Non, les techniciens forestiers ne sont pas des "gendarmes" : "Les règles sont là pour préserver l'équilibre fragile de la forêt, pas pour punir les promeneurs"
Face au changement climatique, Simon, technicien forestier, relève les défis de la gestion durable des forêts entre conservation et adaptation.
- Publié le 19-10-2024 à 14h28

Sous les feuilles denses de nos forêts se cachent bien plus que des arbres. Simon Debaille, 26 ans, technicien forestier et de la sylviculture, nous dévoile un univers méconnu, celui où les arbres, les hommes et le climat tentent de trouver un terrain d'entente.
"Le grand public connaît très peu la forêt. On s'y promène, mais on ne sait pas comment elle est gérée." Dans une époque où la forêt se fait tantôt ressource économique, tantôt refuge naturel, la question se pose: comment concilier ces rôles multiples tout en préservant un écosystème fragile ?
Une biodiversité sous pression
En tant que technicien forestier, Simon Debaille se situe à l'interface de la science et de la nature. "Mon rôle est de trouver des solutions pour adapter nos forêts aux changements climatiques. Je travaille dans un centre de recherche et développement qui s'occupe de la sylviculture, c'est-à-dire de la gestion durable des forêts." Une mission vitale quand on sait que nos forêts souffrent de plus en plus, non seulement sous le poids des haches humaines, mais aussi à cause des caprices du climat. Face à l'urgence environnementale, Simon Debaille pointe du doigt les pratiques sylvicoles traditionnelles: "Ce sont les forêts de production pure, où tous les arbres sont du même âge et de la même espèce, qui souffrent le plus." Ces forêts, souvent peu diversifiées et plantées pour leur rentabilité, ne résistent pas aux aléas climatiques. Simon, lui, s'engage dans un autre genre de sylviculture, une forêt moins disciplinée, plus naturelle, où la biodiversité règne. "Les forêts qui résistent le mieux sont celles où il y a une diversité d'arbres, de tailles, d'essences… C'est un peu le bazar, mais c'est ce qui fonctionne le mieux pour la survie de la forêt."
L'épicéa en voie de disparition
Dans le paysage forestier belge, le chêne reste l'une des essences phares. "Il produit un bois de qualité exceptionnelle", explique Simon. Symbole de force et de longévité, le chêne a été massivement planté depuis l'époque napoléonienne, notamment pour la construction navale. Pourtant, même cet arbre noble montre des signes de faiblesse face au réchauffement climatique. "Je préfère parler de changement climatique, parce qu'au-delà des températures qui montent, ce sont surtout les conditions météo qui deviennent imprévisibles." Du côté des résineux, l'épicéa, bien que dominant en Ardenne, n'est plus adapté aux régions de basse altitude. "C'est un peu le roi de nos forêts, c'est un arbre de montagne, et chez nous, il souffre." Résultat ? Les forestiers remplacent les espèces vulnérables par des arbres venus d'ailleurs. "On commence à planter des arbres du sud de la France, qui sont habitués à des conditions plus chaudes." Un peu comme des expatriés qui viendraient chercher refuge sous nos latitudes.
Mais tout ne se joue pas dans le remplacement des arbres. "Il faut aussi adapter nos pratiques. On réfléchit à chaque essence, à son emplacement, à son interaction avec les autres espèces." Car, aujourd'hui, la forêt n'est plus une simple machine à produire du bois. La gestion forestière de demain devra répondre à plusieurs fonctions: économique, environnementale et sociale. "On parle de forêts multifonctionnelles, capables de concilier production de bois, accueil du public et respect de la biodiversité", explique Simon Debaille.
Sensibiliser sans culpabiliser
La gestion forestière ne se limite pas à un simple plan de plantation. Elle nécessite également de sensibiliser les visiteurs à l'impact de leurs comportements. "La forêt n'appartient pas qu'aux humains. Elle est aussi le lieu de vie des animaux, des insectes, des plantes", insiste Simon. Pourtant, des règles simples, comme tenir les chiens en laisse ou ne pas quitter les sentiers balisés, sont souvent ignorées. Résultat: des animaux perturbés, des écosystèmes fragilisés.
Le technicien forestier regrette que l'agent forestier soit encore perçu comme un "gendarme" dont la mission se limiterait à distribuer des amendes. "Ces règles sont là pour préserver l'équilibre fragile de la forêt, pas pour punir les promeneurs", rappelle-t-il. Le respect des chemins, la réduction des nuisances sonores ou encore l'interdiction de faire des feux sont autant de gestes simples qui contribuent à préserver la richesse naturelle des forêts.