"Ce qui a été la force des Diables rouges pendant de nombreuses années ne l'est plus"
La journaliste Christine Schréder estime aussi que "Kevin De Bruyne a changé d'état d'esprit".

- Publié le 04-04-2026 à 11h48
- Mis à jour le 04-04-2026 à 14h12

Les matches étant diffusés par RTL, Christine Schréder n'officiait pas sur les antennes de la RTBF lors des deux amicaux des Diables rouges. La journaliste sportive n'a cependant pas loupé ces joutes, à deux mois de la Coupe du Monde. "J'ai suivi la rencontre face aux États-Unis en direct. Par contre, celle face au Mexique, vu l'heure et puisqu'il n'y avait pas d'enjeu, je l'ai regardée en différé", sourit-elle. L'Anderlechtoise d'origine, qui sera présente en studio sur la RTBF lors du Mondial, voit du positif dans certains aspects, mais elle n'est pas du tout rassurée par d'autres… Christine Schréder est notre "Invitée du samedi".
Quels sont les principaux motifs de satisfaction à l'issue de ces deux rencontres ?
La simple participation de certains joueurs qui revenaient de blessure en est une. J'ai été agréablement surprise de voir Kevin De Bruyne ou Youri Tielemans prendre part à ce voyage car je craignais qu'ils soient un peu frileux vu le trajet et le nombre de jours sur place. J'ai bien aimé aussi, surtout dans la première rencontre, l'attitude des joueurs. Vu les comportements, les interactions, les réactions, il me semble que ce groupe est occupé à se créer et que les liens entre les différentes générations se tissent.
Certains joueurs sont-ils sortis du lot et ont-ils gagné des points en vue de la sélection des 26 ?
On peut déjà être satisfait d'avoir de si bons gardiens en Belgique. Senne Lammens est occupé à émerger, mais Matz Sels a montré qu'il devait conserver sa place de numéro 2. Par contre, ce qui a été notre force pendant de nombreuses années ne l'est plus totalement pour le moment : la défense. Or, c'est crucial, c'est le socle d'une équipe. Les joueurs actuels manquent d'expérience et nous ne disposons plus de grands talents comme Vincent Kompany ou Daniel Van Buyten. Malgré tout, Nathan NGoy a vraiment montré de belles choses, une bonne attitude et il dégage une forme d'assurance. Et Zeno Debast a pris de l'expérience et, sur son but, il a étalé toute sa qualité. Lors de la Coupe du Monde, vu leur jeune âge, ils devront faire preuve d'assurance et de conviction car ils devront pouvoir résister à la pression des rencontres de haut niveau.
Sur les côtés, on connaît les qualités de Thomas Meunier et de Timothy Castagne à droite. Par contre, Maxim De Cuyper n'a pas du tout rassuré à gauche…
Ça reste une énigme pour le moment, d'autant qu'il n'est pas confirmé titulaire dans son club de Brighton dans ce rôle-là. Or, il est nécessaire d'avoir de bons repères à ce poste, surtout si vous jouez derrière Jérémy Doku, qui a un jeu à risque tant il provoque offensivement. C'est donc notre gros point faible. Inversement, au niveau des ailiers, on a abondance de choix ! Rudi Garcia aura tout le loisir de s'adapter à l'adversaire et même d'apporter des changements au cours des rencontres. La connexion entre Jérémy Doku et Kevin De Bruyne, qui ont travaillé ensemble à Manchester City, a été intéressante une fois que la machine s'est mise en route. Dodi Lukébakio a fait un retour fracassant et, waouh, quelle classe et quelle efficacité ! D'ailleurs, les Diables n'ont pas eu besoin de dix occasions pour mettre le ballon au fond.
Dans l'entrejeu, par contre, des doutes subsistent…
Oui, notre entrejeu a été un peu moins rassurant que dans les rencontres de qualification. Je pense notamment à Nicolas Raskin, qui peut apporter plus. Il faudra voir aussi quel rôle Rudi Garcia va donner à Youri Tielemans. Avec son club d'Aston Villa, c'est en tant que "8-10" qu'il joue ses meilleurs matches, en ayant un bon "6" dans son dos pour pouvoir aller vers l'avant. Mais il est essentiel et il a une fameuse vision du jeu.

Comment expliquer que les Belges aient tant subi lors de la première mi-temps de chacun des deux matches ?
Il n'y a pas de secret, il faut arrêter de cafouiller de la sorte car c'est dangereux. Pour ne pas subir, la base, c'est de mettre de l'énergie, d'être proche de l'adversaire et d'avoir une saine agressivité. Il importe de resserrer les lignes et de travailler en bloc. Si la Belgique veut aller loin dans ce Mondial, elle devra poser les bons choix directement, elle n'aura pas le temps d'attendre…
Les phases arrêtées représentent une grosse faiblesse en défense. Comment est-il possible que des joueurs professionnels soient si mauvais dans ces situations ?
Sur phase arrêtée, celui qui l'emporte est celui qui y croit le plus et qui a le plus d'envie. Dans chaque équipe, un membre du staff doit travailler cet aspect. Cela me semble nécessaire vu comme tous les joueurs sont passés à côté de la balle sur le coup de coin mexicain ayant entraîné le but. Et je rappelle qu'à la Coupe du Monde 2018, nous avons été éliminés en demi-finales par la France sur une telle action. Mais nos Diables ont du talent et ils se connaissent. Je sens qu'ils vont trouver cette alchimie dans l'efficacité, dans le juste choix, dans la volonté de mettre leurs partenaires en lumière…
Même s'il reste talentueux, Kevin De Bruyne commence à sentir le poids des années. Est-ce une tuile pour la Belgique ?
Je l'ai trouvé affûté quand même… Depuis son retour de blessure, il a aussi joué un match avec son club de Naples, où il s'est montré bien en jambes. Il peut tout à fait prester 60 à 65 minutes très intenses, provoquer l'adversaire, puis céder sa place. Aujourd'hui, les coaches ont la possibilité d'opérer cinq changements durant la rencontre, ce qui permet de faire des adaptations tactiques, stratégiques qui peuvent surprendre. Moi, j'avais des craintes sur l'état d'esprit de Kevin De Bruyne quant à son retour, suite à sa blessure. Mais il me semble motivé. Peut-être plus motivé même qu'il y a dix ans.

