Il y a soixante ans, la première femme élue Présidente entrait à la Maison Blanche (à Hollywood)
Elles sont déjà une quinzaine de femmes à avoir ont brisé le plafond de verre à l'écran.

- Publié le 22-08-2024 à 10h58

Les amateurs de séries connaissent déjà quelques femmes élues à la présidence des États-Unis ou des vice-présidentes entrée en fonction après la mort ou l'assassinat du Président. Citons, parmi la quinzaine qui ont déjà brisé le plafond de verre sur les écrans, la vice-Présidente Selina Meyer (Julia Louis-Dreyfus) devenue présidente en 2015 dans la quatrième saison de Veep (abréviation de vice president, en anglais) et la glaçante Claire Underwood (Robin Wright), qui occupe le bureau ovale à la fin de la neuvième saison de House of Cards (2017) quand son colistier de mari Frank démissionne suite à un scandale (comme son interprète, Kevin Spacey, éjecté de la série).
Coïncidence : alors que Kamala Harris est officiellement investie candidate démocrate à la présidence des États-Unis, on commémore deux anniversaires de femmes présidentes au cinéma. Le centenaire de la toute première dans la comédie de science-fiction The Last Man on Earth (1924). Comme le titre l'indique, si une femme préside les États-Unis, c'est par défaut après l'éradication de la gent masculine suite à une épidémie.
Autre anniversaire, comme un heureux présage : il y a tout juste soixante ans, le 21 août 1964, sortait dans les salles américaines Kisses for My President, qui imaginait l'élection d'une femme à la présidence, Leslie McCloud,à la grande surprise de son mari Thad.
Produit par la Warner, studio plutôt progressiste, Kisses for My President est une aimable comédie plus qu'un film résolument politique. Son réalisateur Kurt Bernhardt (1899-1981)reste dans les mémoires comme l'auteur de Sirocco (1951), film noir avec Humphrey Bogart.

Le scénario se soucie essentiellement du bouleversement qu'implique l'élection de Leslie pour Thad, qui doit remplir les fonctions protocolaires dévolues à la Première dame et compenser l'indisponibilité de Madame auprès de leurs enfants. Découvrant le job de First Gentleman au jour le jour, Thad cumule les gaffes et les faux pas tout en se languissant de retrouver son épouse entre deux crises internationales.
Présidente zélée et sérieuse
Le récit est centré sur Monsieur, donc (le titre francophone du film est Un mari à tout faire). C'est d'ailleurs le nom de l'acteur Fred MacMurray qui apparaît le premier au générique, avant celui de sa partenaire Polly Bergen. MacMurray était un habitué des rôles de brave type ou de gendre idéal dans des comédies romantiques (à l'exception notable d'un contre-emploi d'amant criminel dans le film noir Assurance sur la mort de Billy Wilder). De nos jours, on attribuerait son rôle dans Kisses for My President à un Tom Hanks ou un George Clooney.
Bien que très superficiel sur le fond, le scénario a au moins le mérite de montrer une femme qui prend sa mission très au sérieux et la remplit avec zèle. Madame le Président tient tête à un dictateur latino-américain (caricatural et interprété par Eli Wallach, le Truand de Sergio Leone) ou à l'ambassadeur soviétique (c'est encore la guerre froide). Ce qui ne l'empêche pas de recevoir dans le bureau ovale la maîtresse d'école de son cadet, suite à une bêtise de ce dernier…
Retour à l'ordre patriarcal
On se permet ici, une fois n'est pas coutume, de révéler la fin de Kisses for My President, afin de démontrer les limites de ce regard avant-gardiste. La présidente McCloud démissionne après avoir découvert qu'elle est enceinte. "Tu comprends qu'il a fallu 40 millions de femmes pour te faire entrer à la Maison Blanche…" fait remarquer Thad à sa femme, qui conclut : "Et un seul homme pour m'en faire sortir". Retour à l'ordre patriarcal, donc.
Le film a eu un double épilogue, sur le long terme. Polly Bergen a joué la mère de Geena Davis dans l'éphémère série Commander in Chief (2005-2006), où la seconde incarne une vice-présidente qui prend les rênes du pouvoir suite à un accident vasculaire cérébral du Président des États-Unis. L'actrice, décédée en 2014, a aussi soutenu activement Hillary Clinton, lors de sa campagne présidentielle en 2016.