La controverse sur les archives de Trump pourrait provoquer une crise politique inédite
Le ministère de la Justice prendra-t-il le risque de poursuivre un ancien Président?

- Publié le 29-08-2022 à 19h34
- Mis à jour le 29-08-2022 à 19h36

Ce qui semblait n'être au départ qu'une querelle bureaucratique à propos de documents à archiver, menace à présent de déboucher sur une instruction criminelle et une crise politique sans précédent. Le ministère américain de la Justice, qui mène une enquête inédite après avoir ordonné une perquisition à Mar-a-Lago, la résidence de Donald Trump en Floride, pourrait se trouver bientôt confronté à un choix cornélien : poursuivre ou non un ancien président des États-Unis, avec la possibilité de le voir condamné à plusieurs années de prison. En sachant que cet ex-Président reste très populaire et songe à se représenter en 2024.
L'affaire a déjà connu quelques rebondissements dont la décision rendue par un juge, vendredi dernier, de publier, dans une version censurée, le mandat autorisant le raid du FBI à Mar-a-Lago. On en sait donc plus désormais sur les motivations du ministère de la Justice, parmi lesquelles la crainte que des documents conservés à Mar-a-Lago ne tombent en de mauvaises mains et mettent en danger des agents secrets ou des informateurs des services de renseignement américains.
La divulgation du mandat a également permis d'apprendre que le FBI avait identifié 184 documents classés confidentiels parmi ceux qui se trouvaient dans les quinze boîtes déjà récupérées en janvier dernier au domicile de Donald Trump à Palm Beach.
Des requêtes restées vaines
Si l'affaire est largement médiatisée depuis la perquisition du 8 août, elle est, en effet, beaucoup plus ancienne et aurait débuté avant même que Trump quitte la Maison-Blanche, à en croire le Washington Post. La National Archives and Records Administration (Nara) aurait dès ce moment réclamé une vingtaine de boîtes au Président sortant, réitérant ses requêtes pendant des mois, tantôt aimablement, tantôt en invoquant de façon plus menaçante l'obligation de se conformer aux exigences du Presidential Records Act de 1978. Cette loi avait été votée dans la foulée du Watergate, alors que Richard Nixon voulait détruire les fameux enregistrements qui avaient été au cœur du scandale.
C'est ainsi que les responsables de la Nara ont fini par retrouver un premier lot, en janvier ; un extraordinaire fouillis dans lequel, selon des sources citées par le Washington Post, les documents "top secret" côtoyaient des coupures de presse et des menus de dîners officiels. Mais, en les inventoriant, les archivistes sont arrivés à la conclusion qu'il manquait toujours de nombreuses pièces. Sur la suite, les versions divergent.
En intentant une action en justice, le 22 août, pour obtenir la désignation d'un expert indépendant (special master) qui ferait le tri dans ce qui a été saisi en vue de restituer à Donald Trump ce qui doit l'être, les avocats de l'ancien Président ont invoqué une coopération exemplaire de sa part, citant à l'appui le feu vert donné à une première visite du FBI à Mar-a-Lago en juin. Le ministère de la Justice n'est pas de cet avis - d'où la perquisition du 8 août.
Complot à la Nara
Toujours est-il que le ministre, le Démocrate Merrick Garland, devra in fine déterminer si Donald Trump a violé plusieurs lois dont… l'Espionage Act de 1917. Dans le contexte extrêmement polarisé de la vie politique américaine, on mesure les conséquences d'une telle décision. Déjà, on prête à la Nara une conspiration pour ruiner les ambitions de l'ex-Président, ce qui ravit les uns et indigne les autres. L'archiviste en chef de cette institution, dont la plupart des Américains devaient jusque-là ignorer l'existence, Debra Steidel Wall, a dû prendre l'initiative d'adresser un message au personnel pour le prier de se concentrer sur son travail comme si de rien n'était.