C'est inédit ! Chanel a défilé à La Havane

La maison de luxe parisienne Chanel a apporté mardi une touche de glamour aux changements que traverse Cuba, en organisant à La Havane, bastion communiste par excellence, son premier défilé, visible de loin par les Cubains installés aux balcons.

AFP

La maison de luxe parisienne Chanel a apporté mardi une touche de glamour aux changements que traverse Cuba, en organisant à La Havane, bastion communiste par excellence, son premier défilé, visible de loin par les Cubains installés aux balcons. 

"La richesse culturelle et l'ouverture de Cuba sur le monde en font une source d'inspiration pour Karl Lagerfeld et pour Chanel", avait vanté la marque française en annonçant son défilé inédit, inspiré par les couleurs des Caraïbes.

Chanel a choisi la capitale cubaine pour son premier podium en Amérique latine et pour dévoiler sa collection Croisière 2016/17, pleine de références à la culture de l'île des Caraïbes comme ses sombreros typiques, ses cigares et ses vieilles voitures.

Artistes et officiels cubains, mais aussi célébrités d'Hollywood, comme Vin Diesel et Tilda Swinton (oscarisée en 2008) ou encore l'actrice Geraldine Chaplin notamment, ont assisté au défilé, accessible sur invitation uniquement. Installés sur les terrasses et les balcons, des Cubains, très modestes, en pantalon court et chemise, faisaient des gestes de la main en voyant arriver les invités dans les vieilles autos colorées de la ville. "Finalement, le monde s'ouvre à Cuba. Tous le monde veut connaître la pomme interdite, tout le monde veut la découvrir, la savourer, en profiter, l'explorer", a déclaré Mariela Castro, fille du président Raul Castro et directrice du Centre national d'éducation sexuelle.

C'est sur le Paseo del Prado, boulevard à ciel ouvert à 300 mètres de la mer décoré pour l'occasion, que le public a pu admirer les mannequins parés de tenues et d'accessoires évoquant les couleurs de l'île. Un important dispositif de sécurité maintenait à distance les badauds.

Le spectacle de la maison française de haute couture s'est conclu par une brève apparition du couturier allemand Karl Lagerfeld, avec ses gants caractéristiques et sa veste de paillettes, et des morceaux de musiques de tambours et de congas.

Il s'ajoute à une série d'événements qui ont marqué l'histoire de l'île récemment, comme la visite de Barack Obama en mars, le concert des Rolling Stones et le tournage de la saga "Fast and furious".

L'île semble retrouver son glamour

Elle accueille aussi le tournage du nouvel opus de la saga américaine "Fast and furious". L'île semble ainsi retrouver son glamour d'avant la révolution castriste de 1959, quand elle était prisée des stars d'Hollywood et des mafieux qui venaient profiter de ses cabarets et casinos. Mais cette fois, le contraste sera grand entre l'opulence de la maison française de haute couture et la pauvreté de la population locale.

Même décoré pour l'occasion, le quartier du défilé ne peut cacher ses maisons et immeubles décrépis, où vivent des milliers de personnes bien éloignées de toute notion de luxe. "Je crois que ce défilé va être plus (utile) pour Chanel que pour Cuba... Je ne sais pas si les gens ici à Cuba sont prêts pour ce genre de produits, ce genre de propositions", confie Idania del Rio, créatrice de mode de 33 ans.

Raul Castillo, couturier le plus populaire à Cuba ces vingt dernières années, ne peut cacher son émotion: "C'est un rêve de voir ici, dans le Cuba socialiste, le travail d'un couturier comme Lagerfeld", déclare-t-il. Voir défiler les créations exclusives de Chanel signifie aussi un changement d'époque pour de nombreux Cubains, habitués pendant des années à porter les mêmes vêtements et chaussures passe-partout, symboles de l'idéal égalitaire visé par l'île communiste. Pour Raul Castillo, "la mode (cubaine) vit un très bon moment, nous nous ouvrons au monde", donc "il est très important que Chanel vienne ici". "Les gens ici savent coudre. Il y a beaucoup de bons créateurs", assure Idania del Rio. Mais, selon elle, cet essor est "très lent", car il faut d'abord "une industrie, un marché". Pour cela, il faudra d'abord attendre la levée de l'embargo américain, imposé à l'île de 11,2 millions d'habitants depuis 1962 et toujours en vigueur malgré les protestations de La Havane et sa réconciliation avec Washington. "Quand nous serons un pays normal, sans embargo, nous serons les premiers dans la mode", promet Raul Castillo.

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