Médecin originaire d'Arabie Saoudite, extrême droite...: ce que l'on sait de l'auteur présumé de l'attaque au marché de Noël de Magdebourg
L'homme au volant de la voiture ayant foncé vendredi soir sur la foule, faisant au moins 2 morts et 70 blessés, est un Saoudien de 50 ans, arrivé en Allemagne en 2006. Il se croyait persécuté par l'Etat allemand, qu'il accusait de vouloir "islamiser l'Europe".
- Publié le 21-12-2024 à 08h57
- Mis à jour le 21-12-2024 à 17h03

Vendredi soir, un homme a foncé en voiture dans une foule marché de Noël de Magdebourg, la capitale du Land de Saxe-Anhalt, dans l'est de l'Allemagne. Selon un premier bilan communiqué par les autorités dans la soirée, deux personnes ont été tuées (un adulte et un jeune enfant) et plus d'une soixantaine blessées. Des images de caméras de surveillance, largement diffusées sur les réseaux sociaux, montrent un véhicule noir foncer à toute vitesse parmi les stands du marché de Noël.
Alors que le motif exact de l'acte n'était pas encore clair, plusieurs responsables politiques allemands ont évoqué un "attentat" ou un "attentat présumé", expression reprise par de nombreux médias outre-Rhin. En France, des responsables politiques de droite et d'extrême droite, comme Jordan Bardella ont dénoncé un "attentat islamiste". Le ministre président de Saxe-Anhalt, Reiner Haseloff s'est montré plus réservé dans une première réaction, évoquant "un événement terrible, surtout à l'approche de Noël".
Un médecin spécialiste en psychiatrie et psychothérapie
L'auteur a été arrêté par la police allemande. Face à la presse, aux alentours de 22 heures, Reiner Haseloff a indiqué qu'"il s'agit d'un médecin originaire d'Arabie Saoudite qui travaille en Saxe-Anhalt et qui est en Allemagne depuis 2006". La ministre de l'intérieur du Land a précisé qu'il s'agit d'un homme de 50 ans, habitant la ville de Bernbourg, à une quarantaine de kilomètres au sud de Magdebourg, et qui bénéficiait d'un titre de séjour illimité. La police considère qu'il a agi seul. S'appuyant sur des sources sécuritaires, plusieurs médias allemands ont affirmé que l'homme n'était pas connu pour islamisme et qu'il était né en 1974.
Alors qu'il était entendu par les services de police, le magazine allemand Spiegel a présenté l'auteur de l'attaque comme étant Taleb A, un médecin spécialiste en psychiatrie et psychothérapie, arrivé en Allemagne en 2006 et qui a obtenu l'asile en 2016. Le quotidien Welt a dévoilé son nom complet : Taleb Al Abdulmohsen. Sur X, Libération a pu retrouver le profil de cet homme, qui avait publié une photographie de son passeport saoudien, indiquant sa date de naissance en 1974.
ontrairement à ce qu'ont pu affirmer les personnalités politiques de droite et d'extrême droite, le parcours de Taleb Al Abdulmohsen ne semble pas pointer vers un profil islamiste. Ce Saoudien originaire de Hofuf est surtout connu pour son activisme anti-islam, religion qu'il a rejetée avant de devenir athée. En 2016, il a fondé le site wearesaudis.net, destiné à aider les ex-musulmans, en particulier les femmes, à échapper aux persécutions dans les pays du Golfe et à demander l'asile à l'étranger. Un parcours confirmé par les journalistes d'investigation de la chaîne publique allemande WDR.
Accointances avec l'extrême droite
Cet activisme lui vaut l'intérêt de plusieurs médias en 2019. À l'occasion d'une interview, le journal allemand Frankfurter Rundschau retraçait son parcours de "réfugié politique" indiquant que "Taleb al-Abdulmohsen vit en Allemagne depuis 2006. Il est arrivé en Allemagne en tant que médecin invité dans le cadre d'une formation spécialisée de psychothérapeute et y a ensuite demandé l'asile, car il avait été menacé de mort pour avoir renoncé à l'islam". La même année, la BBC et le média Coda Story lui avaient accordé des sujets soulignant son activisme en faveur des ex-musulmans et notamment des femmes, qui cherchaient à fuir différents pays arabes.
