TotalEnergies est-elle à la base des difficultés que rencontrent les agriculteurs belges ?
Ce 13 mars 2024, Hugues Falys, agriculteur-paysan de la province du Hainaut a assigné en justice le groupe TotalEnergies devant le tribunal de l'entreprise de Tournai pour sa responsabilité supposée dans les dérèglements climatiques. Celui qui est également porte-parole du syndicat agricole Fugea estime que les événements climatiques qui ont frappé sa ferme ces dernières années lui ont causé des dommages importants et que ces dommages auraient pu être évités.
- Publié le 13-03-2024 à 19h59
- Mis à jour le 13-03-2024 à 21h13

Trois ONG, Greenpeace, la Ligue des droits humains et FIAN se joignent à cette action en justice, il s'agit de la première visant directement une multinationale pour un motif climatique dans notre pays. Ensemble, ils espèrent faire reconnaître "l'impact du changement climatique sur le monde paysan et obtenir réparation de son dommage subi en raison du dérèglement climatique et contraindre TotalEnergies à respecter un plan de transition en phase avec les objectifs climatiques en arrêtant ses investissements dans de nouveaux projets d'énergies fossiles, en baissant ses émissions liées à la production et à la livraison d'énergies fossiles et en diminuant sa production de pétrole et de gaz d'au moins 75 % d'ici 2040 par rapport à 2020."
Obligé de réduire son cheptel d'un tiers
"Depuis 2016, ma ferme a déjà connu quatre événements climatiques exceptionnels. En 2016, un orage stationnaire a détruit les cultures de fraises et de pommes de terre. En 2018, 2020 et 2022, des sécheresses et des canicules m'ont poussé à nourrir les animaux en prairie avec des réserves normalement prévues pour l'hiver", dénonce l'agriculteur. " Ces événements ont entraîné des pertes financières et des pertes de récoltes. J'ai aussi été forcé d'adapter mon exploitation à ces changements en réduisant le nombre d'animaux, puisqu'il s'agit d'une exploitation bio en autonomie et que le principe est de nourrir les animaux avec ce qui est produit dans l'exploitation uniquement, sans achats extérieurs. J'ai donc diminué mon cheptel d'un tiers pour m'adapter à la productivité des terrains."
Hugues Falys estime que la responsabilité de l'entreprise pétrolière devrait être facile à prouver. "Des constats prouvant la responsabilité du réchauffement climatique dans les événements de ces dernières années ont été établis par les autorités dans le cadre du fonds pour les calamités. Il faudra ensuite prouver que Total a une responsabilité dans ce changement mais ça aussi, ça a déjà été fait. Je suis donc assez confiant mais on s'attend quand même à être embarqués dans une aventure qui risque de durer plusieurs années."
Total n'est évidemment pas responsable à elle seule du réchauffement planétaire et des dégâts observés dans les cultures en Wallonie. Mais pour l'agriculteur et les trois ONG, l'entreprise porte une culpabilité bien particulière.
Forcer la transition du groupe pétrolier
"Pourquoi Total et pas une autre entreprise ? Premièrement, parce qu'il y a une proximité géographique. TotalEnergies n'est pas loin du tout. Ensuite, parce que l'entreprise a longtemps nié le changement climatique et sa responsabilité dans ce changement et continue aujourd'hui à investir dans la recherche de nouveaux gisements de pétrole au lieu d'investir ses bénéfices dans la recherche d'alternatives", argumente Hugues Falys.
De son côté, le géant du pétrole se retranche derrière l'argument de la responsabilité collective. "TotalEnergies regrette la démarche contentieuse engagée. L'enjeu du changement climatique et de la transition énergétique ne relève pas de la responsabilité juridique d'un acteur donné mais bien de l'effort collectif de l'ensemble de la société", indique le géant pétrolier.
TotalEnergies insiste par ailleurs sur les investissements réalisés dans les énergies renouvelables depuis plusieurs années.
"Depuis 2020, nous sommes résolument engagés dans notre stratégie de transition qui repose notamment sur le gaz et l'électricité car le gaz et l'électricité décarbonée sont au cœur du système énergétique de demain. Le gaz est une énergie de transition essentielle pour accompagner l'essor des énergies renouvelables intermittentes et remplacer le charbon dans la production électrique. Dans l'électricité, nous sommes d'ores et déjà l'un des plus grands développeurs solaire et éolien au monde, ce qui devrait nous placer dans le top 5 mondial du secteur à horizon 2030", affirme l'entreprise.
Des arguments qui ne convainquent pas Pierre-Arnaud Perrouty, directeur de la Ligue des droits humains.
"Total se justifie en disant que le réchauffement climatique est une question de responsabilité collective. C'est une évidence. Simplement, dans ce collectif, il y a des acteurs qui pèsent plus que d'autres. À elle seule, Total produit un pourcent des émissions mondiales de gaz à effet de serre, soit autant que la France et trois fois plus que la Belgique. Il y a un décalage énorme entre l'image que l'entreprise veut donner d'elle-même et la réalité. 80 % de sa communication porte sur la production d'énergie renouvelable alors qu'en réalité les énergies fossiles représentent encore 80 % de ses activités. Bien sûr, un plan de transition existe. Mais les scientifiques qui ont analysé ce plan estiment qu'il ne parviendra jamais à atteindre l'objectif d'un réchauffement climatique limité à 1,5 degré".
