Le gouvernement de Theresa May part à vau-l'eau
- Publié le 10-07-2018 à 11h01
- Mis à jour le 10-07-2018 à 11h02

Boris Johnson a quitté le gouvernement de Theresa May. La démission de celui qui était le ministre des Affaires étrangères et le porte-drapeau des Brexiters depuis plus de deux ans a résonné comme un coup de tonnerre.
Toute la journée de lundi, la presse britannique s'est demandée où était Boris Johnson après qu'il ne s'était pas présenté à deux réunions officielles où il était attendu. Son silence a alimenté les soupçons. D'habitude plutôt adepte des déclarations médiatiques tonitruantes, Boris Johnson était l'un des deux seuls ministres à ne pas avoir claironné dans les médias son soutien à la cheffe du gouvernement depuis la réunion du Conseil des ministres vendredi dernier à Chequers, la résidence secondaire officielle de la Première ministre, lors duquel Theresa May a dévoilé sa vision des futures relations commerciales entre le Royaume-Uni et l'Union européenne. Ce silence est aisément compréhensible. "The Sunday Times" a expliqué qu'à son arrivée à Chequers, l'ancien maire de Londres s'était lancé dans une diatribe dévastatrice de six minutes. Il avait notamment qualifié le projet gouvernemental d'"étron" et s'était énervé contre ses collègues : "Je vois qu'il y a ici d'excellents polisseurs d'étrons." Avant de reculer, faute de soutien, et de finalement soutenir l'accord.
Ce week-end, un de ses amis avait expliqué anonymement à la presse qu'il était resté au sein du gouvernement pour empêcher que de plus amples concessions soient accordées à l'UE. "Il n'y a pas de doute que nous nous dirigerions vers un Brexit plus modéré si Boris ne faisait pas partie du Conseil des ministres - et cela peut encore se dégrader." L'analyse des Brexiters radicaux se voulait pourtant très différente. "J'ai expliqué la semaine dernière à Boris qu'il sera très difficile à quelqu'un qui a accepté ce très mauvais accord de pouvoir un jour diriger le parti", témoigne l'un d'eux dans "The Times", toujours sous couvert d'anonymat. "J'ai lu la peur dans ses yeux."
Complot avorté des "Hard Brexiters"
En milieu de semaine dernière, ayant eu vent du contenu du projet de Theresa May, il avait tenté de monter un coup contre la Première ministre. Invitant tous les Brexiters du gouvernement à une réunion, il leur avait confié sa volonté de développer un projet alternatif. Son initiative fut un échec total : non seulement le ministre de l'Intérieur Sajid Javid avait refusé de se déplacer mais, en dehors de David Davis, le ministre en charge du Brexit, et de la ministre au Développement international Penny Mordaunt, personne n'avait soutenu son idée.
"BoJo" avait ensuite eu un entretien avec son ancien ami (ou meilleur ennemi, c'est selon) et ex-Premier ministre David Cameron. Celui-ci lui avait passé un savon en lui rappelant que le projet de Theresa May était le seul qui puisse avoir la majorité à la Chambre des Communes et que son opposition ou sa démission n'aboutirait à rien de concret. Les deux hommes s'étaient quittés d'accord.
Visiblement, la démission de David Davis dans la nuit de dimanche à lundi a changé la donne. Interrogé à la télévision lundi matin, le responsable des négociations avec l'UE a reproché à la Première ministre ses promesses que son projet aboutira à "un retour de la souveraineté et du contrôle à la Chambre des Communes alors qu'en pratique ce n'est pas le cas".
Affaiblie, Theresa May n'est pas encore à terre
Sans doute Boris Johnson a-t-il senti que le moment était venu pour lui de sortir du bois, sans quoi il paraîtrait avoir trahi sa cause et les 51,9 % de Britanniques ayant voté en faveur du Brexit. Quitte à affaiblir le parti conservateur, le gouvernement britannique et donc le Royaume-Uni alors que les négociations avec l'UE devaient reprendre dès lundi prochain. Il lui suffit désormais que 48 membres de son parti réclament une élection à la tête du parti conservateur pour que celle-ci soit enclenchée. Un chiffre qui sera aisé à atteindre.
Si tel devait cependant être le cas, plusieurs députés conservateurs devraient se présenter pour devenir chef du parti : le Brexiter radical Jacob Rees-Mogg, pourquoi pas le ministre Jeremy Hunt et Sajid Javid. Les députés voteront ensuite pour déterminer les deux candidats qui s'affronteront pour le poste ultime. Boris Johnson fera le nécessaire pour être l'un d'eux : il aurait une grande chance d'être élu par les membres du parti, chargés de la sélection ultime. Le pays se dirigerait alors vers un Brexit dur, peut-être même sans accord avec l'UE. Un scénario qui ne ferait que des perdants.