Le Premier ministre pakistanais s'est imposé en artisan du cessez-le-feu
Shehbaz Sharif a joué un rôle décisif dans les négociations ayant conduit au cessez-le-feu entre les États-Unis et l'Iran.

- Publié le 08-04-2026 à 14h11

Au cœur d'un cessez-le-feu qui semblait inespéré entre Washington et Téhéran, un nom s'est imposé : celui de Shehbaz Sharif. Discret sur la scène internationale, englué dans un contexte national complexe, le dirigeant pakistanais a en effet joué un rôle clé depuis début mars dans les tractations ayant mené à l'annonce, ce mercredi, d'une trêve de deux semaines au Moyen-Orient. Multipliant les contacts entre les deux camps, il s'est imposé en intermédiaire crédible dans une région à feu et à sang.
Né en 1951 à Lahore dans une famille d'industriels prospères, Shehbaz Sharif appartient à l'une des grandes dynasties politiques du Pakistan. Frère cadet de Nawaz Sharif, il fait ses premiers pas en politique à la fin des années 1980 avant de s'imposer comme l'homme fort du Pendjab, la province la plus peuplée du pays. À la tête de ce bastion pendant plus d'une décennie, il s'y forge une réputation de gestionnaire rigoureux, obsédé par les infrastructures et les résultats, mais aussi volontiers autoritaire.
Son parcours épouse les soubresauts de l'histoire pakistanaise. Contraint à l'exil en Arabie saoudite après le coup d'État du général Pervez Musharraf en 1999, il revient au pays en 2007 et reprend progressivement la main sur la Ligue musulmane du Pakistan (PML-N), pilier du paysage politique national. Longtemps dans l'ombre de son frère, il s'est imposé après la chute d'Imran Khan, qu'il a contribué à renverser en 2022 par une motion de censure, avant d'accéder au poste de Premier ministre.
Reconduit en 2024 dans un contexte politique tendu, Shehbaz Sharif incarne une ligne pragmatique, étroitement arrimée à l'armée, acteur incontournable du pouvoir pakistanais incarné par le tout-puissant maréchal Asim Munir, récemment "nommé à vie". Sur le plan économique, le bilan du Premier ministre est contrasté : inflation galopante, recours répété au Fonds monétaire international et politiques d'austérité impopulaires fragilisent une population déjà éprouvée.
À l'extérieur, en revanche, il cultive une diplomatie d'équilibre, se rapprochant de Washington tout en conservant des canaux ouverts avec les puissances régionales. C'est cette capacité à naviguer entre les lignes qui lui a permis de s'imposer comme médiateur dans la crise actuelle. Dans un Moyen-Orient fracturé et en guerre, le Premier ministre pakistanais s'offre ainsi une rare victoire diplomatique. Fragile cependant, à l'image de la trêve qu'il a contribué à arracher.