En Afghanistan, la revanche de l'ancien détenu de Guantanamo
Parmi les nouveaux maîtres de Kaboul, il y a plusieurs anciens détenus de Guantanamo. L'un d'eux est l'ancien ministre de l'Intérieur des talibans.
- Publié le 23-08-2021 à 19h37
- Mis à jour le 23-08-2021 à 21h34

L'un des responsables talibans qui a entamé ce week-end des négociations pour un futur gouvernement "inclusif" en Afghanistan est un ancien détenu de Guantanamo, libéré en 2014 dans le cadre d'un échange de prisonniers contre la libération d'un soldat américain.
Khairullah Khairkhwa était le plus haut responsable taliban détenu à Guantanamo. Ancien ministre de l'Intérieur des talibans entre 1996 et 1999, gouverneur de Hérat par la suite, il avait été arrêté par les forces pakistanaises en février 2002, avant d'être transféré à l'armée américaine et à la fameuse prison.
La lecture du mémorandum rédigé en mars 2008 par le Département de la Défense concernant le détenu donne une idée de son poids au sein du mouvement fondamentaliste : très proche du Mollah Omar, en cheville probable avec Oussama Ben Laden, il était aussi un ami d'enfance de l'ancien président Hamid Karzaï, avec qui il partage le fait d'être issu du même clan, celui des Popalzai. Les deux hommes se sont revus ces jours-ci à Kaboul lors des pourparlers pour la formation d'un gouvernement. Le document "Secret", révélé lors du Guantanamo Bay Files Leak, le décrit aussi comme un puissant trafiquant de drogues qui a fédéré en 2000 plusieurs cultivateurs de pavot de Hérat pour centraliser le réseau et en tirer un maximum de profits. Hérat était alors la principale voie d'accès à l'opium, à la morphine et à l'héroïne vers l'Iran et l'Europe.

Lors de sa détention, Khairullah Khairkhwa est resté prudent face à ses geôliers, refusant de donner des informations sensibles sur la hiérarchie des talibans. Il a aussi affirmé qu'il avait pris ses distances avec le trafic d'opium et démenti des liens avec Ben Laden.
L'homme a été libéré le 1er juin 2014 et remis au Qatar dans le cadre d'un échange entre cinq anciens responsables des insurgés et le soldat américain Bowe Bergdhal, alors détenu par les talibans.
Ces cinq anciens de Guantanamo se sont retrouvés dans la délégation talibane qui a négocié à Doha le retrait des forces américaines. "Durant notre temps à Guantanamo, notre sentiment était que nous avions été amenés injustement et que nous allions être libérés. Mais il n'est jamais venu à mon esprit qu'il y aurait un jour des négociations avec eux et que je serais assis avec eux" autour de la table, a dit Khairullah Khairkhwa en 2019, selon un article du New York Times.

L'homme a 54 ans aujourd'hui et est membre du comité politique des talibans. À ce titre, il participe aux négociations, qualifiées d'"informelles" par les talibans, avec Hamid Karzai et Abdullah Abdullah, l'ancien numéro deux du gouvernement Ghani.
Le négociateur en chef des talibans est le mollah Abdul Ghani Baradar, cofondateur du mouvement. Il est arrivé samedi en Afghanistan en provenance de Doha.
16 000 personnes évacuées
Lundi, les talibans ont confié à l'AFP qu'ils n'annonceraient la constitution d'aucun gouvernement tant que les soldats américains n'auraient pas quitté le sol afghan. Washington a déployé près de 5800 soldats pour les évacuations en cours à l'aéroport de Kaboul, plus du double du contingent américain qui subsistait au moment du début du retrait le 1er mai dernier. Joe Biden et plusieurs capitales européennes ont laissé entendre qu'il faudrait prolonger la présence de troupes américaines et européennes au-delà de la date fixée préalablement, le 31 août. À l'aéroport international, les rotations se succèdent à fortes cadences désormais. Près de 16 000 personnes ont été évacuées ces dernières 24 heures. Deux C-130 belges sont engagés dans l'opération.