Grosses tensions dans l'entourage de Donald Trump : une réunion Maga dégénère
Le vice-président américain J.D. Vance a clôturé l'AmericaFest, le rassemblement du mouvement conservateur. Les intervenants s'y sont échangés quelques noms d'oiseau.

- Publié le 23-12-2025 à 13h05
- Mis à jour le 23-12-2025 à 17h17

L'AmericaFest, le rassemblement annuel du mouvement conservateur Turning Point USA (TPUSA), qui s'est achevé le 22 décembre, à Phoenix, en Arizona, a pris un tour singulier – bien qu'attendu. Entre la célébration de la mémoire de son fondateur Charlie Kirk, assassiné en septembre, la succession des discours a mis en évidence les dissensions de la base du mouvement Maga (d'après le slogan de Donald Trump, "Make America great again").
Ainsi en va-t-il souvent des courants incarnés par un leader populiste quand s'annonce l'heure de la succession. Donald Trump est encore à trois ans de la fin de son mandat, mais la question de l'après se pose d'autant plus que les élus républicains redoutent une déroute électorale lors des élections de mi-mandat, qui auront lieu en novembre 2026. Plusieurs récents succès dans les urnes des Démocrates sonnent comme un avertissement.
Relents antisémites
Fait significatif : les intervenants ont moins visé les Démocrates, les libéraux ou les wokistes radicaux que ceux, au sein de la droite conservatrice, qui seraient des "imposteurs", des "escrocs" ou un "cancer" – au point que Benny Johnson, un podcasteur, regrette l'union qui a prévalu au moment des funérailles de Charlie Kirk.
Ben Shapiro a visé l'influenceuse Candace Owens, accusée de propager des théories du complot aux relents antisémites. De façon confondante, le fondateur du site The Daily Wire reproche à celle qui a répandu la rumeur d'une Brigitte Macron transgenre, d'avancer des théories du complot sous prétexte de "simplement poser des questions" – ce qui est, précisément, la méthode éprouvée de l'écosystème complotiste et de la droite ultra.

Autre cible de Ben Shapiro, Tucker Carlson, ancien animateur de Fox News de plus en plus radicalisé, qui a récemment interviewé Nick Fuentes, antisémite assumé – un "acte d'imbécillité morale", selon le premier. Le 28 octobre, Tucker Carlson l'a reçu dans son émission avec une attitude d'une rare complaisance.
Fuentes, 27 ans, a proclamé sur X – mi-novembre – que "Maga est mort". Avec ses partisans, les "groypers", Fuentes ne fait pas mystère de son antisémitisme ni de son admiration d'Adolf Hitler. L'épisode a cristallisé une vague de réactions, opposants conservateurs classiques à une frange ultraconservatrice à l'antisémitisme atavique.
Retour à l'envoyeur sur la scène de l'AmericaFest, Tucker Carlson a qualifié Shapiro de "pompeux". Et quand Steve Bannon, ancien conseiller de Donald Trump durant son premier mandat, traite Ben Shapiro, un juif orthodoxe, de "cancer" pour le mouvement certains démons s'invitent sur scène.
Le malaise de Vivek Ramaswamy
Echo d'un malaise identitaire plus large, Vivek Ramaswamy, éphémère codirecteur du Doge avec Elon Musk, et candidat au poste de gouverneur de l'Ohio, naguère occupé par le vice-président J. D. Vance, a critiqué ceux qui estiment que les "Américains de souche" — soit les familles installées dans le pays depuis plusieurs générations — prévaudraient sur les nouveaux arrivants. Le milliardaire d'ascendance indienne réfute la notion comme "fondamentalement antiaméricaine" et "aussi farfelue que tout ce que la gauche woke a pu proposer".

Même s'il est sans doute un peu tôt pour le clamer, Erika Kirk, la veuve de Charlie Kirk, a promis que "nous allons faire élire l'ami de mon mari, J. D. Vance, comme 48e [président des États-Unis] de la façon la plus retentissante possible". Dans son discours de clôture de l'événement, le vice-Président a évolué sur une délicate ligne de crête rhétorique en cherchant à ne s'aliéner personne, rejetant les "tests de pureté autodestructeurs".
Clin d'oeil à ceux qui suivent le podcast de Candace Owens, J.D. Vance a avoué avoir passé des nuits blanches à analyser chaque vidéo du drame, "faire des recherches sur chaque théorie complotiste". Sans rien trouver, naturellement…
Converti tardif, tant au trumpisme, comme l'a rappelé récemment la cheffe de cabinet de Donald Trump, Susie Wiles, qu'au catholicisme, le vice-président a brandi haut l'étendard du "nationalisme chrétien" : "Je ne dis pas que vous devez être chrétien pour être américain. Je dis quelque chose de plus simple et de plus vrai. Le christianisme est la foi de l'Amérique". Ceux qui ne seraient pas chrétiens ont une autre option : "la seule chose que nous demandons est que vous soyez un grand patriote américain". Les juifs américains, sans même parler des autres confessions, apprécieront.