Négociation congolaise à Doha, caramba, encore raté !
Un accord devait être signé entre Kinshasa et les rebelles ce 11 novembre. L'envoyé de Félix Tshisekedi n'est jamais arrivé.

- Publié le 12-11-2025 à 18h42

"Les Qataris commencent vraiment à perdre patience", explique un habitué des négociations internationales à Doha. Avant d'ajouter : "Et pourtant, ils commencent à avoir un solide palmarès mais sur le dossier congolais, ils n'y arrivent pas".
Les négociateurs qataris ne veulent pas rester sur un échec. "Ils veulent pouvoir montrer un document signé par les rebelles et le gouvernement congolais à Washington où doivent être paraphés prochainement des accords commerciaux entre le Rwanda et la République démocratique du Congo", poursuit un diplomate qui ajoute que "sans cet accord entre les belligérants congolais, il sera très compliqué de finaliser ce qui est sur la table à la Maison-Blanche. Sans ce document, aucun investisseur américain sérieux ne mettra de l'argent dans cette région des Grands Lacs. Sans cet accord, les matières premières qui seront sorties des provinces du Kivu sous contrôle des rebelles de l'AFC/M23 ne pourront entrer sur le marché mondial. Les rebelles n'ont pas la capacité de produire des certificats en bonne et due forme. Cette paralysie embête Kigali, qui peut devenir un hub officiel pour le traitement des matières premières produites dans l'est de la RDC, elle gêne aussi Washington, qui espère se garantir une chaîne d'acheminement stable pour les matières critiques".
Un contretemps pour Trump
La signature d'un accord a minima avait été programmée entre les parties congolaises le 11 novembre à Doha. La délégation de l'AFC/M23 était représentée par Bertrand Bisimwa, le n°2 du mouvement. La délégation de Kinshasa, elle, n'est jamais arrivée.
Le texte qui devait être paraphé était loin de l'accord de paix définitif qui devrait garantir le silence des armes dans l'est de la RDC. Les négociateurs des deux camps évoquaient tout au plus" une nouvelle feuille de route" qui entérinait" des mois de travail et de bonne volonté des autorités qataries". Bref "quelque chose" qui devait permettre aux Qataris d'éviter de reconnaître un échec, qui devait permettre dans un avenir proche de ramener les deux camps congolais à la table des négociations pour aborder les causes profondes du conflit… mais cette fois à Lomé, la capitale du Togo.
Avec la signature de ce 11 novembre, le Qatar faisait ainsi d'une pierre trois coups. Il se débarrassait d'un dossier que certains présentent comme ingérable, il répondait à l'appel de l'Union africaine qui espère toujours trouver une solution continentale à cette crise régionale et il permettait à Washington de réunir les présidents Tshisekedi et Kagame aux côtés de Donald Trump.
À Washington, une signature à trois est sans cesse annoncée depuis plusieurs mois. La date du 13 novembre a longtemps été martelée avant d'être reportée au 23 novembre. Une nouvelle échéance est déjà remise en cause. "On peut imaginer que Trump fasse pression pour obtenir une signature de Tshisekedi et Kagame. Mais ce serait juste pour la photo. Sur le terrain, le contenu de cet accord serait inapplicable, sans oublier que Kagame a répété qu'il conditionnait sa signature à Washington à celle de l'accord entre Congolais", poursuit notre expert en négociation.
Négociation "à la belge" à Doha
Pour obtenir coûte que coûte un résultat, les négociateurs qataris ont même tenté un "compromis à la belge" en proposant d'encommissionner les points de désaccord entre les délégations congolaises. Ces points auraient été retranscrits dans le texte final de Doha, devenant de facto, des points officiels non résolus de l'accord. Mais même cette voie n'a pas permis d'arriver à un compromis.
De l'avis de tous nos interlocuteurs, les Qataris et les Américains devraient peser de tout leur poids pour contraindre Kinshasa à signer un texte avec les rebelles qui occupent près de 20 % du territoire.
Lomé déjà courtisé
La prochaine étape de ces négociations intercongolaises devrait être un transfert de tout ce processus à Lomé, la capitale du Togo qui avait hérité de la gestion "africaine" de ce dossier après que l'Angola, qui jouait ce rôle, a profité de son accession à la présidence tournante de l'Union africaine pour s'en débarrasser.
La nouvelle n'est pas encore officielle que Félix Tshisekedi s'est déjà invité à Lomé à la suite d'une "escale technique" impromptue de son avion en ce début du mois de novembre. L'appareil présidentiel congolais devait opérer cette escale au Nigeria. Mais, un peu moins d'une heure avant cette approche, les autorités togolaises ont été averties que l'aéronef devait se poser à Lomé pour "des raisons météorologiques".
Le ministre des Affaires étrangères togolais, flanqué de certains de ses conseillers bons connaisseurs du dossier congolais, s'est rendu à l'aéroport pour accueillir Félix Tshisekedi et sa petite suite. Le président du Conseil, Faure Gnassingbé, s'est aussi déplacé pour saluer le président congolais. Officiellement, rien que du très protocolaire… mais, généreux et bien informé, le président congolais s'est gracieusement proposé pour prendre en charge les frais de ces futures négociations. Une proposition qui, si elle devait être acceptée, jetterait déjà le doute sur l'indépendance d'un arbitre qui dépendrait financièrement d'un des deux négociants.
Bujumbura attend d'entrer dans la danse
La RDC sait que le temps joue pour elle. La prochaine présidence de l'Union africaine reviendra, en février prochain, au Burundi, le principal soutien de Félix Tshisekedi et un acteur direct de la crise dans la région des Grands Lacs.