Primaire à gauche : l'heure des choix

Benjamin Masse Correspondant à Paris
Primaire à gauche : l'heure des choix
©AP

Après une campagne éclair, la parole est désormais aux électeurs.Suspense total avant le premier tour de la primaire à gauche, ce dimanche. Rares sont les experts qui se risquent à faire le moindre pronostic, tant l'issue du scrutin paraît incertaine.

D'abord, parce que l'écart entre les trois favoris, Manuel Valls, Arnaud Montebourg et Benoît Hamon, a eu tendance à se resserrer au cours des dernières semaines. "Hamon était plutôt derrière au début de la campagne, mais il a commencé à rattraper son retard à partir de la fin décembre", décrypte Bruno Jeanbart, directeur des études politiques à l'institut OpinionWay.

Rares certitudes

Par ailleurs, nombre d'électeurs de gauche déclaraient ne pas encore savoir pour qui ils allaient voter avant les débats. "Lors de la primaire de la droite, on avait clairement vu la progression de Fillon dans les derniers jours, même si on n'en mesurait pas l'ampleur exacte, ajoute Bruno Jeanbart. Là, avec trois débats concentrés sur une semaine juste avant le premier tour, difficile de savoir qui en a profité. Sans doute beaucoup d'électeurs se décideront-ils au dernier moment."

De cet épais brouillard, émergent malgré tout quelques certitudes : à priori, la finale devrait opposer un candidat de l'aile droite du PS - et en la matière Valls semble nettement mieux placé que Peillon - et un représentant de son aile gauche, Benoît Hamon ou Arnaud Montebourg. La dynamique semble en faveur de Hamon, qui est parvenu à imposer ses thèmes - en particulier le revenu universel - au cœur des échanges.

Tutoyer les 40 %

Lors du dernier débat, Hamon a été l'objet de nombreuses critiques, concernant la faisabilité de son programme. "Ce n'est pas forcément un handicap pour lui, car cela le place au centre du jeu", estime un parlementaire socialiste.

Dans le camp de Montebourg, si l'heure n'est pas encore aux regrets, une certaine frustration émerge cependant. "C'est dommage que l'exercice ait été si court, cela a valorisé des candidats qui se sont concentrés sur quelques propositions disruptives, analyse Jérome Guedj, député PS de l'Essonne et soutien de l'ancien ministre du Redressement Productif. Au contraire, cela a défavorisé Montebourg, qui n'a pas eu l'occasion de dérouler son programme, plus charpenté et plus complet."

Là encore, il est trop tôt pour conclure que Montebourg sera forcément éliminé. Sa stratégie moins abrasive et plus consensuelle qu'à l'accoutumée pourrait séduire l'électorat de la primaire, où les catégories aisées et plus âgées sont généralement surreprésentées. "Au second tour, Montebourg, malgré tout moins clivant que Hamon, aurait sans doute plus de chances de battre Valls", ajoute Bruno Jeanbart.

Pour l'ancien Premier ministre, l'enjeu sera de frapper un grand coup au premier tour, pour enclencher une dynamique en sa faveur. Selon les experts, Valls devra tutoyer les 40 % des suffrages, et afficher une avance d'une dizaine de points sur son poursuivant, afin d'aborder le second tour en position de force, sachant que les électorats de ses deux principaux concurrents se joindront sans nul doute contre lui.

Déconvenue

Mais là encore, la plus grande incertitude règne. Certains jugent que Valls pourrait pâtir bien davantage que prévu de sa présence à la tête du gouvernement lors des deux dernières années. Ainsi, dans le camp de Vincent Peillon, on est persuadé de pouvoir dépasser le Catalan dans la dernière ligne droite. "On sent que les Français ont envie de refuser le tiercé qu'on essaie de leur imposer", veut croire Christophe Pierrel, porte-parole de Vincent Peillon. Si cette éventualité semble malgré tout hautement improbable, certains n'en prédisent pas moins à Valls un score décevant, à l'image de la déconvenue subie par Nicolas Sarkozy lors de la primaire de la droite.

Une chose, au moins, est sûre : alors que le Parti socialiste est déjà au bord du gouffre, ces hypothèses et supputations ne faciliteront pas l'émergence d'une véritable dynamique en faveur du vainqueur, à l'issue du second tour. Quelle que soit son identité.

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