Des avions, des navires et des drones contre le sabotage en mer Baltique : "Il sera bien plus difficile d'agir sans se faire prendre"
Les pays riverains de la mer Baltique se sont mis d'accord pour lutter conjointement contre le sabotage des infrastructures stratégiques, ce mardi.
- Publié le 15-01-2025 à 06h34
- Mis à jour le 15-01-2025 à 09h04

Le 25 décembre, le câble électrique EstLink 2 qui relie la Finlande à l'Estonie ainsi que quatre autres câbles de télécommunications étaient endommagés en mer Baltique. Dès le lendemain, la police finlandaise arraisonnait un pétrolier battant pavillon des îles Cook situé dans la zone lors des faits – l'Eagle S – soupçonné de faire partie de la "flotte fantôme" qui permet à Moscou de contourner les sanctions occidentales et/ou d'effectuer des opérations de sabotage.
Un mois plus tôt, les 17 et 18 novembre, deux câbles de télécommunications avaient déjà été sectionnés dans les eaux suédoises de la Baltique, vraisemblablement par un vraquier battant pavillon chinois, le Yi Peng 3, que les autorités suédoises n'ont pas été autorisées à inspecter par Pékin. "Des choses étranges continuent de se produire en mer Baltique", reconnaissait dimanche le Premier ministre suédois Ulf Kristersson. "Les intentions hostiles ne peuvent pas être exclues". D'autant que depuis l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie en 2022, une soixantaine de cas litigieux ont été recensés dans ces eaux.
Mission commune
"Nous ne sommes pas en guerre, mais nous ne sommes pas en paix non plus", ajoutait M. Kristersson dimanche soir, avant d'annoncer l'envoi de trois navires de guerre et d'un avion suédois pour surveiller les infrastructures stratégiques de Stockholm dans la Baltique. "Nous et nos voisins sommes soumis à des attaques hybrides qui ne sont pas menées avec des missiles ou avec des soldats, mais avec des ordinateurs, de l'argent, de la désinformation et des menaces de sabotage".
Quelques heures plus tard, le Néerlandais Mark Rutte, nouveau secrétaire général de l'Otan, appelait les membres de l'Alliance à "être plus résilients face à de telles actions hostiles" et à "montrer clairement qu'elles ne resteront pas sans réponse". L'Otan avait déjà annoncé qu'elle renforcerait sa présence militaire et fournirait deux navires pour assurer la sécurité des infrastructures sous-marines et suivre les navires fantômes. Ce mardi, l'Allemagne a déclaré qu'elle enverrait elle aussi une partie de sa flotte et la Lituanie qu'elle prendrait des mesures de protections.
Les huit États membres de l'Alliance des pays riverains de la mer Baltique (Danemark, Allemagne, Estonie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Finlande et Suède) se sont ensuite retrouvés à Helsinki, en présence de M. Rutte et de la vice-présidente exécutive de la Commission européenne chargée de la Sécurité, Henna Virkkunen, pour parachever la formation d'une mission de patrouille commune. "Je ne vais pas entrer dans les détails concernant le nombre exact de navires", a déclaré le secrétaire général de l'Otan à la sortie de la réunion, avant d'indiquer qu'un ensemble de navires, d'avions et une petite flotte de drones, seraient déployés "pour une durée indéterminée".
Moins d'opacité, plus de risques
"Les menaces hybrides opèrent par essence dans l'obscurité", analyse Maxime Lebrun, analyste au Centre européen pour la lutte contre les menaces hybrides, basé à Helsinki. "Tout l'enjeu est donc de rendre ces opérations plus transparentes : maîtriser la situation avec des navires et des capteurs, suivre le trafic maritime autour des infrastructures sous-marines, pour voir ce qui s'y passe et agir. Si les autorités finlandaises n'avaient pas été présentes physiquement, elles n'auraient pas pu intervenir aussi vite, arraisonner le navire et judiciariser l'affaire". "Le message adressé par l'Otan et les pays riverains de la mer Baltique est politique", ajoute-t-il. "Il s'agit de dire aux instigateurs que ce type d'action ne sera pas sans conséquence et sera de plus en plus difficile à mener sans se faire prendre."
Faute de flagrant délit, la question de la preuve demeure complexe. Dans sa communication, la Suède a d'ailleurs pris grand soin de n'accuser personne du sabotage de ses deux câbles en novembre dernier. "Il peut y avoir des incidents", estime Maxime Lebrun. "Parfois, les câbles dysfonctionnent. Mais il est évidemment troublant que ces incidents se multiplient dans le contexte de la guerre en Ukraine et dans les eaux de la Suède ou la Finlande qui viennent toutes deux de rejoindre l'Otan. Outre la volonté de jouer sur la peur, la menace et l'anxiété, on peut y voir un message."
"Il ne faudrait toutefois pas surestimer les capacités de la Russie à attaquer systématiquement les infrastructures sous-marines", poursuit le chercheur du Centre européen pour la lutte contre les menaces hybrides. "Ce type d'opération est risqué, prend du temps et coûte cher. On ne peut donc que se réjouir des mesures de surveillance adoptées" qui ne feront qu'augmenter les risques pour les équipages mal intentionnés.
