L'évacuation de Kaboul tourne au carnage
Deux explosions ont eu lieu à proximité de l'aéroport de Kaboul ce jeudi, provoquant un bain de sang.

- Publié le 26-08-2021 à 20h57
- Mis à jour le 27-08-2021 à 18h58

Pour Joe Biden, c'est le pire des scénarios, celui qu'il redoutait, celui qu'il voulait éviter en refusant de prolonger l'évacuation de Kaboul au-delà de la date butoir du 31 août négociée avec les talibans : que des soldats américains soient tués dans les derniers jours d'une guerre de vingt ans. Jeudi, deux attentats suicides ont fait, selon un bilan provisoire et imprécis, au moins soixante morts, dont des Américains, et des centaines de blessés, aux portes de l'aéroport de la capitale afghane.
Depuis la chute stupéfiante de Kaboul, le 15 août, le désengagement des États-Unis, qui aurait logiquement dû se faire de façon ordonnée en s'étalant sur plusieurs mois, s'est déroulé de façon précipitée et improvisée, dans des conditions chaotiques et humiliantes. Les Américains ont été obligés de pactiser avec ces talibans qu'ils s'étaient juré de réduire à néant en 2001, pour permettre l'évacuation de leurs milliers de compatriotes pris au piège et des dizaines de milliers d'Afghans susceptibles de subir les représailles du nouveau régime islamiste pour avoir collaboré avec l'occupant ou tout simplement adopté ses valeurs et son mode de vie.
Un danger "imminent"
Le président américain avait lui-même invoqué le risque d'actions terroristes de la part d'une branche locale de l'État islamique, rivale des talibans, pour rejeter toute idée de prolonger la présence de l'armée américaine au-delà du 31 août. "Plus tôt nous en aurons fini, mieux ce sera", avait-il dit. Dans la nuit de mercredi à jeudi, plusieurs services de renseignement occidentaux avaient mis en garde contre un danger "imminent" d'attentats.
Le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, a plaidé jeudi pour que les évacuations se poursuivent malgré le tour dramatique pris par la situation à Kaboul. Celles-ci devraient, de toute façon, prendre fin ce vendredi soir. C'est ce qu'a notamment confirmé le Premier ministre français Jean Castex. On sait, en effet, que les derniers jours du mois seront consacrés quasi exclusivement au retrait des soldats et du matériel déployés par les États-Unis pour sécuriser l'aéroport de Kaboul.
Si beaucoup de pays, dont la Belgique, pensent être parvenus à rapatrier tous leurs nationaux, d'autres, au contraire, savent qu'ils vont très probablement devoir abandonner à leur sort un certain nombre de leurs ressortissants. C'est le cas paradoxalement des États-Unis, incapables déjà de savoir combien d'Américains se trouvent encore en Afghanistan. Tous ne s'étaient pas enregistrés auprès de l'ambassade à Kaboul, et il est par ailleurs difficile de recenser les Afghans qui ont aussi la nationalité américaine.
"Missing in Afghanistan"
Cette situation explique la confusion dans les chiffres communiqués par les autorités. Mercredi, le secrétaire d'État Antony Blinken déclarait que 6 000 Américains avaient été identifiés, parmi lesquels beaucoup d'Afghans avec la double nationalité. Quelque 4 500 d'entre eux avaient été évacués et 500 étaient alors sur le point de l'être. Il restait jeudi à retrouver la trace d'un millier d'autres, qui ne ne résidaient pas nécessairement à Kaboul. Après les "Missing in Action" de la guerre du Vietnam, voilà en quelque sorte les nouveaux MIA, les "Missing in Afghanistan".
Pour Joe Biden, la perspective que des Américains soient livrés aux talibans s'apparenterait à un autre scénario catastrophe. Pour l'heure, l'essentiel est de convaincre l'opinion - et l'opposition républicaine - que tout a été fait pour sauver ceux qui pouvaient l'être. Les autorités assurent ainsi avoir envoyé plus de 2000 e-mails et placé 45 000 appels téléphoniques pour contacter les Américains en Afghanistan et les aider à partir.
Le pont aérien qui aura sans doute permis d'évacuer quelque 100 000 personnes est, au demeurant, la plus formidable opération de ce genre jamais mise en place. Avec son arrêt, on voit mal comment il sera encore possible de quitter le pays en toute sécurité et sans l'aval des talibans. Or ceux-ci ont indiqué que seuls les étrangers et les Afghans dûment munis d'un passeport et d'un visa pour un pays tiers seront autorisés à sortir. Une garantie qui, de leur part, ne peut en outre que paraître très théorique.