Les vraies raisons de la menace de Donald Trump d'intervenir au Nigeria pour secourir les catholiques…
La puissance économique africaine dispose d'un sous-sol très riche en minerais.

- Publié le 04-11-2025 à 18h23

Dans une sortie dont il est coutumier, le président américain Donald Trump a laissé planer la menace d'une "action militaire" américaine au Nigeria.
Ce samedi 1er novembre, le président américain a en effet déclaré avoir ordonné au Pentagone de se préparer à une possible opération dans ce pays d'Afrique subsaharienne peuplé par 230 millions d'habitants, et quatrième économie du continent africain, selon le FMI.
Le président américain accuse le Nigeria de ne pas en faire assez pour protéger les chrétiens.
Les autorités nigérianes ont nié ces accusations. Elles ont même demandé le soutien des États-Unis face à un contexte de violences généralisées déconnectées du facteur religieux. Des responsables politiques ont expliqué que tant les chrétiens que les musulmans sont victimes d'attaques de groupes islamistes radicaux, ainsi que de conflits communautaires, ethniques et liés aux ressources. Selon la chaîne de télévision américaine CNN, "bien que les chrétiens figurent parmi les cibles, des rapports locaux indiquent que la plupart des victimes sont des musulmans vivant dans le nord majoritairement musulman du Nigeria".
"Pays discrédité"
Sur son réseau Thruth Social, il a dénoncé le "massacre de masse" de chrétiens et menacé de "cesser immédiatement toute aide et assistance au Nigeria" si le gouvernement ne "bouge pas vite", ajoutant que son pays "pourrait très bien entrer dans ce pays désormais discrédité, les armes à la main, pour anéantir les terroristes islamiques qui commettent ces horribles atrocités". Avant de poursuivre en expliquant qu'il donne "instruction au Département de la Guerre de se préparer à une possible action. Si nous attaquons, ce sera rapide, vicieux et doux, tout comme les voyous terroristes attaquent nos CHERS chrétiens ! AVERTISSEMENT : LE GOUVERNEMENT NIGÉRIAN FERAIT MIEUX D'AGIR VITE !".
360 millions de catholiques visés
Dans son dernier rapport sorti en janvier 2025, l'ONG Portes ouvertes qui recense chaque année les chrétiens persécutés à travers le monde pointait une augmentation significative de ces persécutions les visant, notamment en Afrique et en Asie.
Selon l'ONG, 380 millions de chrétiens – toutes confessions confondues – ont été victimes de "fortes persécutions ou discriminations" en 2024. Les chrétiens ont été ciblés dans 78 pays. Il y a dix ans, ce classement de l'ONG fondée en 1955 par le missionnaire évangélique néerlandais André van der Bijl pour venir en aide aux chrétiens de l'Union soviétique, ne comptait "que" 60 pays.
De son côté, la fondation pontificale internationale Aide à l'Église en Détresse (AED/ACN) a publié le 21 octobre 2025 son dernier rapport sur "La liberté religieuse" dans le monde qui analyse la situation sur cette question dans 196 pays.
Le texte constate notamment qu'au Nigeria, "les attaques de groupes armés liés à des bergers Fulani radicalisés ont fait des milliers de morts et déplacé des communautés entières". Mais il note aussi qu'au Sahel – en particulier au Burkina Faso, au Niger et au Mali – des villages entiers ont été détruits par des milices islamistes. Au Soudan, la guerre civile a rayé de la carte des communautés chrétiennes centenaires". D'autres rapports pointent aussi les exactions commises contre des chrétiens au Mozambique ou au Kenya.
Riche et en lien étroit avec Pékin
Si la situation est clairement problématique au Nigeria, ce pays n'a donc pas, loin de là, le monopole de la persécution des chrétiens. Le sous-sol nigérian riche en pétrole, gaz naturel, lithium ou terres rares et les liens de ce pays avec la Chine peuvent peut-être expliquer cette attention soudaine du président américain. Donald Trump n'a jamais caché sa volonté de diminuer la dépendance des États-Unis à l'égard de la Chine, notamment pour la fourniture de ces terres rares. Il n'a jamais caché non plus son mépris pour l'Afrique, continent où il n'a jamais mis les pieds.
Maud Quessard, chercheuse et directrice du domaine "Europe, Espace transatlantique, Russie" à l'Institut de recherche stratégique de l'École militaire (Irsem – France), écrit dans le numéro 882 de la Revue Défense Nationale : "Les choix de l'administration Trump II induisent un changement de paradigme de la conduite de la politique étrangère américaine au détriment de la promotion de la démocratie et au bénéfice d'un mercantilisme assumé". Elle ajoute un peu plus loin : "La stratégie africaine de Donald Trump II repose sur un triple principe : retrait des engagements multilatéraux, suppression des aides publiques, et priorisation de projets extractifs". La croisa de de Donald Trump pourrait donc bien être plus guidée par le sous-sol nigérian que par les violences orchestrées contre les catholiques.