Le Pentagone fixe un ultimatum à la start-up Anthropic pour lever les restrictions sur son modèle d'intelligence artificielle Claude
La firme californienne redoute que son IA soit utilisée à des fins de surveillance généralisée ou par des armes trop autonomes.

- Publié le 25-02-2026 à 19h03

Tout le monde dans la Silicon Valley n'est pas dans les bonnes grâces de l'Administration Trump. Le ministre américain de la Défense Pete Hegseth a fixé mardi un ultimatum à la start-up d'intelligence artificielle (IA) Anthropic pour qu'elle lève toutes les restrictions d'utilisation par défaut de son modèle d'IA (baptisée Claude), afin d'élargir les cas d'usage possibles par le Pentagone tant qu'ils restent dans la légalité.
Anthropic a jusqu'à vendredi à 22H01 GMT pour s'exécuter, faute de quoi le ministre entend user d'une loi votée en 1950, qui permet de forcer une entreprise privée à produire des biens pour la Défense nationale, a indiqué un responsable à l'Agence France Presse (AFP).
C'est quoi Anthropic ?
Fondée en 2021 par des dissidents d'OpenAI, Anthropic fait partie des start-up auxquelles l'armée américaine a accordé, à l'été 2025, un contrat de 200 millions de dollars (168 millions d'euros) pour accéder à ses modèles, dont l'assistant Claude. Les autres contractants sont OpenAI (ChatGPT), Google (Gemini) et xAI (Grok).
Toutes ont donné leur accord à l'élargissement des usages, y compris Anthropic. Mais l'entreprise californienne souhaite néanmoins empêcher le recours à son IA dans deux cas : la surveillance de masse des populations et l'automatisation d'une attaque mortelle.
En cas de refus, Pete Hegseth entend également faire inscrire Anthropic sur la liste des sociétés qui présentent "un risque pour les approvisionnements". Celles-ci subissent alors des restrictions drastiques en matière de contrats avec le gouvernement américain. N'y figurent à ce jour que des sociétés étrangères, dont la chinoise Huawei ou la société russe des logiciels antivirus Kaspersky.
Quel est le problème ?
Anthropic, qui revendique une approche éthique de l'IA, s'oppose à l'utilisation de ses outils pour surveiller des populations ou fabriquer des armes trop autonomes, rapportait en janvier l'agence Reuters. Conformément à une note du 9 janvier sur la stratégie en matière d'IA, les responsables du Pentagone souhaitent de leur côté pouvoir élargir les usages possibles des IA, à condition qu'elles respectent la législation américaine, selon certaines sources.
Début 2026, la start-up a publié un document appelé "constitution" qui détaille une série d'instructions données à Claude pour encadrer sa production. Elles visent notamment à "empêcher des actions à la dangerosité inappropriée". Or, selon des sources du Pentagone, citées par le site Axios, Claude est le seul modèle d'IA disponible dans les systèmes classifiés de l'armée, et le plus performant pour les missions sensibles de défense et de renseignement. Ce qui explique le mécontentement de l'administration américaine.
Quelles sont les inquiétudes ?
Dans un mémo sur l'IA publié le 9 septembre, Pete Hegseth a invité les militaires à utiliser les IA libres de toutes "contraintes juridiques pouvant limiter des usages militaires légaux". En réponse, Dario Amodei a de son côté tracé certaines "lignes rouges" dans un essai, The Adolescence of Technology, publié sur son blog le 26 janvier. Il y met en garde contre "les abus de l'IA dans nos démocraties". Tout en admettant le soutien à la défense nationale, il plaide pour l'instauration de "limites à l'usage autorisé de cette technologie par nos gouvernements". La surveillance est ainsi prohibée par les règles d'utilisation d'Anthropic.
Toujours selon Axios, l'armée aurait utilisé Claude dans son opération de capture de Nicolás Maduro, le président du Venezuela. Ni Anthropic, ni le Pentagone n'ont confirmé l'information. Suite à la mort de Renee Good et Alex Pretti, abattus par des agents de la police des frontières à Minneapolis, en janvier, certains acteurs de la Silicon Valley s'inquiètent désormais de l'utilisation par le gouvernement de leurs outils à des fins potentiellement violentes.
"Cela n'a rien à voir avec la surveillance de masse et l'utilisation des armes autonomes", a déclaré un responsable du Pentagone au site Semafor, à propos de l'élargissement des utilisations possibles. Le cadre légal que le ministre de la Défense assure vouloir respecter est sujet à caution, toutefois. Pete Hegseth plaide pour la suppression des règles d'engagement restrictives "stupides" au profit d'une létalité maximale, comme en témoignent les frappes de ces derniers mois contre des narcotrafiquants présumés dans les Caraïbes, dont la légalité est contestée.