"Je représente une nouvelle génération de leaders" : Kamala Harris sur la défensive sur Fox News
La candidate s'exprimait pour la première fois sur la chaîne conservatrice préférée des trumpistes, mercredi soir. Un entretien combatif destiné à recruter des Républicains sur leur terre.

- Publié le 17-10-2024 à 06h44
- Mis à jour le 17-10-2024 à 15h22

"À combien estimez-vous le nombre d'immigrés sans-papiers que votre gouvernement a relâchés dans le pays en trois ans et demi ?". Dès sa question d'ouverture, Bret Baier a affiché la couleur. Pour la première interview de la candidate Kamala Harris sur Fox News, mercredi 16 octobre. Le journaliste de la chaîne conservatrice, connu pour avoir interrompu Barack Obama à seize reprises lors d'une conversation de vingt minutes, n'avait à l'évidence pas l'intention de lui dérouler le tapis rouge. Il s'est ensuivi trente minutes d'échanges courtois mais animés, où les deux protagonistes se sont parfois interrompus. "J'aurais aimé avoir une conversation basée sur une évaluation complète des faits", a lancé la vice-Présidente lors d'un échange, accusant à demi-mot son intervieweur de partialité.
L'entretien était sans conteste le plus combatif qu'elle ait mené depuis son entrée en campagne. Présentateur star de la chaîne, qui fait figure de journaliste sérieux de la Fox, Bret Baier lui a demandé si elle voulait s'excuser auprès des familles des jeunes femmes qui ont été tuées par des migrants sans-papiers. Il l'a également interrogée sur son soutien passé au financement public d'opérations de changement de sexe pour les prisonniers transgenres, l'acuité mentale de Joe Biden, le pessimisme de la majeure partie des Américains sur la trajectoire du pays…
Kamala Harris a tenté de noyer le poisson, mais quand il lui a demandé ce qu'elle ferait différemment du président sortant, elle a apporté une réponse nette : "Ma présidence ne sera pas une continuation de celle de Joe Biden, a-t-elle dit. Comme tout nouveau président, j'apporterai mes expériences de vie personnelle et professionnelle. Je représente une nouvelle génération de leadership". Et d'ajouter : "Je n'ai pas passé la majeure partie de ma carrière à Washington"… à la différence de son patron. C'est la première fois qu'elle prend ses distances de manière aussi tranchée avec celui qui l'a nommée "numéro 2" en 2020. Comme tout vice-président candidat avant elle, Kamala Harris doit trouver le bon équilibre entre assumer le bilan d'un gouvernement dont elle a fait partie et tracer son propre chemin.
Visiblement agacée par moments, la VP est toutefois restée disciplinée dans le message qu'elle voulait faire passer : le danger que représente Donald Trump. L'interview était enregistrée en marge d'un meeting en Pennsylvanie, l'un des "swing states" de la présidentielle, où elle s'est affichée aux côtés de Républicains opposés au milliardaire. Tout en rappelant qu'elle avait obtenu l'appui de nombreuses personnalités de droite, y compris des anciens alliés du 45e président, elle a appelé à "tourner la page" de presque dix années de trumpisme et affirmé que la population était "épuisée" par la rhétorique négative de son opposant.
Elle a haussé le ton en revenant sur les récents propos de son adversaire sur l'existence "d'ennemis de l'intérieur", "des gens mauvais, malades, des gauchistes radicaux lunatiques", avait-il déclaré lors d'une interview sur Fox News, dimanche, proposant de déployer l'armée contre eux. Ses détracteurs ont aussitôt crié au fascisme. "Nous sommes dans une démocratie. Un président américain doit être en mesure d'encaisser les critiques sans pour autant vouloir enfermer les gens qui les formulent", a-t-elle fait valoir
Sa décision de s'exprimer sur Fox News en a surpris plus d'un. La participation de Démocrates à des émissions de cette chaîne accusée d'être devenue un organe de propagande pro-Trump et un nid complotiste, est un sujet sensible pour la gauche. Jusqu'à présent, la candidate avait largement privilégié des intervieweurs complaisants pour ses apparitions cathodiques. Son choix s'inscrit dans un effort pour élargir sa base électorale. Dans son collimateur : les Indépendants et les Républicains qui ont voté pour Nikki Haley pendant les primaires. D'après un sondage de YouGov en 2024, les premiers sont plus nombreux à regarder Fox News que les plus libérales CNN et MSNBC. Quant aux seconds, seuls 45 % de ce bloc entend se ranger derrière Donald Trump, selon l'institut Blueprint. Ce qui laisse encore beaucoup de gens à convaincre.