Des éléphants d'Asie aux hirondelles de Belgique, les espèces migratrices sont de plus en plus déboussolées
Le changement climatique entraîne déjà des décalages temporels fatals chez certaines espèces, selon un rapport paru ce jeudi.

- Publié le 02-10-2025 à 14h07

Des hirondelles migrant vers la Belgique aux baleines de l'Atlantique, le changement climatique déboussole les animaux se déplaçant de façon saisonnière pour se nourrir et se reproduire, selon un rapport de la Convention des Nations unies sur les espèces migratrices, paru ce jeudi. Et les dérèglements climatiques entraînent "de graves répercussions" sur tous les groupes d'espèces migrantes, selon Sarah Scott-Marshall, conseillère en biodiversité au Comité mixte de conservation de la nature du Royaume-Uni.
"L'augmentation des températures et la fréquence des phénomènes climatiques extrêmes, ainsi que les variations de la disponibilité en eau et des conditions océaniques, ont un impact sur la survie, le succès de reproduction et la taille des populations de nombreuses espèces migratrices", détaille cette scientifique qui a également participé au rapport de la Convention sur les espèces migratrices.
Certaines espèces s'adaptent en modifiant leurs schémas migratoires et leurs aires de répartition mais beaucoup d'autres voient leurs possibilités bien plus restreintes. On pourrait penser que les animaux individuels peuvent être prévoyants et capables de telles réactions conscientes, rapides et "délibérées", mais ces changements migratoires se produisent en réalité sur des générations, où les individus d'une population présentent des comportements différents à des fréquences variables.
Moins d'insectes, et donc moins d'oisillons
Le changement climatique entraîne en tout cas déjà des décalages temporels fatals chez certaines espèces. Ainsi, la nidification des oiseaux de rivage en Alaska et dans l'Arctique est décalée par rapport à l'émergence des insectes en raison du réchauffement climatique et d'un refroidissement inattendu, ce qui réduit la survie des oisillons et le succès reproducteur.
Les éléphants d'Asie sont confrontés de leur côté à une impasse : le dérèglement climatique et l'utilisation des terres pour les activités humaines déplacent les habitats des éléphants vers l'est. Mais en raison de voies de connexion limitées, la plupart des éléphants d'Inde et du Sri Lanka ne peuvent suivre, ce qui aggrave les conflits avec les humains.
Le changement climatique modifie aussi les migrations des baleines, réduit les proies et réduit la reproduction. Les baleines franches de l'Atlantique Nord sont particulièrement vulnérables, le réchauffement des mers leur imposant des détours dangereux.
Rôle essentiel dans les écosystèmes
Or, les espèces migratrices jouent un rôle essentiel dans les écosystèmes qui soutiennent la vie humaine : les éléphants de forêt contribuent à la capacité de stockage du carbone dans les jungles, les baleines transportent des nutriments essentiels à travers les bassins océaniques…
Étant donné que ces espèces dépendent d'habitats qui s'étendent sur plusieurs continents et saisons, les changements environnementaux dans une région peuvent déclencher des effets en cascade à des milliers de kilomètres.
Outre une coopération internationale, les scientifiques de la Convention plaident donc pour "des stratégies climatiques qui privilégient la santé des écosystèmes, et pour des investissements en faveur de la conservation qui contribuent également à freiner le changement climatique".