Affaire Epstein : le ministère américain de la Justice vole au secours de Donald Trump
Sans surprise, son nom apparaît à de multiples reprises, y compris dans une lettre obscène. Il aurait pris place "au moins huit fois" dans le jet privé du délinquant sexuel.

- Publié le 24-12-2025 à 12h09
- Mis à jour le 26-02-2026 à 09h16

"Notre président partage aussi notre amour des jeunes filles nubiles". La phrase est extraite des quelque 80 000 pages des dossiers Epstein que le ministère américain de la Justice a été contraint de révéler le 19 décembre.
L'affirmation apparaît dans une lettre manuscrite apparemment signée du délinquant sexuel Jeffrey Epstein et destinée à Larry Nassar, ex-médecin de l'équipe américaine de gymnastique, condamné à la prison à vie pour abus sexuels sur plus de 150 victimes. Elle s'accompagne d'une référence à une citation obscène attribuée à Donald Trump : "Quand une jeune beauté passait devant lui, il adorait 'attraper (sa) chatte'".
"Le simple fait qu'un document soit rendu public par le ministère de la Justice ne signifie pas que les accusations ou affirmations qu'il contient soient factuelles", s'est empressé de préciser le département de la Justice. "Le FBI a confirmé que cette prétendue lettre […] était FAUSSE", lit-on sur le compte du ministère de la Justice, sur le réseau social X. Toute présomption d'innocence mise à part, cette défense du président de la part du ministère – supposé neutre et indépendant – est inédite.
Selon la police fédérale, l'écriture ne semble pas correspondre à celle de Jeffrey Epstein et le courrier a été traité trois jours après la mort en prison de l'ancien financier en 2019, avant son procès. Il n'empêche, cette lettre est l'une des pièces plus commentées depuis la divulgation des 11 039 fichiers dévoilés la semaine dernière, après le vote quasi unanime – moins une voix – du Congrès en novembre, imposant la publication complète de toutes les archives à disposition du ministère de la Justice.

Gestion chaotique
La gestion chaotique de cette nouvelle divulgation, loin de dissiper les soupçons de dissimulation, les a renforcés un peu plus. Plusieurs documents ont été largement expurgés. Certaines pièces, dont des photos, ont été publiées en ligne, puis retirées, puis publiées à nouveau.
Donald Trump, qui n'a jamais été accusé d'actes criminels en rapport avec l'ancien financier, a tenté en vain d'empêcher la publication des documents, suscitant l'incompréhension de nombreux partisans de son mouvement Maga ("Make America Great Again"). Lundi, il a dit craindre que cette diffusion, à laquelle le gouvernement est contraint par une loi du Congrès, votée le mois dernier, n'affecte "l'image" de personnes "ayant innocemment rencontré" Jeffrey Epstein dans des soirées. "Tout le monde était ami avec ce gars. Soit ami, ou pas ami", s'est justifié Donald Trump.

Dix "complices"
Une autre pièce saillante est un échange de courriers électroniques, daté du lendemain de l'arrestation de Jeffrey Epstein, en juillet 2019, pour trafic sexuel. Les enquêteurs essayent alors de contacter dix co-conspirateurs. Mais seulement trois noms sont lisibles : Ghislaine Maxwell, Jean-Luc Brunel, agent français de mannequins, lui aussi retrouvé pendu dans sa cellule en 2022, et Leslie Wexner, autre entrepreneur proche de Jeffrey Epstein, avant de prendre ses distances.
"Le ministère de la Justice doit faire davantage la lumière sur qui était sur la liste, sur leur implication et sur sa décision de ne pas poursuivre" ces personnes, s'est indigné le chef de file des Démocrates au Sénat, Chuck Schumer.
Huit vols dans le jet d'Epstein
Un troisième document d'enquête est potentiellement gênant pour le président américain, qui affirmait en janvier 2024 sur son réseau sur Truth Social, qu'il n'avait "jamais été dans l'avion d'Epstein ou sur son île 'stupide'". Un courriel écrit en janvier 2020 par le procureur adjoint de New York mentionne les registres de vol du jet privé d'Epstein.
Selon ce courriel, Donald Trump a voyagé "au moins huit fois" dans cet avion entre 1993 et 1996, dont quatre fois avec Ghislaine Maxwell, la compagne de Jeffrey Epstein. Responsable du recrutement des victimes, souvent mineures, elle a été condamnée et purge une peine de vingt ans de prison. Lors de deux de ces vols, parmi les passagers, se trouvaient deux femmes "qui pourraient être témoins" dans le procès Maxwell, selon le procureur adjoint.
D'autres documents dévoilés décrivent des témoignages reçus par la police fédérale lors de son enquête. L'un d'entre eux, dont rien ne dit qu'il a été corroboré, mentionne une fête "pour prostituées" qui semble avoir été organisée en 2000 à Mar-a-Lago, la résidence de Floride de Donald Trump. Affirmations "fausses et sensationnalistes", précise encore le ministère de la Justice, qui assure que "si elles avaient la moindre crédibilité, elles auraient déjà été utilisées".