Les "étranges" capacités de ces animaux "oubliés" : "Ce sont des espèces excentriques au comportement unique"
Le WWF publie ce 10 juillet un rapport recensant les poissons d'eau douce africains, que l'organisation estime "oubliés". Une biodiversité pourtant extraordinaire qui permet aussi à des millions d'êtres humains de survivre.

- Publié le 10-07-2025 à 00h01

Connaissez-vous le dipneuste africain, un poisson qui peut respirer à l'air libre car il a des poumons (en plus des branchies habituelles) et peut aussi survivre enterré pendant plusieurs années de sécheresse ? Ou les poissons killis, dont les œufs déposés dans la boue sont capables de suspendre leur développement en attendant que les pattes des éléphants ou d'autres herbivores ne les transportent vers d'autres points d'eau ? Quant aux bichirs, ce sont de véritables "fossiles vivants", dont la lignée précède celle des dinosaures, tandis que le poisson tigre africain a la capacité de bondir hors de l'eau pour attraper les hirondelles rustiques en plein vol…
On pourrait aussi évoquer les poissons-éléphants, une famille carnivore qui compte 232 espèces et utilise des champs électriques pour repérer proies, obstacles et partenaires dans l'obscurité. Des "espèces extraordinaires" voire "étranges", qui constituent "une biodiversité époustouflante", selon le WWF, qui publie ce 10 juillet un rapport recensant les poissons d'eau douce africains, que l'organisation estime "oubliés".

Il est vrai que lorsqu'on parle de biodiversité africaine, on pense surtout aux animaux emblématiques de la savane : lions, éléphants, girafes, hippopotames… Mais personne, ou presque ne citera les poissons d'eau douce. Et pourtant… "Nous avons recensé dans ce rapport pas moins de 3 281 espèces de poissons vivant dans les rivières et lacs africains. Et ce n'est qu'une estimation : chaque année, la science continue d'en découvrir. Rien qu'en 2024, 28 nouvelles espèces ont ainsi été décrites. Souvent négligés dans les discussions mondiales sur la conservation, les poissons d'eau douce africains sont pourtant d'une valeur écologique exceptionnelle", insiste l'association de défense de la nature.
Nombreuses menaces
Cependant, comme le démontre le rapport, cette richesse est menacée par de nombreux facteurs : barrages, destruction des habitats (déforestation, mines…), pollutions, espèces envahissantes, surpêche, changement climatique (modification des précipitations, rivières asséchées, réchauffement des lacs). L'Afrique n'est pas non plus immunisée contre la capture sauvage pour le commerce de poissons d'aquarium – encore bien trop peu régulé et analysé - susceptible d'arriver dans nos pays. Ces espèces africaines souvent "excentriques", vu leur "comportement, apparence ou adaptation uniques", peuvent en effet attirer les convoitises… Un commerce régulé et durable, en revanche, pourrait être source de revenus pour les populations, souligne le WWF.

Résultat : partout sur le continent, les populations de ces poissons d'eau douce sont en chute libre. Au total, 26 % des espèces africaines de poissons d'eau douce évaluées dans le rapport sont ainsi menacées d'extinction. Un chiffre probablement sous-estimé, selon le WWF, car de nombreuses espèces disparaissent avant même d'avoir été découvertes…
"Lorsque ces poissons disparaissent, ce sont bien plus que des espèces que nous perdons : nous perdons l'équilibre d'écosystèmes et leur capacité d'adaptation face au changement climatique..", alerte Veerle Hermans, du WWF. Et cela entraîne aussi de lourds impacts sur les moyens de subsistance des êtres humains : "Ces déclins sont un signal d'alarme sur l'état de santé de nos écosystèmes d'eau douce, qui sont le véritable système de survie des populations et de la nature", renchérit Eric Oyare, du WWF-Afrique. Les poissons d'eau douce sont en effet aussi la colonne vertébrale de pêcheries dont dépendent des millions de foyers africains, en particulier les plus vulnérables.

Des solutions existent
Face à ce constat, le WWF appelle les gouvernements africains et toutes les parties concernées à adopter un "Plan de relance d'urgence pour la biodiversité en eau douce". Élaboré par des experts de premier plan, il vise à restaurer la santé des écosystèmes d'eau douce et des communautés qui en dépendent. Ses six priorités sont de laisser les rivières couler plus naturellement, d'améliorer la qualité de l'eau, de protéger ou restaurer les habitats critiques et les espèces clés, de mettre fin à l'exploitation non durable, de contrôler les espèces exotiques envahissantes et enfin de supprimer les obstacles fluviaux obsolètes.
Ce rapport est publié en amont de la 15e Conférence sur la Convention de Ramsar sur les zones humides, qui se tiendra du 23 au 31 juillet 2025 au Zimbabwe. Gouvernements, scientifiques et spécialistes de la conservation y détermineront l'avenir de la protection et de la restauration des écosystèmes d'eau douce vitaux.