Donald Trump s'enfonce dans l'affaire des documents secrets saisis à Mar-a-Lago
L'enregistrement d'une conversation de juillet 2021 suggère que l'ancien Président détenait sciemment des documents confidentiels, alors qu'il a toujours prétendu les avoir conservés par inadvertance après sa sortie de charge.

- Publié le 27-06-2023 à 16h09
- Mis à jour le 27-06-2023 à 16h51

CNN et le Washington Post ont dévoilé lundi le contenu d'une conversation qui pourrait se révéler accablante pour Donald Trump dans le procès qui lui est intenté pour avoir conservé des documents classés "secret" dans sa résidence de Mar-a-Lago, en Floride, après sa sortie de charge en janvier 2021. L'enregistrement de cette conversation avait été obtenu par le procureur indépendant, Jack Smith, qui mène l'enquête, mais n'avait pas été porté à la connaissance du public.
La conversation remonte à juillet 2021, dans le club de golf de l'ancien Président à Bedminster, dans le New Jersey. Dans l'enregistrement, on entend Donald Trump fanfaronner, devant deux collaborateurs, ainsi que l'éditeur et l'auteur d'un livre alors à paraître, au sujet d'un document confidentiel qu'il aurait pu, précise-t-il, "déclassifier". Mais il ne l'a pas fait et, "à présent, je ne peux plus", badine Trump avec délectation.
Un projet d'invasion de l'Iran
On sait que l'auteur qui a assisté à la scène – et qui l'a, au demeurant, racontée dans son livre, The Chief's Chief – n'était autre que Mark Meadows, qui fut le secrétaire général de la Maison-Blanche durant les dix derniers mois de la présidence de Trump. Selon lui, le document de quatre pages décrivait un éventuel projet d'invasion de l'Iran, qui aurait été préparé par le Pentagone et le chef d'état-major général, Mark Milley, en personne.
Des responsables de la Défense avaient réagi, lors de la sortie du livre, en indiquant que le général Milley n'avait jamais recommandé d'envahir l'Iran et n'avait rédigé aucune note en ce sens, mais que c'était une pratique courante, pour toutes les Administrations américaines, en cas de crise internationale, d'envisager toutes les options possibles, y compris des actions militaires. Une attaque contre l'Iran peut ainsi faire partie des scénarios considérés à un moment donné.
D'aucuns suspectent Donald Trump d'avoir, dans cet entretien, voulu salir la réputation de Mark Milley, qui était présenté à l'époque comme un des garde-fous de la Maison-Blanche, une des personnalités respectées à qui l'on faisait appel pour calmer les ardeurs inconsidérées du Président. Mais ce qui importe avant tout, c'est que l'enregistrement apporte un démenti aux affirmations de Trump qui a toujours prétendu avoir conservé des documents destinés à la garde des Archives nationales par inadvertance.
L'enquête a, par ailleurs, apporté la preuve d'une autre situation dans laquelle, en août ou septembre 2021, l'ancien Président a montré à un donateur de sa campagne électorale une carte "classifiée" d'un pays dont le nom n'a pas été révélé, en prenant soin de lui dire que le document était "top secret" et qu'il n'était pas censé le lui soumettre.
De la distraction à la négligence, l'affaire des documents égarés semble devoir passer désormais au rang de l'irresponsabilité. La justice en débattra à partir de la mi-juillet.