"Ils ont autorisé notre massacre": des appels de soldats russes trahissent une détresse palpable
Une opération massive d'interception des appels russes en Ukraine a eu lieu et a donné des résultats qui ne surprennent aujourd'hui plus personne.
- Publié le 20-12-2022 à 18h24

Des appels de soldats russes, dirigés vers leurs proches restés en Russie, interpellent et posent une nouvelle fois la question du traitement de l'armée russe.
Le journal britannique The Guardian a reçu 3 vocaux d'appels interceptés par l'armée ukrainienne.
Le premier est l'appel qu'Andrey, un soldat russe sur la ligne de front dans l'est de l'Ukraine, a passé à sa mère le 8 novembre avec son téléphone portable interdit, en dépit des ordres de ses supérieurs.
"Personne ne nous nourrit", déplore-t-il. "Notre approvisionnement est merdique, pour être honnête. On tire l'eau des flaques, puis on la filtre et on la boit."
Deux jours avant d'appeler sa mère, les forces russes avaient entamé des tirs avec des bombes au phosphore sur les positions ukrainiennes, lui explique-t-il, tout en s'agaçant sur l'absence des munitions promises: "Où sont les missiles dont Poutine s'est vanté ? Il y a un gratte-ciel juste en face de nous. Nos soldats ne peuvent pas l'atteindre. Nous avons besoin d'un missile de croisière Caliber et c'est tout."
Un autre appel intercepté est celui d'un soldat à un parent éploré après la mort de son enfant au front, le 6 novembre. Celui-ci explique qu'ils n'ont eu ni renforts ni communication avec leurs supérieurs. "Ils ont dit que nous n'étions pas autorisés à battre en retraite. Sinon, nous pourrions être abattus", raconte-t-il.
Le dernier appel reçu par The Guardian date du 26 octobre et est celui d'un soldat russe à Donetsk qui contacte sa femme. Il lui avoue qu'il pense à se rendre: "Je suis dans un sac de couchage, tout mouillé, je tousse, je suis dans un sale état. Ils ont autorisé notre massacre", confie-t-il.
Mobilisation partielle et manque de formation
Le manque de sécurité des communications russes n'est pas un problème récent et a engrangé de nombreuses formations au sein de l'armée russe. Mais, dans le cas de la mobilisation partielle qui a débuté le 21 septembre, beaucoup ont reçu des formations expéditives et peu approfondies qui n'ont, pour la majorité, pas suffi.
"Les soldats reçoivent un cours accéléré sur la manière de ne pas divulguer d'informations sensibles, mais c'est surtout pour la forme", raconte un ancien fonctionnaire russe, expliquant que les commandants font "semblant d'enseigner et les soldats font semblant d'écouter."
"Il n'y a tout simplement pas de discipline et cela ne fera qu'empirer maintenant qu'ils ont mobilisé 300 000 personnes qui seront à peine formées. Les soldats mobilisés seront terrifiés à l'idée de se trouver dans une zone de guerre, et naturellement, ils essaieront d'appeler chez eux", explique-t-il. Selon ce représentant, cela aggrave la situation sécuritaire russe.

