Comment Donald Trump s'est donné une image faussement flatteuse
Pendant dix ans, l'homme d'affaires devenu Président a gonflé son patrimoine et abusé de la confiance des banques, des assurances et de ses partenaires. La procureure générale de New York, qui estime détenir des preuves irréfutables, veut une procédure accélérée pour le faire condamner.

- Publié le 31-08-2023 à 12h29
- Mis à jour le 31-08-2023 à 12h41

Les déboires – et les débours – judiciaires de Donald Trump pourraient connaître un coup d'envoi anticipé si un juge new-yorkais fait suite à la requête de la procureure générale de l'État, Laetitia James, qui estime inutile d'attendre le procès prévu le 2 octobre pour condamner Donald Trump dans un dossier de fraude commerciale qui s'étale sur dix ans, de 2011 à 2021, y compris donc la période durant laquelle le prévenu occupait la Maison-Blanche. C'est l'un des trois procès civils à charge de l'ancien Président, par ailleurs inculpé dans les quatre affaires pénales qui défraient la chronique depuis des mois.
Pour trancher, estime le bureau de la procureure dans un mémorandum de cent pages, le juge, Arthur Engoron, qui a désormais fixé une audience préliminaire au 22 septembre, doit seulement répondre à deux questions. Il doit déterminer si les déclarations annuelles de patrimoine de Donald Trump étaient fausses ou trompeuses, et si Donald Trump et son conglomérat d'entreprises, la Trump Organization, ont utilisé ces déclarations pour mener leurs affaires. Pour l'accusation, la réponse est, dans les deux cas, "un oui retentissant", qui s'appuie sur "une montagne de preuves irréfutables".
Dorer son image et tromper son monde
Donald Trump aurait ainsi gonflé son patrimoine – d'un montant total variant, selon les années, de 812 millions à 2,2 milliards de dollars – pour tromper les banques, les assurances et ses partenaires en affaires. En augmentant ainsi, parfois de 39 %, la valeur de ses propriétés, il dorait son image et affichait une santé financière susceptible de favoriser la conclusion de contrats ou l'obtention de prêts à des conditions plus intéressantes. Pour qualifier l'esprit du stratagème, Laetitia James paraphrase le titre du fameux ouvrage signé par Donald Trump en 1987, "The Art of the Deal" (L'art de la transaction), pour en faire "The Art of the Steal" (L'art du vol).
La procureure en donne des illustrations. La célèbre Trump Tower à Manhattan a ainsi été surévaluée de 175 millions de dollars en 2018 et de 323 millions l'année suivante. Le procédé a été utilisé pour les autres propriétés de l'ex-Président, dont sa résidence en Floride, Mar-a-Lago, ses terrains de golf, ses hôtels et ses immeubles de bureaux. Dans d'autres cas, Donald Trump gonflait la valeur de ses biens immobiliers en mentant sur leurs possibilités de développement, par exemple la construction de villas près de son golf en Écosse.
Trump, mais aussi ses enfants
Les poursuites, dans ce dossier, ont été lancées en septembre 2022. Elles visent non seulement Donald Trump, mais aussi ses fils Donald Jr et Eric, ainsi que d'autres responsables de la Trump Organization. Ivanka Trump, initialement citée, ne l'est plus en raison de la prescription des faits dans son cas. L'accusation réclame 250 millions de dollars d'amende, mais aussi l'interdiction pour Donald Trump de faire des affaires à New York. L'ancien Président avait été interrogé pendant sept heures, en avril dernier, dans les bureaux de Laetitia James – une procureure afro-américaine que Trump, dénonçant "une chasse aux sorcières", a qualifiée de "raciste".