Farouchement opposé à l'islam, Taleb Al Abdulmohsen prenait régulièrement position contre son ancienne religion sur X, mais aussi contre le système d'accueil allemand. Sa biographie sur le réseau social indique le message suivant : "L'Allemagne poursuit les demandeuses d'asile saoudiennes, à l'intérieur et à l'extérieur de l'Allemagne, pour détruire leur vie. L'Allemagne veut islamiser l'Europe".
Le compte X de l'auteur montre aussi des accointances avec la droite radicale. On y retrouve de nombreuses interactions avec l'AfD, le parti populiste d'extrême droite allemand, ou avec des figures d'extrême droite comme l'identitaire autrichien Martin Sellner ou le britannique Tommy Robinson. Taleb A. retweetait aussi régulièrement des photomontages et des vidéos d'extrême droite. Le Spiegel relève que plusieurs responsables connus de l'AfD et de son organisation de jeunesse "Junge Alternative" suivaient son compte. Il y a huit ans, Taleb A. écrivait sur Twitter (l'ancien nom de X) qu'il souhaitait lancer un projet avec l'AfD : une académie pour les ex-musulmans. Lorsqu'un autre utilisateur lui a demandé pourquoi il envisageait de faire cela avec l'AfD, il a répondu : "Qui d'autre combat l'islam en Allemagne ?" En juin dernier, il a retweeté la chef du parti Alice Weidel et a commenté : "La gauche est folle. Nous avons besoin de l'AFD pour protéger la police d'elle-même."
Des propos conspirationnistes
Le 12 décembre 2024, neuf jours avant qu'il ne frappe le marché de Noël de Magdebourg, Taleb Al Abdulmohsen a accordé une interview à la fondation RAIR, un groupe d'activistes d'extrême droite créé en 2016, se présentant comme "menant un mouvement pour reprendre notre République au réseau d'individus et d'organisations qui font la guerre aux Américains, à notre constitution, à nos frontières et à nos valeurs judéo-chrétiennes". Le site est ouvertement opposé à l'islam et à l'immigration musulmane, qu'il présente comme un danger. La corpulence de Taleb Al Abdulmohsen correspond à celle de l'homme filmé, à plat ventre, lors de son arrestation par la police allemande.
Lors de cet entretien, Taleb Al Abdulmohsen accuse l'Allemagne d'être plus favorable aux demandeurs d'asile islamistes qu'aux apostats issus des pays arabes. Pire encore, il tient des propos conspirationnistes, affirmant que l'Allemagne, "par l'intermédiaire de ses services secrets ou d'autres agences […], traque les ex-musulmans saoudiens partout dans le monde et essaient de détruire leur vie". Il assure que l'Etat allemand couvrirait les violeurs de femmes réfugiées fuyant la charia, mais aussi qu'il pousserait les ex-musulmans à la consommation de drogue et mentirait "afin d'expulser les ex-musulmans saoudiens vers l'Arabie saoudite pour qu'ils y soient exécutés". Taleb Al Abdulmohsen affirme être lui-même persécuté par l'Etat allemand, accusant la police et la justice allemande de lui avoir volé des données pour détruire des preuves. Selon lui, le gouvernement allemand aurait également mis fin au service de dissimulation de son adresse dont il bénéficiait, ce qui aurait conduit à la fuite de son adresse personnelle.
Suite à l'attaque du marché de Noël de Magdebourg, la principale rédactrice de la fondation RAIR, l'activiste américaine Amy Mek a écrit sur X que "l'attentat islamique perpétré aujourd'hui en Allemagne n'est pas une surprise ; il fait désormais partie de la vie quotidienne dans une Allemagne islamisée". Elle semblait ignorer que l'auteur de l'attaque n'était autre que l'homme que son site avait mis en avant, quelques jours plus tôt.
Une vengeance annoncée sur X depuis 2023
Dans des messages dénichés sur X, notamment par le journaliste de Welt Tim Röhn (mais que CheckNews n'a pas pu authentifier en raison d'une modération en cours sur le compte de Taleb Al Abdulmohsen), le Saoudien exprimait en décembre 2023 son intention de se venger : "Je vous assure à 100 % que la vengeance viendra bientôt. Même si cela me coûte la vie. Je ferai payer à la nation allemande le prix des crimes commis par son gouvernement contre les réfugiés saoudiens" notait-il le 1er décembre
Dans une autre publication, le 20 août 2023, il notait : "Me blâmeriez-vous si je tuais au hasard 20 Allemands à cause de ce que fait l'Allemagne contre l'opposition saoudienne ?"