Qu'est-ce qui vous fait dire cela ?
Il gardera toujours son caractère, qui peut être un peu grognon. Comme c'est un haut potentiel du football, je crois que les autres l'énervent quand le jeu ne tourne pas comme il le veut. Mais Ryan Giggs (ex-joueur de Manchester United, NdlR) a dit que De Bruyne profitait plus encore de ses moments sur le terrain maintenant que sa carrière touche à sa fin. J'ai effectivement l'impression qu'il a changé d'état d'esprit. Il a l'air plus convaincu. Et tant mieux !
Vu l'état de santé de Lukaku, à deux mois du Mondial, faut-il déjà prévoir un système ne l'incluant pas ?
En tout cas, Charles De Ketelaere a fort évolué depuis qu'il joue à l'Atalanta et il a un potentiel intéressant vu sa polyvalence. Dans le football actuel, les joueurs sont tellement scrutés que leurs adversaires sont préparés, ils connaissent leurs spécificités. Un joueur comme De Ketelaere, vu sa palette, peut provoquer une situation inattendue.
Certes, mais ferait-il le poids en pointe ?
S'il est titulaire, cela amènera évidemment une autre manière de jouer qu'avec Romelu Lukaku, puisqu'ils n'ont pas les mêmes caractéristiques. Et malheureusement, après quelques très belles saisons, c'est plus compliqué que jamais pour Loïs Openda en ce moment. Il a tout de même montré, par bribes, qu'il peut servir de point d'appui et qu'il peut partir, comme il l'aime, dans le dos d'une défense.
Quel sentiment vous a laissé Rudi Garcia dans ses choix lors de ces deux matches ?
Il avait été question de jouer à trois derrière, vu qu'on s'inquiétait des performances de nos défenseurs centraux, mais ce schéma n'a pas été tenté par Rudi Garcia. Ce qu'on a vu est donc assez classique, et même très traditionnel, avec par exemple les dédoublements des flancs. Le temps de préparation pour cette Coupe du Monde est compté, donc le sélectionneur devra se montrer précis et concis pour performer. Mais ces matchs amicaux, lors desquels les changements sont très nombreux, permettent difficilement d'envisager les schémas tactiques. Ce qui importera vraiment, ce sera la cohésion de groupe, l'énergie, les mouvements.

Quel bilan tirez-vous de l'ère Garcia jusqu'à présent ? En 12 matches, il n'a perdu qu'une fois, mais il a partagé le score face au Kazakhstan ou à la Macédoine du Nord…
Mais il a dû composer avec l'absence de certains blessés… Toutes les expériences qu'il a accumulées en clubs doivent lui donner les bons feelings pour gérer le groupe, qui est assez particulier. En Belgique, les joueurs viennent d'horizons et de cultures différents. Il doit donc parvenir à créer cette cohésion de groupe, éclairer son équipe tactiquement, et puis avoir le courage parfois de ne pas titulariser un joueur, qui est pourtant plébiscité par le public, parce qu'il n'entre pas dans son schéma de jeu.
Êtes-vous optimiste pour ce groupe en vue de la Coupe du Monde ?
Je suis toujours optimiste ! Ce n'est que du foot, mais que c'est ô combien important, parce que ça nous fait vibrer, ça nous donne du plaisir. Dans de tels matches, tout peut se jouer à pas grand-chose…
Quelles sont les nations qui vous impressionnent le plus pour l'instant ?
La France, inévitablement. Didier Deschamps, le sélectionneur, a du métier, il pose des choix courageux et il dispose d'une réserve incroyable de talents. L'Angleterre a aussi une grande richesse dans ses rangs et elle a quand même à sa tête le coach Thomas Tuchel. Et puis, évidemment, le Portugal, qui compte aussi des joueurs exceptionnels. Roberto Martinez devra également faire preuve de courage, notamment dans la gestion de Cristiano Ronaldo. Mais je cite des évidences là…
C'est vrai, mais vous n'avez pas évoqué le Brésil. Vous n'y croyez pas ?
Avec Carlo Ancelotti à sa tête, pourquoi pas… Mais ils se sont perdus en chemin. Je suis certaine qu'on va faire face à des surprises. Le football africain, par exemple, a beaucoup progressé, à commencer par le Maroc évidemment.