Migration: La Grèce prise entre deux feux
- Publié le 21-03-2017 à 09h13
- Mis à jour le 22-03-2017 à 11h13
Le nombre de migrants coincés en Grèce est reparti à la hausse. Un an après sa mise en application, l'accord migration Turquie/UE est, du point de vue du Commissaire européen aux Migrations, Dimitris Avramopoulos, "un succès puisqu'il a permis d'éviter que des milliers de gens se noient en mer Egée, et que le nombre de migrants traversant cette mer était passé de près de 10 000 par jour, à moins d'une centaine".
Pour les ONG travaillant sur le terrain, et notamment sur les îles grecques, qui font face aux côtes turques, la réalité est tout autre : "santé mentale en danger, automutilations, tentatives de suicide, usage de drogue, prostitution, ce traité est non seulement un échec, mais également un désastre du point de vue humanitaire", souligne Médecins Sans Frontières dans un rapport de 16 pages, cosigné par une dizaine d'ONG et rendu public le 16 mars dernier.
Les plus jeunes en première ligne
"Parmi les évolutions les plus choquantes et les plus scandaleuses, figure la hausse des tentatives de suicide et des actes d'automutilation qui touchent des enfants d'à peine neuf ans", précise l'ONG Save the Children, alors que Médecins sans Frontière met l'accent sur l'aggravation de l'état de santé des réfugies et migrants parqués dans les camps de rétention.
La lenteur des procédures a bloqué 14 000 demandeurs d'asile, selon le gouvernement grec - 9000 selon les ONG -, sur cinq îles grecques qui sont censées ne pas en accueillir plus de 7 000. Parmi eux, Eliha, Guinéenne de 29 ans, maman de deux petits enfants. Elle est venue d'Afrique avec son mari, mais il est resté en Turquie. "Au dernier moment, les passeurs ne l'ont pas fait monter dans le canot. Il nous a dit de monter, de ne pas nous inquiéter. Il devait nous rejoindre plus tard. Mais avec l'accord de l'Europe il est resté de l'autre côté et nous ici, sans personne." Sa terreur ? Que son mari tente le passage et qu'elle soit renvoyée en Turquie avec ses enfants. "Pour une femme seule, ici, c'est difficile", lâche-t-elle, pudiquement. Elle refuse d'en dire plus. Elle va déposer une demande d'asile pour, justement, ne pas être renvoyée, mais, dit-elle : "C'est lent, tout va lentement. On ne sait pas quoi faire pour occuper les enfants. Heureusement qu'il y a les volontaires."
Ali, 25 ans, une petite barbe bien taillée, avec une queue-de-cheval, très tendance, est marocain. Comme Eliha, il sait qu'il n'a aucune chance d'obtenir l'asile. Alors, il est à l'affût de la moindre opportunité pour quitter l'île de Chios, où il croupit depuis des mois. "Je deviens fou. Je ne peux pas travailler, je ne peux pas aider ma famille restée au pays, la nourriture est immangeable, on ne sait pas quoi faire. On traîne. Dans le camp les tensions montent, entre ceux qui savent qu'ils peuvent avoir l'asile, et les autres, comme nous. Il y a des tensions et des bagarres entre les jeunes, et les vieux nous accusent de regarder leurs femmes. Pour pouvoir téléphoner il faut trafiquer. Si on se fait prendre, c'est la prison. J'en peux plus."
Inquiétudes grecques
Cette situation n'empêche pas un nombre de plus en plus important de nouveaux candidats à l'asile d'arriver tous les jours sur les îles grecques. Ainsi, pas moins de 362 migrants sont arrivés de vendredi à dimanche matin selon le ministère grec, qui ne cache pas son inquiétude. D'autant que, seuls 9 610 demandeurs d'asile ont été relocalisés en Europe en un an et que seuls 800 migrants ont été renvoyés en Turquie, à partir de la Grèce. Autant dire que la Grèce se retrouve seule, tant face à cette crise migratoire, qu'à la Turquie, qui, de plus en plus fréquemment, a refusé les renvois de migrants, pour la plus grande joie des passeurs, qui reprennent du service.
