Donald Trump à la merci d'un candidat extravagant en Caroline du Nord
Exhumés par CNN, d'anciens propos orduriers de Mark Robinson, candidat au poste de gouverneur, ternissent les Républicains dans un Etat crucial que Donald Trump ne peut absolument pas perdre.

- Publié le 23-09-2024 à 21h11

Des déclarations outrancières d'un obscur candidat au poste de gouverneur de la Caroline du Nord vont-elles sceller le sort de Donald Trump en influençant l'issue de l'élection présidentielle ? Le scandale provoqué par des propos jadis tenus par Mark Robinson, et que CNN vient d'exhumer, n'est qu'une controverse parmi d'autres dans une campagne électorale déjà riche en rebondissements, mais il pourrait avoir des répercussions susceptibles de priver l'ancien Président d'une victoire dans un État qui, de bastion républicain, est passé désormais au statut de "swing state" au vote très incertain.
Et un "État pivot" que Donald Trump ne peut pas se permettre de perdre. Avec ses seize "grands électeurs" (un de plus qu'auparavant, suivant le dernier recensement démographique de 2020), la Caroline du Nord est le huitième plus gros enjeu de l'élection présidentielle, ex aequo avec la Géorgie. Elle était historiquement acquise aux Républicains : George W. Bush l'avait encore emportée, en 2000 et 2004, avec 56 % des voix contre 43 % à ses adversaires successifs, Al Gore et John Kerry. En 2008, cependant, Barack Obama avait créé la surprise en battant de justesse John McCain pour devenir le premier Démocrate à s'y imposer depuis Jimmy Carter en 1976.
Une victoire sans lendemain, mais…
L'exploit devait rester sans lendemain : Obama fut battu par Mitt Romney quatre ans plus tard (50,4 % contre 48,4 %). Il n'empêche que l'emprise des Républicains sur la Caroline du Nord était manifestement fragilisée. Certes, Donald Trump triompha encore d'Hillary Clinton avec un écart de 173 000 voix (49,8 % contre 46,2 %) en 2016, mais, face à Joe Biden, en 2020, la marge fut bien plus étroite : 74 500 voix seulement (49,9 % contre 48,6 %). La croissance économique, centrée sur l'innovation technologique, notamment dans le "Research Triangle" formé par les villes de Durham, Raleigh et Chapel Hill, attire une population jeune et progressiste, ce qui explique en grande partie les changements démographiques et politiques.
Nul doute que ces électeurs goûteront peu les révélations de CNN sur Mark Robinson, le Républicain qui brigue la succession de Roy Cooper comme gouverneur de la Caroline du Nord. Des messages souvent orduriers postés notamment sur des sites pornos, dont "Nude Africa", entre 2008 et 2012, par celui qui n'était pas encore le lieutenant-gouverneur (numéro deux) de l'État, non seulement projettent l'image d'un pervers, mais trahissent aussi l'hypocrisie d'un personnage dont les travers contredisent les valeurs défendues publiquement. Ainsi l'actuel pourfendeur de la communauté LGBTQ+ avouait-il se délecter à l'époque de films pornographiques mettant en scène des acteurs transgenres.
Un Afro-Américain partisan de l'esclavage
L'homme n'est pas à une contradiction près : lui qui prône l'interdiction de l'IVG, avait reconnu en 2022 avoir payé sa future épouse pour qu'elle subisse un avortement dans les années 1980. Et bien qu'afro-américain, Mark Robinson a étonnamment affirmé que "l'esclavage n'était pas mal" (précisant que des gens "sont faits pour être esclaves" et que, si la pratique était rétablie, il en achèterait volontiers quelques-uns). Il a régulièrement couvert d'injures aussi bien Martin Luther King que Barack Obama. Et s'est un jour qualifié lui-même de "nazi noir"…
La plupart de ces commentaires ont été postés sous un pseudonyme, "minisoldr", que CNN a attribué à Robinson après de multiples recoupements qui ne laissent aucune place au doute. Malgré quoi l'intéressé nie farouchement et crie au complot. Le Parti républicain local lui a renouvelé son soutien, tant que l'élu… "n'avoue pas". Beaucoup de ses admirateurs préfèrent pareillement mettre en doute la crédibilité de CNN, certains invoquant les manipulations que permet, selon eux, l'intelligence artificielle…
Un candidat désormais pestiféré
Il n'empêche que l'inquiétude ronge le camp républicain, où l'on aurait préféré que le candidat se retire (mais le délai légal est passé). Donald Trump, qui saluait en Robinson "un Martin Luther King sous stéroïdes", a pris soin de le tenir éloigné de ses meetings et ne cite plus son nom. Les sondages donnaient déjà un avantage au prétendant démocrate, le procureur général de l'État Josh Stein, et toute porte à croire que le scandale va l'amplifier.
Mais il y a pire pour les Républicains : la perspective d'un effet boule de neige. Les déboires de Mark Robinson et la perception d'une défaite annoncée pourraient décourager les électeurs républicains de se rendre aux urnes, ce qui porterait préjudice aux candidats du parti à la Chambre, au Sénat et aux Assemblées locales. Ainsi, bien sûr, qu'à Donald Trump, que les sondages donnent dans un mouchoir de poche avec Kamala Harris. Or, l'arithmétique électorale est telle que la Démocrate peut plus facilement se permettre de perdre la Caroline du Nord que le Républicain. Les experts s'accordent à penser que, sans une victoire dans cet État, il sera très difficile pour Donald Trump de s'assurer une majorité de grands électeurs au soir du 5 novembre. On devine ce que ce dernier peut aujourd'hui penser de Mark Robinson.