Ce voleur silencieux touche plus de 2% de la population à partir de 40 ans: "Trop de Belges ignorent qu'ils en sont atteints"
La semaine mondiale du glaucome, qui se déroule du 11 au 15 mars, sera l'occasion d'accéder à un dépistage gratuit dans certains hôpitaux.

- Publié le 09-03-2024 à 19h57
- Mis à jour le 10-03-2024 à 08h08

Alors que l'on évalue aujourd'hui de 2 à 3 % le nombre de Belges de plus de 40 ans atteints du glaucome, la maladie demeure trop méconnue du grand public. Asymptomatique dans ses premiers stades, le glaucome est une maladie oculaire chronique qui affecte le nerf optique, responsable de la transmission des signaux visuels au cerveau. "Le glaucome entraîne une perte progressive du champ visuel, précise le Pr Nathalie Collignon, ophtalmologue au CHU de Liège. Souvent, cette perte de vision est indolore et les symptômes ne sont pas détectés avant que la maladie ne soit à un stade avancé. Raison pour laquelle nous conseillons vivement le dépistage préventif : plus la maladie est décelée rapidement, plus le traitement sera efficace pour freiner l'évolution".
La semaine mondiale du glaucome qui se déroule du 11 au 15 mars sera précisément l'occasion d'accéder à un dépistage gratuit dans certains hôpitaux du pays, dont le CHU St-Pierre à Bruxelles, le CHU de Liège ainsi que la Citadelle.
Les premiers signes
Asymptomatique au début, cette maladie des yeux, qui s'installe de manière insidieuse et silencieuse, commence par une vision altérée en périphérie. Ensuite, le déficit de la vision centrale s'accentue progressivement. Faute de symptômes, le diagnostic est souvent posé au cours d'un examen ophtalmologique demandé pour un autre motif. "Quand on se rend compte que le champ visuel est attaqué, c'est qu'il est déjà trop tard", explique Rafal Naczyk, porte-parole d'Eqla, qui œuvre pour changer le quotidien des personnes aveugles et malvoyantes.
Si environ 30 % des glaucomes ont un caractère héréditaire, la maladie touche toutes les strates de la population. Les facteurs de risque sont une tension intraoculaire élevée, des antécédents familiaux de glaucome, une très forte myopie, l'augmentation de l'âge ainsi que des origines subsahariennes. "Par ailleurs, une hypertension, un diabète, une apnée du sommeil ou encore la prise prolongée de corticoïdes peuvent accroître le risque de développer la maladie", précise le porte-parole d'Eqla. Bien que la maladie puisse survenir à tout âge, y compris à la naissance, sa fréquence augmente avec les années, notamment après 40 ans. "Environ 3 % des quadragénaires développent un glaucome. Ce chiffre passe à 8 % lorsqu'il s'agit de la catégorie de personnes âgées de plus de 55 ans. Décelé tardivement, le glaucome peut mener vers des situations de handicap visuel sévère, voire jusqu'à la cécité", souligne encore Eqla.
Une maladie chronique
"C'est une maladie chronique qui nécessite un suivi médical régulier pour prévenir la progression de la perte de vision, explique pour sa part le Dr Maxime Dequinze, ophtalmologue à l'Hôpital de la Citadelle. Les personnes atteintes de glaucome peuvent généralement maintenir une bonne qualité de vie avec un traitement approprié et une surveillance régulière".
Deuxième cause de cécité en Belgique après la dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA), et première cause de cécité absolue dans le monde, le glaucome touche quelque 100 millions de personnes à l'échelle mondiale. Dans notre pays, on estime qu'entre 250 000 et 300 000 personnes sont concernées par cette maladie, souvent sans le savoir, car 50 % des cas ne sont pas diagnostiqués.
C'est le moment de se faire dépister
La semaine mondiale du glaucome, qui se déroule du 11 au 15 mars, est l'occasion de sensibiliser à l'importance du dépistage, sachant qu'à partir de 40 ans, tout le monde peut potentiellement développer un glaucome. "Le dépistage permet d'évaluer le risque de développer la maladie mais ne remplace pas l'indispensable suivi régulier chez l'ophtalmologiste, souligne Eqla. L'examen ne dure que cinq minutes, avec une mesure de la pression intraoculaire, une photo du nerf optique et une mesure de l'épaisseur de la cornée. Le résultat est immédiat".

Des examens complémentaires – comme la tomographie à cohérence optique (OCT) et la mesure du champ visuel – permettent d'affiner le diagnostic. "Des consultations ophtalmologiques régulières sont également indiquées pour d'autres raisons, complète Rafal Naczyk. Elles permettent de diagnostiquer assez tôt d'autres maladies oculaires, par exemple des pathologies de la rétine ou des troubles consécutifs à la myopie".
Si tous les ophtalmologues peuvent faire un dépistage, la pénurie de ces professionnels sur le territoire belge rend le suivi compliqué, regrette encore l'association. "Les départs à la retraite se succèdent et créent toujours un grand vide. Il faut parfois attendre 6 mois avant d'obtenir un rendez-vous. Les journées de dépistage organisées volontairement par les hôpitaux sont donc une aubaine", insiste le porte-parole d'Eqla.
"Trop de Belges ignorent qu'ils sont atteints de glaucome", alerte Eqla. "Jusqu'au diagnostic qui, alors posé top tardivement, révèle des dégâts irréversibles. Raison pour laquelle le dépistage précoce et régulier reste la meilleure prévention".

Qui doit se faire dépister ?
Si vous avez plus de 40 ans, si vous présentez des comorbidités (hypertension artérielle, diabète ou apnées du sommeil), si vous avez des antécédents familiaux de glaucome, si vous êtes myope, si vous prenez des corticoïdes de manière prolongée, un dépistage est recommandé.
Où se faire dépister gratuitement ?
Le 15 mars au CHU Saint-Pierre à Bruxelles
Du 11 au 14 mars au CHU Sart Tilman et à la Citadelle de Liège