Blocus et rapts, les nouvelles armes des djihadistes maliens
Depuis le mois de septembre, les islamistes perturbent le ravitaillement des grandes villes.

- Publié le 13-11-2025 à 19h25

Ces derniers mois, le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM) a modifié sa stratégie. Pour espérer paralyser l'activité économique du Mali et aboutir à terme à une éventuelle chute de la junte au pouvoir, les terroristes misent sur deux axes essentiels : l'enlèvement de ressortissants étrangers et la pénurie de carburant.
L'objectif du premier "pilier" de cette guerre économique est de freiner, voire paralyser les investissements internationaux en suscitant la psychose dans les rangs des investisseurs étrangers potentiels. Une tactique qui permet aussi de remplir les caisses du mouvement à coups de centaines de milliers de dollars.
"Entre mai et octobre 2025, au moins 22 ressortissants étrangers ont été enlevés – soit environ le double du précédent record qui datait de 2022 avec 13 rapts", a expliqué à l'AFP Héni Nsaibia, analyste principal pour l'Afrique de l'Ouest chez l'ONG ACLED, qui recense les victimes de conflits dans le monde.
"Les victimes sont des ressortissants chinois, indiens, égyptiens, émiratis, iraniens, ainsi que trois personnes originaires de l'ex-Yougoslavie (un Serbe, un Croate et un Bosnien)", précise M. Nsaibia.
50 millions $ de rançon
Le 26 septembre, un Émirati de la famille royale évoluant dans le business de l'or et deux de ses collaborateurs iranien et pakistanais avaient été enlevés par le JNIM près de Bamako.
Une première somme de "400 millions de francs CFA (plus de 700 000 dollars)" a été versée au JNIM pour obtenir "des preuves de vie" des otages, qui ont ensuite été libérés fin octobre contre une rançon de "50 millions de dollars au moins", selon une source proche des négociations.
"Les 50 millions de dollars représentent la rançon la plus élevée jamais connue dans la région et constituent un apport financier majeur pour le JNIM", affirme Héni Nsaibia.
Outre cette somme colossale, les islamistes ont aussi obtenu "la libération d'une trentaine de leurs prisonniers" détenus par les renseignements maliens, a ajouté une source sécuritaire malienne, qui confirme aussi le montant exorbitant.
Asphyxier tout le business
Le deuxième "pilier" de cette guerre économique consiste à couper les axes routiers qui relient la capitale Bamako aux autres grandes villes du pays. Les camions-citernes qui transportent le carburant sont la première cible des djihadistes qui organisent ainsi un blocus qui commence à paralyser l'essentielle de l'économie malienne. "Ici, tout dépend du pétrole", explique Alioune B., journaliste malien installé dans la capitale. "Nous sommes un pays enclavé, nous n'avons donc pas d'accès à la mer et nous ne produisons pas de pétrole. L'essentiel de ce que nous importons et de ce que nous exportons passe par la route. Pas d'essence, pas de transport et donc pas d'activité économique".
Dans ce pays du Sahel, les énergies alternatives représentent moins de 30 % pour la production de l'électricité (4 % pour le solaire et un peu plus de 26 % pour l'hydraulique). Le solde est produit par le thermique. En orchestrant ce blocus, les djihadistes grippent encore un peu plus la distribution de l'électricité déjà compliquée dans ce pays.
Du coup, tous les tarifs s'envolent. Un prix plancher pour l'essence a été imposé à la pompe. 775 FCFA le litre (1,18 €). Mais les files d'attente kilométriques devant chaque station ont fait exploser le marché parallèle toujours très florissant dans la région. Au marché noir, le litre d'essence se vend désormais à plus de 2 200 FCFA (3,35 euros), avec un impact automatique sur tous les prix des biens à la consommation. L'inflation s'envole et, à l'intérieur du pays, les agriculteurs ne parviennent plus à écouler leur production vu les difficultés de logistique, ce qui commence à créer des situations de pénurie pour les fruits et légumes, ce qui accroît encore le mécontentement d'une population qui se lasse de plus en plus des promesses non tenues des militaires au pouvoir.