Les émeutiers du Capitole lourdement condamnés pour avoir... écouté Donald Trump
L'ancien chef des Proud Boys, Henry "Enrique" Tarrio, a écopé mardi de 22 ans de prison. Le procès de cette milice d'extrême droite, fer de lance de l'insurrection du 6 janvier 2021, a mis en lumière le rôle joué par l'ancien Président dans le déclenchement du drame.

- Publié le 06-09-2023 à 16h29
- Mis à jour le 06-09-2023 à 16h36

Vingt-deux ans de prison. C'est la peine infligée mardi à Henry "Enrique" Tarrio, la plus lourde prononcée jusqu'ici contre un des émeutiers du Capitole. À l'époque chef des Proud Boys, un groupuscule néofasciste, Tarrio n'était pas sur les lieux quand une foule de partisans de Donald Trump a pris d'assaut le siège du pouvoir législatif à Washington (il avait été arrêté l'avant-veille pour un autre délit), mais l'activiste d'extrême droite, aujourd'hui âgé de 39 ans, est considéré comme un des meneurs de l'insurrection. Il avait notamment recruté deux cents militants et planifié leur expédition punitive contre le Congrès qui devait, ce jour-là, certifier les résultats de l'élection présidentielle.
Le parquet fédéral avait requis 33 ans de réclusion à l'encontre de Tarrio. Le juge Timothy Kelly du district de Columbia (Washington) ne l'a pas suivi, bien qu'il ait accepté de requalifier les faits en actions terroristes justifiant des condamnations plus sévères. Il a estimé que l'intention du prévenu n'avait pas été de tuer des gens. Quand on sait que les émeutiers avaient clamé leur volonté de pendre haut et court aussi bien la cheffe de file des Démocrates à la Chambre, Nancy Pelosi, que le vice-Président des États-Unis, le Républicain Mike Pence, obligeant les services de sécurité à exfiltrer prestement députés et sénateurs des deux partis, Tarrio s'en sort bien. Comme les quatre prévenus qui étaient jugés avec lui : Ethan Nordean, Joseph Biggs, Zachary Rehl et Dominic Pezzola. Ils écopent respectivement de 18, 17, 15 et 10 ans d'emprisonnement.
Des centaines de condamnations
La condamnation de ces cinq dirigeants des Proud Boys survient après celle de cinq responsables d'une autre milice d'extrême droite, les Oath Keepers ("les gardiens du serment"), dont son fondateur, Stewart Rhodes, qui s'était vu infliger, le 23 mai, 18 ans de prison. Au total, ce sont plusieurs centaines de partisans fanatisés de Donald Trump qui ont déjà été condamnés, parmi lesquels plusieurs têtes d'affiche dont le fameux "homme aux cornes de bison", Jake Angeli, alias QAnon Shaman, qui s'en tire avec 41 mois de détention.
Au-delà des peines prononcées, et dans la perspective des deux procès qui attendent Donald Trump, à Washington et en Géorgie, pour avoir tenté de manipuler les résultats de l'élection présidentielle de 2020, ce qui retient l'attention, ce sont les dépositions des prévenus qui assurent n'avoir fait que répondre, le 6 janvier, à l'appel du Président. Convaincus par les médias complotistes, mais aussi par des chaînes comme Fox News, que la victoire lui avait été "volée", les émeutiers ont cru remplir leur devoir patriotique en chassant les "usurpateurs".
Une expression de soutien controversée
La conviction était d'autant mieux ancrée chez les Proud Boys que Donald Trump avait paru leur accorder une place particulière parmi ses partisans. Lors du premier débat présidentiel, le 29 septembre 2020, alors que le modérateur le priait de dire s'il désavouait les récentes manifestations violentes des suprémacistes blancs, de l'Oregon à New York, le candidat républicain avait opté pour la provocation en déclarant qu'il invitait les Proud Boys "à se lever et se tenir en réserve". Donald Trump avait fait plus tard marche arrière en prétendant ne pas savoir grand-chose de cette organisation apparue en 2016, mais les responsables de celle-ci avaient préféré ne retenir que l'adoubement initial.
Avant même d'annoncer ses intentions pour 2024, Donald Trump avait promis, s'il était réélu, de gracier les condamnés du Capitole (lesquels vont entre-temps interjeter appel). Il s'est montré moins catégorique depuis qu'il est candidat, mais il n'a sans doute aucune raison de ne pas tenir sa promesse. S'ils ont, pour la plupart, dûment fait leur acte de contrition au tribunal dans l'espoir d'adoucir la sentence, les prévenus n'ont pas tous renié leurs croyances. "Trump a gagné !", a ainsi lancé Dominic Pezzola en quittant la salle d'audience.