Comment les talibans ont tiré profit du changement climatique pour asseoir leur pouvoir en Afghanistan
Les catastrophes causées par le dérèglement du climat ont accru la vulnérabilité de la population. Une aubaine pour le mouvement islamiste lors de sa conquête du pays.
- Publié le 05-09-2021 à 14h48
- Mis à jour le 05-09-2021 à 17h20

Un réchauffement deux à trois fois plus important que la moyenne planétaire dans certaines zones, des terres dévastées par les sécheresses, une insécurité alimentaire grandissante. En Afghanistan, le changement climatique est un multiplicateur de menaces, il amenuise les ressources et affaiblit un peu plus la population. Les talibans ont profité de ce contexte pour asseoir leur pouvoir et conquérir le pays jusqu'à Kaboul.
L'insécurité alimentaire leur a permis de renforcer leurs troupes et de remplir les caisses. Dans le pays, les années de disette se multiplient. Les récoltes sont appauvries voire anéanties à cause de la multiplication des événements extrêmes, tels que les sécheresses et inondations. Or plus de la moitié de la population afghane tire ses revenus de l'agriculture. Cette fragilité est exploitée par les talibans, qui ont réussi à enrôler des paysans souvent abandonnés par le pouvoir en place. Selon Kamal Alam, expert au sein du groupe de réflexion américain Atlantic Council cité par CBS, les talibans paient leurs combattants 5 à 10 dollars par jour, une rémunération plus qu'attrayante pour les agriculteurs du pays, qui gagnent en moyenne moins de 1 dollar par jour.
La sécheresse a poussé d'autres paysans à planter du pavot, plante peu gourmande en eau et plus rémunératrice que le blé, une des cultures vivrières du pays. Selon l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime, ces surfaces cultivées ont bondi de près de 40 % en 2020 après quelques années de baisse, alors que l'Afghanistan était déjà le principal exportateur d'opium. Les talibans ont pris le contrôle de ce marché et s'enrichissent grâce aux taxes prélevées chez les agriculteurs et aux points de passage stratégiques. Mais depuis qu'ils sont au pouvoir, ils ont retourné leur veste et clament l'éradication de l'opium. Seulement, il est "peu probable que l'économie de la drogue connaisse un ralentissement" à cause d'une "manne financière trop importante", explique Jonathan Goodhand, expert du commerce international de la drogue à l'université SOAS de Londres, dans The Conversation.
La guerre de l'eau
Enfin, les talibans ont utilisé le manque d'eau pour s'emparer des villes. "Le pays a la capacité de stockage d'eau par habitant la plus faible de la région [140 mètres cubes par personne]", selon un rapport publié en 2019 par le centre de recherche Adelphi. D'autant qu'au fil des conflits, "les infrastructures essentielles en matière d'eau ont été détruites ou se sont détériorées". La population est ainsi particulièrement vulnérable, dans un pays qui n'a pas investi pour s'adapter au changement climatique. Le manque d'eau est devenu criant.
Dans le New York Times, le professeur d'hydrologie à l'université de Kaboul Noor Ahmad Akhundzadah précise que "depuis dix ans, plus de 50 % du budget national va à la guerre". Comme dans de nombreux conflits, l'or bleu est devenu un moyen de pression capital. A Hérat, une ville stratégique de l'ouest, les talibans ont ainsi "attaqué à plusieurs reprises un barrage qui est essentiel pour l'eau potable, l'agriculture et l'électricité pour les habitants de la région. De même, dans la province de Kandahar, dans le sud, l'une des victoires les plus cruciales a été de prendre le contrôle d'un barrage qui contient de l'eau potable et d'irrigation", détaille le New York Times.
Maintenant que les talibans sont au pouvoir, le changement climatique pourrait se retourner contre eux.
"Les analystes affirment que la gestion de l'eau sera essentielle à leur légitimité auprès des citoyens afghans, et qu'elle sera probablement l'une des questions les plus importantes dans les relations des talibans avec leurs voisins",
affirme le quotidien américain
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Les nouveaux dirigeants de l'Afghanistan vont devoir trouver d'urgence les fonds pour maintenir en état de marche les infrastructures vitales (eau, électricité, communications) sans compter sur l'aide internationale, qui a été en grande partie gelée le 15 août. Le chef de l'ONU, Antonio Guterres, a pointé cette semaine "la menace d'un effondrement total des services de base". Près de la moitié de la population afghane, soit 18 millions de personnes, a actuellement besoin d'une assistance humanitaire, dont un approvisionnement en eau, pour survivre.