"Si les Américains choisissent Trump pour eux-mêmes, c'est leur histoire. Ce qui m'inquiète c'est l'impact que ça peut avoir sur le monde"
Alors que les résultats du Nevada à l'élection américaine ne sont pas encore officiellement tombés, La Libre a récolté un témoignage d'un sénateur belge présent sur place.

- Publié le 06-11-2024 à 08h31
- Mis à jour le 06-11-2024 à 16h43

En tant que sénateur belge (PS), Malik Ben Achour est coordinateur pour la mission d'observation des élections américaines dans le Nevada pour l'OSCE. À peine rentré du bureau de vote, il partage à La Libre ses premières impressions.
Qu'est-ce qui vous a marqué au bureau de vote ?
D'abord, les mesures de sécurité, qui sont très importantes. Il y a des voitures de police partout. Tout le monde a gardé en mémoire l'assaut du Capitole en janvier 2021 et a intégré l'hypothèse d'un risque de troubles importants à l'ordre de public. Ensuite, j'ai été marqué par l'imaginaire politique violent des partisans de Trump. L'un d'eux m'a expliqué que ses ancêtres étaient propriétaires de plantations. Il soutenait que les Noirs étaient bien traités, qu'ils étaient contents d'être là pour subvenir aux besoins de leur famille. Pour lui, c'était un âge d'or, une période de grande harmonie. Un autre m'a dit que comme les Démocrates sont pour l'avortement, alors les Républicains vont les avorter s'ils gagnent. Ils sont dans l'opposition, la guerre civile, l'armement.
Les premiers résultats commencent à tomber. Un avis ?
Ce qui est notable, c'est que les résultats sont beaucoup moins serrés que ce qui avait été annoncé. L'avance de Trump est plus importante que ce que les sondeurs disaient…
Cela fait plusieurs jours que vous êtes aux États-Unis pour observer les élections. Quelle est votre impression ?
J'ai été dans deux comtés différents et j'ai vu deux Amérique qui s'affrontent, celle des villes contre le reste de l'Amérique. Dans le Clark County, le comté de Las Vegas, c'est comme en Europe : des jeunes de toutes origines, des blancs de classe moyenne… On est dans le même type de sociologie qu'à Paris ou Berlin. Dans le comté voisin de Nye, dans la ville de Pahrump, on est en plein désert et entouré essentiellement de retraités et de fonctionnaires. Ce sont notamment des gens qui ont vécu en Californie et qui ont déménagé dans le Wilde West pour des raisons idéologiques. Là, on est dans un autre monde. J'étais avec des gens qui me parlent de coups d'État si Trump perd, de punir les traîtres à la nation avec la peine de mort, de purger l'État… C'est extrêmement violent.
Quel sera votre ressenti si Donald Trump est effectivement élu président ?
Si les Américains choisissent Donald Trump pour eux-mêmes, c'est leur histoire. Ce qui m'inquiète, c'est l'impact que ça peut avoir sur le monde. Que va-t-il se passer au Proche-Orient ? En Ukraine ? Quel va être l'impact d'une victoire trumpiste sur la montée des populismes en Europe, qui ont déjà commencé leur conquête ? C'est quand même un type qui a été inculpé pour une tentative de coup d'État et des violences sexuelles… Cela m'inquiète beaucoup. Et puis, le candidat est toujours plus sensible à l'opinion des donateurs qu'à l'opinion publique. La démocratie est donc achetée aux États-Unis. C'est un système de corruption légalisé. C'est très interpellant.