Le tigre du platane, animal qui pique et qui gratte, poursuit sa conquête de la Belgique
Le petit insecte ravageur originaire d'Amérique surfe sur les dérèglements climatiques pour étendre son territoire.
- Publié le 30-09-2025 à 12h52
- Mis à jour le 30-09-2025 à 14h07

Comme son nom ne l'indique pas, le tigre du platane n'est pas un grand félin roux originaire d'Asie, mais un minuscule insecte volant blanchâtre appartenant à un famille de punaises. Aperçue pour la première fois en Belgique au début des années 2000, cette espèce envahissante originaire d'Amérique prospère désormais dans les grandes villes de notre pays et surprend les citadins en se nourrisant ses platanes qui tapissent leurs avenues et plus rarement en s'invitant en nombre dans leurs intérieurs.
"Le tigre du platane est originaire d'Amérique du Nord et plus précisément de l'Est des Rocheuses. Il est arrivé chez nous en suivant les plantations de platanes réalisées un peu partout en Belgique", explique Stéphane Claerebout, entomologiste et écopédagogue aux Cercles des Naturalistes de Belgique. "La première observation de cet insecte en Belgique date de 2006 et jusqu'en 2019, on n'en trouvait que dans les villes assez chaudes, donc à Bruxelles, Liège, Anvers et Malines et à Charleroi. Comme il se sent bien dans les villes où l'albédo (quantité de rayonnement solaire réfléchit par une surface NdlR.) est faible et où les températures sont assez élevées, sa propagation est favorisée par les dérèglements climatiques et l'augmentation moyenne des températures et on commence à en trouver même en dehors des agglomérations", poursuit le spécialiste des insectes.
En effet, la femelle tigre du platane arrête de pondre quand les températures tombent sous la barre des 16 °C. Mais quand le mercure atteint les 30°C, elle est capable de pondre jusqu'à 300 œufs. "Forcément, avec des hivers plus doux et l'augmentation globale des températures, les femelles survivent plus longtemps et pondent davantage d'œufs. C'est ce qui explique d'une part pourquoi cet insecte est arrivé chez nous et d'autre part, pourquoi il se répand partout en Belgique."
Pas de chance pour les platanes, qui, une fois colonisés voient leurs feuilles changer d'apparence et deviennent plus sensibles aux ravageurs de toutes sortes. "On peut observer ce qu'on appelle une chlorose : cela se traduit par une feuille toute verte avec plein de petits points blancs. Comme ces punaises piquent tout au long de leur vie, cela donne des feuilles à l'apparence un peu bizarre", indique notre interlocuteur.
Pas de chance non plus pour les personnes qui se feraient piquer. Le tigre du platane peut en effet provoquer de minuscules boutons rouges qui grattent. Pas de crainte cependant, ces piqûres sont sans danger. Il n'existe à ce jour aucune preuve que cet insecte soit porteur de maladies transmissibles à l'humain ou aux animaux.
En cette saison, il arrive que des citadins observent une grande quantité de ces insectes dans leurs intérieurs. "Ce sont des rassemblements hivernaux. Avec les grands vents et les températures qui diminuent les punaises se déplacent et vont se cacher sous l'écorce de l'arbre ou parfois dans les habitations, mais il faut vraiment que les platanes soient très proches. Elles vont alors passer l'hiver dans une anfractuosité quelconque mais c'est sans danger. Dans les intérieurs, elles vont mourir de faim, parce qu'elles ne trouveront rien à manger sur les fenêtres ou dans les rideaux où elles se seront installées."
Contrairement à d'autres espèces exotiques envahissantes le tigre du platane ne constitue cependant pas à proprement parler de menace pour la biodiversité. "A priori, il n'ira sur aucune autre plante. Des études montrent que dans les contrées d'où il est originaire, il lui arrive d'aller sur certains frênes mais personnellement, je n'ai encore jamais vu cela en Belgique."
Poissons morts en Turquie
En revanche, la littérature scientifique fait état d'un événement aux conséquences plus dramatiques. "Cela s'est passé dans une forêt en Turquie, après une très grosse averse. Tous les excréments présents sur les feuilles d'arbres se sont fait lessiver et se sont retrouvés dans une petite rivière qui traversait la forêt. Suite à cette averse, tous les poissons de la rivière, toutes espèces confondues, sont morts. Mais c'est un cas de figure tout à fait exceptionnel. Dans le canal du midi, qui est bordé de platane, cela n'est jamais arrivé", précise encore le spécialiste des insectes.
