux Teresa habitent dans le même quartier d'Alcorcón. Leurs appartements respectifs se trouvent à quelques centaines de mètres. "Moi, je voyais au début que tout le monde avait peur et nous essayions tous de bouger au minimum. Le lendemain de l'hospitalisation de mon père, nous avons été obligés de changer de lieu pour laisser la place à une détersion méticuleuse. Puis, de retour à la chambre où se trouve mon père, j'essayais de l'accompagner sans sortir sauf pour le strictement nécessaire", déclare Teresa Albina.
Elle rappelle que l'infirmière contaminée par virus a mené une vie plus ou moins normale pendant plusieurs jours : "Notre ville est totalement affolée. Je me rends compte que je suis allée à la même cafétéria que l'infirmière malade. Je me demande, par exemple si j'ai partagé un moment avec elle, avons-nous bu chacune notre petit noir, l'une à côté de l'autre ?"
"Erreurs et mensonges"
De nombreuses photos montrent Teresa Romero avec son fidèle Excalibur, son chien. Il a été sacrifié en vertu du principe de précaution, non sans créer une énorme polémique. Des défenseurs des animaux ont essayé de s'opposer, au prix de quelques échauffourées avec la police, au transport d'Excalibur vers son lieu d'euthanasie. D'autres ne sont pas du même avis. "On nous dit que tout est contrôlé, mais est-ce que le chien n'est pas sorti se balader avec son maître ?", glisse, méfiant, un habitant du quartier. Quant à l'époux de la malade d'Ebola, Javier Limón, il est soumis à une observation intensive, mais il ne présente aucun symptôme de la maladie. Ni lui, ni les six autres personnes internées et soumises à un contrôle médical strict pour avoir eu un contact suspect avec Teresa Romero. Dès les premiers symptômes de fièvre de son épouse, Javier Limón et sa femme ont utilisé deux salles de bains différentes. D'après les témoignages de proches, dès la première alerte de fièvre, le couple aurait aussi décidé de ne plus partager le même lit. En revanche, plusieurs responsables tant du ministère de la Santé que du gouvernement régional de Madrid ont suggéré que Teresa Romero avait mal suivi les protocoles de désinfection. Javier Rodríguez, ministre des Services sanitaires de la région madrilène, a déclaré que l'infirmière malade d'Ebola "aurait commis des erreurs" dans la désinfection et qu'elle aurait même "menti" à l'hôpital. Des milliers de messages ont alors exigé la démission du ministre. Les Espagnols, de façon générale, se montrent plutôt fâchés par les attitudes des autorités lors des premiers moments de la crise "Ebola".