Ces experts de l'ombre devenus stars du jour au lendemain: Emmanuel André, pédagogue et rat de laboratoire
Désormais nommé "Mr Tracing", le virologue Emmanuel André s'est invité dans nos salons. Comme d'autres experts devenus des "stars" avec l'épidémie de covid-19.

- Publié le 02-05-2020 à 14h42
- Mis à jour le 02-05-2020 à 16h35

Désormais nommé "Mr Tracing", le virologue Emmanuel André s'est invité dans nos salons. Comme d'autres experts devenus des "stars" avec l'épidémie de covid-19. "Là, je suis à l'hôpital depuis lundi matin. J'ai eu un bête week-end comme tout le monde. Et encore, j'ai travaillé", confie en riant Emmanuel André depuis son bureau de l'hôpital universitaire de Leuven, et désormais responsable au niveau national du "tracing", visant à suivre les personnes contaminées par le covid-19 en vue du déconfinement.
Inconnu du grand public il y a quelques mois encore, ce jeune médecin et chercheur de 37 ans, responsable du laboratoire de référence sur les coronavirus (UZLeuven et KUL), a été propulsé sur le devant de la scène en devenant "porte-parole interfédéral de la lutte contre le covid-19". Une mission qu'il a endossée dès le 13 mars, au lendemain de l'annonce par le Conseil national de sécurité (CNS) des mesures de confinement, et jusqu'à ce jeudi 23 avril.
Vendredi dernier, pour la première fois en près de quarante jours, il n'est pas apparu aux côtés de son homologue néerlandophone Steven Van Gucht et des deux porte-parole du Centre de crise, Benoît Ramacker et Yves Stevens, lors du traditionnel point presse de 11 h pour livrer et expliquer les dernières statistiques de l'évolution de l'épidémie de covid-19 en Belgique. Dans la matinée, Emmanuel André avait en effet informé via Twitter : "Nous sommes passés dans une autre phase de l'épidémie, une phase qui prendra du temps. C'est le moment pour moi de prendre quelques jours avec mes enfants que je n'ai pas beaucoup vus ces derniers mois, et de repenser la façon dont je pourrai continuer à contribuer à l'avenir." Une annonce qui a suscité un vif émoi dans la population, à l'image des marques de soutien et des remerciements publiés sur les réseaux sociaux : "Un immense merci à vous, à la clarté dans vos propos et à votre empathie" ; "Félicitations Emmanuel pour votre travail et votre communication éclairée !";"La crise nous a révélé votre grande pédagogie et votre empathie" ; etc.
trouver les mots pour encourager les gens
Avec son ton posé, son débit calme et ses explications claires, toujours empreintes d'humanité - on se souvient de ce mardi 31 mars où, très ému, il avait annoncé le décès d'une jeune fille de 12 ans - ce professeur de Microbiologie clinique à la KUL s'est imposé au fil du temps comme l'un des porte-voix de cette épidémie. "Quand on m'a demandé d'être porte-parole, je n'ai évidemment pas refusé", se souvient-il. "Pour moi, ce qui allait être le plus compliqué, c'était d'accompagner, pendant ce que j'anticipais qui allait être une longue période, des nouvelles qui allaient être mauvaises. Je m'étais fixé comme objectif d'arriver jusqu'à la deuxième phase de l'épidémie. Et quand on a dépassé le pic, pour moi, cette partie du travail d'accompagnement était faite." Il reprend : "On y est arrivé tous ensemble. C'est un effort collectif. Je suis peut-être devenu l'un des visages de cet effort mais je ne l'ai jamais vraiment pris pour moi. En tant que personne, je me rendais compte à quel point c'était difficile de vivre ce confinement, changer ses habitudes, faire du télétravail… C'est probablement cela qui m'a aidé parfois à trouver les mots pour essayer d'encourager les gens chez eux devant leur télé."
Le capital sympathie qu'il s'est forgé auprès des citoyens, Emmanuel André avoue ne pas s'y être attendu. "Mes journées étaient très remplies mais la ville était vide, la salle de conférence de presse était vide. Je n'ai pas vraiment eu le temps de suivre la presse pendant ces moments-là et je ne me suis pas rendu compte de l'importance que ça prenait. Ce n'est pas quelque chose que je recherchais. Au contraire." Et de revenir sur sa décision de démissionner, gommant au passage les "théories complotistes" (notamment des tensions entre les dix experts du groupe dont il est membre chargé de baliser le plan de déconfinement) qui ont émergé : "Le pic de l'épidémie passé, je souhaitais réorganiser mon travail, estimant que ma plus-value était d'exercer un peu plus dans l'ombre."
Car, se rappelle ce "rat de laboratoire", comme il se définit au trait un peu forcé, "dès le premier jour, j'avais prévenu : OK, je veux bien faire le job mais, après, je retourne dans mon trou." "J'adore ma vie normale et mon travail normal", souligne ce papa de trois enfants. Ce qui ne signifie pas pour autant que "je vais m'enterrer dans mon trou." "Tout mon travail autour des testing, du tracing, de la recherche en laboratoire, je le continue", affirme celui qui se voit donc à présent en charge de la coordination du comité interfédéral pour la gestion du tracing. "Un grand défi", reconnaît-il, qui nécessitera une communication auprès de la population et où "il s'agira de trouver l'équilibre entre respecter les valeurs de notre société et répondre à l'urgence de la crise, en utilisant les outils qu'on s'autorise."
Investi de missions délicates et de longue haleine, Emmanuel André veille à garder une bonne hygiène de vie. "D'habitude, je fais beaucoup de sport mais depuis le mois de janvier, je n'ai plus beaucoup le temps. Pour tenir sur le long terme, j'ai envie que mon camp de base puisse tenir aussi - ma femme et mes enfants -, donc j'essaie de libérer un peu de temps pour eux. Comme c'est un effort de longue durée, j'évite aussi les nuits blanches même s'il y a des nuits où j'ai dû plus travailler que d'autres." Et s'il faudra encore maintenir ses efforts au cours des mois à venir, il espère bien, quand l'épidémie sera derrière nous, pouvoir "partir en vacances avec ma famille, en camping très probablement dans les montagnes."
Stéphanie bocart