Les partisans d'une sortie britannique de l'UE confirment leur remontée
Les têtes d'affiche du camp favorable au Brexit affichent un grand optimisme. Reportage.
- Publié le 06-06-2016 à 12h03
- Mis à jour le 06-06-2016 à 12h09

L'ambiance était électrique, ce samedi 4 juin, dans la salle de réception de l'usine de fumaison de saumon H. Forman&Sons, positionnée face au stade olympique de Londres.
"Nous voyons bien que nous ne sommes pas là dans une réunion pour le maintien dans l'Union européenne", ricane Boris Johnson, l'ancien maire de Londres et tête d'affiche du camp du Brexit. "On sent bien la vague d'optimisme dans cette salle. Nous devons faire tout le nécessaire pour mettre fin à leur pessimisme, à leur vision grise de l'avenir en faisant tout pour que le 24 juin soit le jour de l'Indépendance du Royaume-Uni !" Des paroles accueillies par les applaudissements tonitruants de trois à quatre cents supporters.
Quelques minutes auparavant, le ministre de la justice Michael Gove avait déjà été acclamé après avoir paraphrasé le président américain Barack Obama.
"Si nous sortons de l'UE, pourrons-nous verser £ 100 millions de plus au système de santé chaque semaine ? Yes We can ! Pourrons-nous signer des accords de libre-échange avec les pays en forte croissance ? Yes We Can ! Créer un système d'immigration à point ? Yes We Can !"
L'élan de cette campagne est désormais indéniablement en faveur du camp favorable au Brexit. Depuis le déploiement de leur rhétorique sur l'immigration, leur arme fatale gardée de côté depuis le début de la campagne, il gagne sans cesse de nouveaux adhérents.
Cette thématique avait joué un rôle central dans la décision de David Cameron d'organiser ce référendum et dans ses négociations avec les vingt-sept lors du mois de février. Elle est aujourd'hui devenue acceptable pour la majorité des Britanniques car ses différents promoteurs réfutent tout racisme. Ils ne réclament pas la fermeture des frontières mais une immigration contrôlée afin de limiter la pression sur les services publics.
Un reproche permanent à "Bruxelles"
Pour la foule de ce samedi, en majorité des Anglais aisés ou de classe moyenne vivant dans la capitale la plus cosmopolite du monde, cet argument touche moins qu'ailleurs. Surtout pour les nombreux hommes, un badge "Vote Leave" accrochée à la chemise ou au t-shirt et un verre de "vin de France" à la main, souriant à s'en décrocher la mâchoire aux jolies serveuses dotées d'un fort accent d'Europe de l'est.
Les Londoniens sont plus préoccupés par la perte de la souveraineté de leur pays. La péripétie narrée par Lance Forman, le patron des lieux, dont la famille a émigré de Russie au début du XXe siècle, a ainsi provoqué la plus forte bronca contre l'UE : "J'ai dû jeter des emballages m'ayant coûté des milliers de livres sterling car ils n'indiquaient pas 'contient du poisson' comme le réclame l'UE depuis peu", a-t-il expliqué pour justifier son soutien à la cause.
Pour Andrea Edan, une designer d'une cinquantaine d'années, qui a vécu en Afrique du Sud, en Israël et en Belgique, cet épisode "confirme l'implication de l'UE dans nos vies quotidiennes. De nombreuses entreprises ne vendent pas en Europe mais doivent respecter sa législation. Nous ne voulons plus être dirigés par une organisation lointaine, dont la démocratie laisse à désirer puisqu'ils n'ont pas de compte à nous rendre comme nos élus nationaux". Bruxelles risque décidément de trembler jusqu'au vote du 23 juin.
Le Brexit en hausse
Le camp du maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne a vu son avance se réduire quelque peu en quinze jours, dans la perspective du référendum du 23 juin, à en croire un sondage en ligne de l'institut Opinium. L'enquête, réalisée du 31 mai au 3 juin, montre que 43 % des sondés se déclarent pour le maintien dans l'UE, alors que 41 % disent vouloir voter pour le "Brexit". Un précédent sondage Opinium, publié le 21 mai par The Observer, faisait état d'un écart légèrement plus grand : 44 % pour le maintien et 40 % pour une sortie de l'UE.
Plusieurs autres sondages , la semaine dernière, ont également traduit une progression du camp du Brexit, et la livre sterling a fortement baissé, mardi, quand deux sondages de l'institut ICM, un par téléphone et l'autre en ligne, ont donné une avance de trois points au Brexit sur le camp du "in".